Roland Bachman: agent spatio-temporel (S1-E2)

ROLAND BACHMAN: AGENT SPATIO-TEMPOREL

(S1-E2)

L’humanité…un incident de parcours!

            Le bip lancinant et régulier de l’appareil qui mesurait mes rythmes cardiaques résonnait par une succession de sons aigus dans la chambre d’hôpital. Et vous allez rire…ça ne m’empêchait pas de dormir !

Pas plus d’ailleurs que les quelques visites qui pouvaient envahir la pièce. Deux trois infirmières, un médecin ou deux et toujours ce con de flic qui avait sans doute pris un abonnement. Il s’asseyait, prenait un bouquin, me jetait un regard entendu et plongeait dedans un bon ¼ d’heure avant de le refermer aussi sec. Il se levait, me faisait un signe complice et tirait sa révérence jusqu’au lendemain. Le pauvre con…fallait vraiment l’être pour croire qu’un type qui dormait d’un coma profond allait se réveiller comme ça…du jour au lendemain !

Aussi con que la balle qu’il m’avait logée dans le bide…irrémédiable et vissée pour toujours. Là où elle s’était fourrée elle avait causé de sérieux dégâts. Suffisamment pour que les chirurgiens ne puissent l’enlever, sous peine de couper définitivement le lien qui me retenait encore à la vie…enfin, qui me raccordait à cet appareil et qui permettait de me maintenir dans une sorte de mort vivante. Mais Roland me l’avait bien précisé, il avait besoin de moi ailleurs…pendant que ce con de flic venait pleurer son âme tous les jours pour avoir l’air moins coupable aux yeux de la justice. Oui, l’enquête avait déterminé avec certitude que mon arme n’était pas chargée quand il avait fait pleuvoir son 38…faut vraiment croire que j’avais rien à perdre, et ce vicieux de Roland tout à gagner !

Voir ce pauvre flic s’apitoyer sur son sort en visitant mon corps tous les jours me faisait marrer. Mais je ne le voyais pas vraiment tous les jours…mon sort de maintenant m’obligeait à sortir de mon corps souvent ! Et ce soir notamment…Roland avait besoin de moi, ailleurs, par-delà les contrées du temps, de moi…ou d’un chien fou !

Il y avait toujours un idiot qui pouvait sauver le monde et qui voulait se défenestrer, changer de cap, tout abandonner, mourir pour ses idées, s’engager dans je ne sais quelle décision qui n’était pas la bonne au goût du temps. Et ça, c’était le boulot de Roland Bachman, sauver les âmes égarées pour ralentir le processus de la mort, ralentir le processus sauvage et forcené que la mort décidait d’entreprendre pour gonfler son quota…sans autre idée que jouer au chat avec machin là ! Oui…Roland lui il appelle ça le temps…mais en réalité c’est une sorte d’entité qui se promène un peu partout…pas facile à chopper au demeurant !

00h47…je dois filer…Roland m’attend quelques étages plus bas. Le moment pour moi de quitter mon enveloppe corporelle et de me glisser dans le substrat du temps…en gros, le temps pour vous d’imaginer la chose que je suis déjà au pied de guerre devant mon nouveau patron, piétinant d’impatience.

« – Bon alors c’est quoi aujourd’hui ? Un nouveau Gandhi ? Le futur prix Nobel de la paix? Un gars qui s’est juste gouré de jours ?

–         Du calme Richard…du calme ! Le temps nous est compté !

–         Ah ouais…tu veux dire qu’il compte aussi pour nous là ? La vache ! Mon électro fait du combien à l’heure, dis ? Tu crois que je peux battre un record en secouant le flan qu’est sur le pieu là-haut…Ah Ah !

–         Le policier qui vient te voir tous les jours secoue suffisamment ton âme pour te repentir…là où tu ne vois que de la bêtise se cache une façon de gagner du temps, ce que tu n’as pas su faire ! »

Il était comme ça Roland, il vous coupait la chique aussi facilement qu’il pouvait vous l’ôter. Enfin en principe non, son contrat le lui interdisait, mais dans l’absolu…

« – Lucas Simons. Il est sur le point de découvrir un vaccin important…tout autant que le conduit de son revolver va lui ouvrir les chakras.

–         Ah ah…un fana du canon qui charge la mort de vacciner à sa place !

–         J’aime énormément les images que tu emploies Richard…toujours accessibles et percutantes…le temps ne semble pas avoir d’influence sur toi, tu es impartial et plein de jugement hâtif, mais tellement bon à l’intérieur que c’en est crevant !

–         Ok…j’ai compris…explique la procédure. »

Il n’y avait rien de plus simple, vite fait bien fait. Les plans de Roland étaient toujours d’une simplicité à défourailler un bègue…mais fonctionnaient toujours à merveille. Simple comme un bonjour, rapide comme un au revoir. Restait plus qu’à compter sur le temps…ce foutu temps qui n’en branlait pas une, si ce n’est jouer avec nos nerfs. Le temps n’est pas important dit-on souvent, seule la vie l’est, mais vu le temps que la vie nous demande d’y passer je ne parierais pas là-dessus !

D’un claquement de doigt (une habitude à prendre entre nous) nous étions devant la porte de l’appartement de ce Lucas. Roland me tendit une clé USB.

« – Débrouille-toi pour la remplir. Me dit-il.

–         Euh…mais le gars…j’en fais quoi ? Je ne comprends pas, on le sauve pas ?

–         Le temps me dit que ce détail est épuisé…on va parer au plus vite !

–         Ce…détail ? Merde Rolland, et ton humanité ? Tu l’as foutue où ?

–         Dans la clé Richard…l’humanité est dans la clé. »

Je ne comprenais pas toujours Roland, mais si la clé de l’humanité était dans ce Lucas, je le croyais. Je frappais à la porte. Pas de réponse. Je recommençais. Toujours rien.

« Cesse de perdre du temps Richard…agit ! »

Bon, c’est comme il veut après tout, d’un grand coup de pied je défonçai la porte en deux faisant trembler le mur en entier. Roland porta la main à sa tête d’un air désolé.

« – J’ai oublié de te dire de réfléchir…bonjour la discrétion !

–         Mais enfin merde ! T’en aurais pour 2 secondes à nous téléporter dans sa piaule et toi tu me dis de me dépêcher !

–         Peut-être, en revanche je ne suis pas sûr que défoncer la porte va t’aider à entrer en confiance avec lui…si jamais il n’a pas déjà appuyé sur la détente par surprise…imbécile ! »

C’est bien ce que je disais, pas toujours facile à comprendre ni à suivre ce Roland…je restai comme un pantin désœuvré devant le pas de la porte pendant qu’il entrait en trombe dans l’appartement. Tout en marchant rapidement vers le préposé au suicide, d’un geste de la main il fit valdinguer son colt par la fenêtre et s’arrêta devant lui.

« L’heure n’est plus à la négociation Lucas, il faut agir pour le bien de l’humanité, oublier la mort qui n’apportera rien au temps, relevez-vous ! »

Le ton qu’il avait employé m’avait subjugué, pas moyen de se défiler devant autant d’autorité. Lucas Simons s’exécuta, et fit face à Roland déconfit et décontenancé.

« Voici une clé USB, vous avez 5mn pour y mettre les formules…j’attends ! »

Lucas ne fit pas de manière, ni de discours réprobateur, ou encore de questionnement légiférant sur l’aspect iconoclaste de la situation. Il prit la clé, se dirigea vers son ordinateur et commença le téléchargement.

Roland me lança un regard qui aurait pu me tuer s’il l’avait voulu. Puis, de nouveau se concentra sur Lucas. J’étais toujours sur le pas de la porte, j’entrepris d’entrer dans l’appartement.

« Reste où tu es ! Me lança-t-il d’un ton sans appel. Tu en as assez fait ! A vrai dire rien de mieux que me décevoir ! Le cours des choses a changé désormais, je vais devoir m’en justifier…et le temps ne se présente pas bien pour ce genre de chose. »

Lucas lui tendit la clé avec les informations. Roland la prit et son visage changea subitement d’aspect en le regardant.

« Toutes mes excuses pour ce contretemps. Je vous souhaite de bien réfléchir avant de priver le monde d’un résultat espéré…je n’imaginais pas vous dire ceci avant d’entrer dans votre logement, mais maintenant que les chiens sont lâchés…s’il vous prenait encore d’en vouloir à votre vie je vous promets que vous aurez de nouveau à faire à moi en tout premier lieu ! »

Nous étions de nouveau dans la rue, en bas de l’immeuble de Lucas Simons. Je fumais une cigarette à grand coup d’aspiration nerveuse, n’osant pas chercher le regard de Roland.

« – Je…je suis désolé. Fis-je timidement.

–         Aucune importance Richard…ce qui est fait est fait. Mais ne me refais jamais ce coup-là, celui de me faire croire que tu n’es qu’un chien fou obéissant sans réflexion. Tu es mon premier guerrier, tu dois l’assumer, tu dois te dépasser…tu dois m’étonner. Sinon je risque m’ennuyer ! »

Il me regarda d’un sourire complice et me fit une tape amicale sur l’épaule. Non, vraiment, je ne le comprenais pas toujours ce Roland, et encore moins depuis que je m’étais rendu compte qu’il ne m’avait ni tué ni sauvé. A peine m’avait-il essuyé de la flaque dans laquelle je gisais, les anges sous la gueule.

©Necromongers

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