Roland Bachman: agent spatio-temporel (S1-E3)

ROLLAND BACHMAN : AGENT SPATIO-TEMPOREL

(S1-E3)

Concerto pour mineur (2ème guerrier)

            La vie prend quelquefois des tournures qui s’apparentent à peu de chose près à une mort lente. Le voyage n’est pas toujours aussi joyeux que prévu et le temps…pas toujours aussi présent que voulu !

*

            Le tempo s’échelonnait de cassures rythmiques consécutives en longues tirades envolées. Le chef d’orchestre insufflait les changements par son langage gestuel, mais le grand écran qui diffusait le film en direct donnait lui aussi des indications de mesures. Lisa se tenait prête, le chevalet sur son violon, elle allait commencer sa partie.

Le public était transporté, envoûté par cette association de renaissance : l’image d’un vieux film en pleine reconstruction émotionnelle  emmenée par un orchestre qui le redynamisait et le mettait au goût du jour. Roland était assis au 1er rang, confortablement engouffré dans son fauteuil. Pris par l’ambiance générale il n’en oubliait pas pour autant l’objet de sa mission. Lisa entamait son solo. Roland jeta un coup d’œil à sa montre. Quand il vit l’heure il se redressa sur son siège, se leva et prit d’un pas tranquille le temps de longer la scène.

*

            On aura beau compter les étoiles autant qu’on veut, il y aura toujours une distance inimaginable avec le nombre. Le ciel en était plein ce soir-là, et j’imaginais derrière ma fenêtre d’hospice le temps croiser les destinées. Refaire la cartographie de la vie…des vies…à coups d’étoiles filantes et de constellations glissées d’un passement de doigt, comme sur une tablette numérique. Quelle merde ! J’étais assis tranquille sur mon corps, les bras derrière la tête, à ruminer un avenir incertain vu que j’étais à moitié vivant. Et l’autre con de flic qui lisait son bouquin…« Tu fais une pause, je trouverai un second ! » Qu’il m’avait dit Roland ! Il se débrouillerait tout seul qu’il m’avait dit !

*

            Discrètement, d’un pas assuré, Roland pris le chemin des coulisses en continuant de longer la scène sur le côté. Lisa était prise d’une envolée lyrique, elle s’était levée en continuant à jouer, et quelques personnes dans le public sensible à ce moment d’anthologie avaient commencés à en faire de même. Quelques marches à monter le long du grand rideau rouge qui bordait chaque flanc de la scène. Roland en fit lentement la progression, presque en anachronisme avec le rythme qu’imposait le violon de Lisa. Il passa une porte et prit un couloir sur la droite. De l’endroit où il était, il n’entendit qu’un faible murmure de cris d’effrois mais il l’avait senti, la musique s’était arrêtée brutalement. Il arriva devant une loge où était inscrit « Lisa Blakat », il pénétra à l’intérieur. Le tremblement d’une échappée d’éléphant en rut décrocha la grande glace accrochée au mur devant ce petit coin féminin, ou le maquillage attendait généralement son heure. Elle tomba sur la table qui s’appuyait contre le mur, en-dessous d’elle, pour y rester dans un équilibre précaire. La porte de la loge s’ouvrit en trombe et vint claquer contre le mur…finalement la glace glissa et finit sa lente course au sol en se brisant avec fracas. Devant la porte, deux hommes, le regard éventré de peur, la sueur coulant à grosse goutte sur leur front, portaient à bout de leur bras…Lisa…le teint livide et pâle…presque morte !

*

            Je n’avais pas assuré la dernière fois et Roland avait décidé de me laisser mariner pour la prochaine mission. Je ne savais pas comment prendre ça. Tout ce que je savais c’est qu’il était en mission de recrutement. De qui il s’agissait on s’en foutait ! Mais sur qui compter, ça changerait peut être tout ! Mais quand j’ai vu la moitié de lune qui brillait dans son halo de lumière, je me suis dit « t’es trop con ! ». Le temps…l’autre là ! Qu’est jamais joignable, même par sms ! On sait même pas sur quel rocher il pose son cul ! Ben il a quand même réussi à faire poser un drapeau sur une des faces de la lune par un pigeon de ricain, et moi ? Il me fout un guignol de flic pour surveiller mon porridge de corps et un mariole de tuteur qui me fait surveiller le guignol de flic ! Fait chier ! Tout ça pour soi-disant contrecarrer les plans de la mort…mais la mort elle en a rien à carrer de moi !

*

            A la vue de Roland, impérial, ténébreux et les yeux transperçant de terreur personne ne demanda son reste. Ils restèrent tous figés à attendre le La…une sorte de bénédiction que Roland savait inspirer chez les gens, et qui en général le faisait sourire.

« Posez là ici ! » Désigna-t-il d’un geste un fauteuil crapaud près de la porte sans les lâcher du regard. Ce qu’ils firent sans réfléchir, avant de rebrousser chemin comme si de rien n’était.

Roland tendit la main à Lisa, qui dans sa demi-mort perçue sa présence. Elle lui rendit le geste d’une façon automatique.

« Le son du violon n’est pas fini pour toi ma belle, mais la source de ta musique et ton inspiration va changer…prête-moi ta vie, je t’en ferai grâce d’une autre pour l’éternité ! »

*

Cet idiot de flic venait juste de quitter ma chambre…il avait oublié son bouquin cet abruti… « Comment éteindre une bougie allumée, par R.Kurran »…un sombre con je vous dis ! Quel crétin fini pourrait vraiment se nourrir d’une lecture aussi indigeste, je vous le demande ? Le fait d’être un flic c’est une excuse où quoi ? Ahhhhhh tout ça m’énervait !

Je n’étais pas au bout de mes surprises. La porte s’ouvrit lentement, dans une atmosphère singulière d’étrange impression de déjà-vu. Je m’attendais à voir L’inspecteur machin mais…au lieu de ça…je vis entrer un ange immatériel ! Une nouvelle infirmière ? Sans sa tenue…elle débauchait où quoi ? Mes yeux s’égaraient malgré moi de haut en bas tellement son décolleté allait de pair avec sa courte jupe….mais…à y regarder de près…de très près…je crus y voir quelqu’un d’autre. Oui ! J’y étais ! La violoniste là…Lisa…quelque chose !

« – Lisa Blakat ! Détonna Roland juste derrière elle !

–         Bon dieu Roland…mais qu’est-ce que tu fous derrière elle ? Dis-je avec gène.

–         Ah ah ! J’ai préféré interférer avant ta mort prématurée ! »

Lisa semblait amusée par la situation et me souriait d’une courtoisie légèrement grivoise…ou bien c’était mon imagination….oui, mettons que oui !

« – Hé ! Tu me prends pour un demeuré ? Je vois bien qui c’est !

–         Un demeuré ? Admettons que oui…après tout personne ne sait mieux que toi défoncer les portes de l’absolution !

–         Je…tu…enfin…

–         Oh Oh ! Voilà notre désarçonneur désarçonné !

–         Ça n’existe pas « désarçonneur » ! Alors à moins que tu veuille me faire le coup du « j’ai la liberté pour moi et je suis le vent de la vérité » tu repasseras, de préférence par la fenêtre parce qu’elle est toujours ouverte quand je coule un bronze ! »

En disant ça, pendant un tout petit temps, je fixais Lisa d’un œil perplexe.

« – Non mais votre truc là, à tous les deux, c’est pour m’impressionner ? Questionna Lisa d’un air amusé.

–         Pas du tout, fit Roland. La vie n’est que la force d’une autre vie…celle-là même qui fait de nous des vivants, mais la mort sait aussi nous rappeler qui nous sommes vraiment !

–         Enchanté, Richard! Fis-je en m’approchant de Lisa et en lui tendant la main. Toujours en vie alors ?

–         Oui, merci. Me dit-elle en me proposant sa main. Mais pourquoi cette question ?

–         Ah ben…entre vos shoots, l’alcool, votre vie de dingue et la compagnie de Roland…on peut encore se poser la question hein ! Gloussais-je de plaisir.

–         Oui…je vois, ma vie publique ne vous aura pas échappée…

–         Ben je vois pas comment avec tout le tintouin sur votre cure, vos tentatives de suicides…vous avez failli sacrifier une ode de la nature ! »

Son visage s’éclaircit soudain comme un phare au milieu de ma nuit. Son sourire, guidant mon pas vers une distance aussi facile à franchir qu’un seul d’entre eux…fit aussitôt s’interposer Roland de front entre nous.

« – STOP ! Vous n’allez pas mettre à mal mon stratagème ? Je vous interdis d’aller plus loin ! Vous êtes des gosses ou quoi ? Je n’ai pas choisi Lisa pour être ta passion oubliée, mais pour devenir ton alter égo concentré. Vous serez à vous deux mes guerriers de la vie ! Richard et Lisa…comme une Eve et un Adam de la dernière humanité…des chevaliers annonciateurs de la ligue du temps…les démons de la peur de la mort, la…

–         Et sinon ? le coupai-je. Le concert…t’a aimé ? »

Son sourire se mêla à son geste. Il imprima de chacune de ses paumes notre thorax et rejoua toute la suite et l’envolée de Lisa…avec en plus ces détails que les vivants ne perçoivent pas vraiment sur le moment. D’autant plus qu’il continua le concert bien après son arrêt !

©Necromongers

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