Roland Bachman: agent spatio-temporel (S1-E1)

Roland Bachman: agent spatio-temporel.

(S1-E1)

Hold-up (1er guerrier)

            J’aurais aimé mourir, mais ça n’était pas le moment. Ma respiration était courte, haletante mais espacée par des remontées qui me prenaient à la gorge. J’avais horriblement mal à chaque fois que cela arrivait. A vrai dire, selon mes calculs, ça n’était pas le bon moment. Y’en a-t-il un au juste ? Peu importe. Ce que je savais c’était que les hauts le cœur qui me coupaient le souffle venaient appuyer ma sensation d’être coupé momentanément de la vie. Un crépuscule de l’insufflation de la mort en sorte.

Si j’étais à peu près certain que le moment n’était pas venu c’est que je ne voyais pas le bout d’un commencement de tunnel. Pas l’ombre d’une lumière en fond qui me tirait vers elle. Pas même un crétin en aile pour m’expliquer qu’avant d’entrer dans le tunnel il fallait allumer les codes. Non, mais bon sang la douleur était telle et ma respiration si difficile que pourtant, crever, là, maintenant, n’aurait pas été une grosse surprise. Mais à priori non, ça n’était pas le moment. Il semblait que le moment en était à m’en faire chier des ronds de chapeaux comme dit l’expression…des ronds de chapeaux…et pourquoi pas des douilles de 38mm plutôt ? Ouais…j’aurais pu envoyer du 38 au fond du tunnel, rien que pour voir la lumière de l’impact afficher mon score ! Au lieu de ça, je pissais le sang sur un sol marbré de carreaux dont chacun affichait le dessin d’un ange. Un ange qui tenait la planète dans une main, et dans l’autre des dollars…les bras en croix. C’était censé représenter la balance du monde capitaliste, deux poids deux mesures comme dit l’expression ! Et une balle au milieu du front de l’ange…ce serait sans doute faire accepter l’idée que l’équilibre n’est pas seulement précaire, mais aussi comme un avion sans ailes.

Je n’en étais pas à mon premier coup d’essai. Mais jusque-là j’avais toujours gardé la tête froide, les pieds sur terre et les mains dans les dollars… l’équilibre capitaliste c’était moi ! Mais on n’est jamais à l’abri de rien dans ce métier. Jamais à l’abri qu’un chaud lapin pète sa cafetière et veuille renverser la balance, veuille sauver le capitalisme. Pas mon premier coup d’essai non, mais celui-là je ne l’ai pas vu venir. Et au lieu de faire cracher ma gâchette c’est le calibre du sien que j’ai pris en plein bide. Comment pouvais-je savoir qu’un connard de client avait ça sous le manteau ? Comment pouvais-je savoir qu’un connard d’otage était flic moi ?

Ce con là avait cru m’envoyer prendre le tunnel le plus sombre, mais je m’accrochais à ma douleur tellement fort que j’en eu des visions. Un type était penché sur moi, la tête de travers pour être dans le même sens que la mienne. Il me tendait la main comme pour échanger une poignée fraternelle… il était peut être débile, ou pervers…allez savoir !

« Bonjour, je me présente, Roland Bachman, dé-routeur de révisionniste du capitalisme qui se meurt…et…le dernier de vos soucis je présume ! »

Le sang qui s’écoulait d’entre mes doigts venait grossir la flaque que je tentais de contenir en appuyant ma main sur mes blessures.

« – T’es pas un gros con d’ange on dirait ? Dis-je péniblement.

–         Non. Ni un salaud de sauveur d’ailleurs ! Je suis ton heure, ta date de péremption, ta dernière saveur…bref, ce n’est pas comme ça que tu sauveras le monde, mais j’ai justement besoin de toi ailleurs.

–         De moi… ?! Ailleurs… ?!

–         Quand la vie s’essouffle à un endroit, la mort gagne du terrain sur le temps…le véritable équilibre se trouve là, dérouter les âmes perdues pour faire reculer la mort un temps. »

Il m’attrapa la main avec une des siennes et de l’autre claqua des doigts.

On était dans une rue, au milieu d’une foule. Tout le monde avait le museau braqué en l’air. J’en fis autant pour prendre la température. Un débile était passé par-dessus la rampe de son balcon et menaçait de sauter dans le vide, cinq étages plus bas. Pathétique. Je me tournais vers ce Roland.

« – Y’a comme un léger goût de printemps avec ce petit soleil, une belle journée pour s’aplatir le caisson ! Lui dis-je en souriant.

–         C’est justement le problème Richard…Richard, c’est ça ?

–         Euh…oui, c’est ça.

–         Richard…cet homme va révolutionner la science et le monde s’il vit, et ralentir la mort. Mais s’il saute je ne donne pas cher de notre évolution.

–         Et alors ? Vous croyez que ça m’intéresse vos problèmes ? Vous croyez que le sort du monde m’intéresse autant que vous ? Vous êtes sûr de ne pas vous être trompé de personne en retardant ma mort ? La sienne à lui c’est un choix de première, j’aurais aimé apprendre à voler moi aussi.

–         Justement Richard, j’ai besoin de vous parce que vous vous fichez de la mort autant que de votre prochain. Vous êtes le candidat idéal pour empêcher cet homme de sauter ! » Me sourit-il en me tendant un porte-voix muni d’un haut-parleur.

Un pervers. Ouais, plus qu’un débile ça devait être un pervers. Sans le lâcher du regard j’attrapais le porte-voix dans une main et le haut-parleur dans l’autre. Je n’avais absolument rien à perdre, et vu le temps qu’il me restait, m’amuser un peu me détendrait. J’allumai l’interrupteur et approchai le micro de ma bouche. Un larsen strident se fit entendre et tout le monde pointait maintenant le regard sur moi.

« Hé l’ami ! Mes potes et moi en bas, on se demandait exactement à quel endroit tu allais repeindre le trottoir ? Depuis le temps que toute la ville l’use sans compter, y’a besoin d’un gros ravalement ! »

Mes paroles, destinées normalement à figer les badauds sur le balcon du 5ème, faillirent se perdre dans un murmure qui gonflait peu à peu…

« – Oh l’ami ? Moi c’est Richard…vous avez un prénom ?

–         Je…qui êtes-vous ? Vous êtes de la police ? Fit-il.

–         De la police ? Ah Ah non merde alors ! Je crois qu’on est les premiers là…la police a toujours un temps de retard ! Non, moi c’est juste Richard…vous branlez quoi là-haut au juste ?

–         Mais qui m’a foutu un négociateur à la con comme ça !!! J’en peux plus là, je vais faire le grand saut mon pote !

–         Je ne suis pas négociateur, je passais par là…le grand saut ? Y’a juste cinq étages…c’est pas l’Empire State Building non plus…attends…vas-y, on se pousse ! Y’a pas encore les journalistes hein ! Et pourtant ils sont plus rapides que la police en général ! Ah Ah !

–         Tu sais que t’as l’air d’un gros con depuis là-haut ? Ça te plait de te foutre de ma gueule ?

–         Non…on m’a foutu le porte-voix dans les pognes…et si tu veux vraiment savoir j’en ai rien à foutre de ta pauvre vie ! J’essaye de rendre service…une fois n’est pas coutume, mais déjà tu prends de l’assurance tu me tutoies, c’est bien, mais t’es pas très coopératif non plus !

–         Coopératif ?! Oh !…mais c’est moi qui vais sauter ! C’est moi qui en ai gros sur la patate !

–         Ah ouais ? Tu te crois tout seul ? Ecoute deux minutes mon gars, je crois qu’on est dans la même catégorie au final. J’en ai pas grand-chose à foutre de la vie et de tous ceux qui l’utilisent, j’ai passé mon temps à rassembler mes forces pour lutter contre l’adversité capitaliste naturelle des gens ! Rien ne les intéresse plus que l’argent, alors pour équilibrer la chose je les en débarrasse. Mais toi ! Je viens d’apprendre que tu as peut être une solution miracle pour demain, que t’es le Merlin de l’avenir, et tu veux nous faire croire que c’est en sautant que ta considération pour les hommes va te sauver ? Ah Ah…t’es un lâche comme nous tous, et t’as pas plus envie de mourir que de nous faire vivre ! Pourtant…il faut choisir ! »

Roland eut un petit sourire de satisfaction. Sa mission semblait se dérouler comme il se devait. Son choix avait été le bon. Une fois de plus la cupidité maladive des émotions avait sorti ses griffes, la souffrance parlait à la peur et l’espoir à son crépuscule.

Quelques longues minutes passèrent avant d’entendre les sirènes retentissantes des forces de l’ordre. L’ordre allait pouvoir maintenant forcer les hommes à se soumettre au joug d’un abrupt pouvoir, celui de la raison sans faille, de l’obtempération sans choix…et c’était tant mieux pour le monde. Roland posa sa main sur l’épaule de Richard.

« – C’est bon, c’est fini, tu as remplis ta part du contrat.

–         Ma part du contrat ? mais ce guignol là-haut…il est toujours accroché à son balcon !

–         Il n’y a plus à s’inquiéter pour lui, tes paroles ont suffi à changer le cours des choses. Les autres s’occuperont du reste.

–         Les autres…ouais…mais tu parlais de contrat, j’ai rien signé moi, mais sinon…j’y gagne quoi dans ton histoire ? Ok c’est sympa, tu m’as évité de finir dans une flaque au milieu de la banque centrale, j’ai rempli la mission que tu voulais que je mène, et alors !! »

Les yeux de Roland s’illuminèrent d’une flamme presque infernale, et son sourire narquois en coin faisait pencher ses grosses lunettes d’un travers enjoué.

« – je n’ai pas le droit de relâcher les âmes que j’ai tirées de la mort pour en conjurer une autre, car je perdrais l’avantage d’un équilibre sur le temps…néanmoins…j’ai un boulot à te proposer en échange !

–         Un boulot ? Du genre j’ai pas le choix si j’ai bien capté…

–         Oui, c’est ballot, me dit-il. J’ai besoin d’aide pour mes missions…je manque de chiens fous ! »

(à suivre…)

©Necromongers

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