Roland Bachman: agent spatio-temporel (S1-E4)

ROLAND BACHMAN : AGENT SPATIO-TEMPOREL (S1-E4)

 

L’habit ne fait pas le moine

            D’une pichenette, je poussais le grand portail métallique et ses arceaux en envolées gothiques. Un grincement effroyable  raisonna dans l’enclos fermé de quelques bâtisses au premier plan.

« Putain ! Pas moyen d’être discret  même à 3h du mat’ ! A croire que les morts n’aiment pas les surprises !

–         Cherche pas Richard, Roland ne nous a pas envoyé ici pour compter les morts ! Dit Lisa ironiquement.

–         Les compter…ahah ! Je me vois bien faire un recensement des morts pas tout à fait décédés ! Je pris un ton solennel : Et toi mon gars ? T’es là pour la figuration ou tu comptes remplir les cases vides…t’es prêt à faire des concessions ? Ahah ! »

Lisa fit une moue congestionnée en me regardant. De ses deux mains fines et élancées me fit signe d’entrer dans le cimetière, accompagné d’une petite révérence et d’un sourire sarcastique.

«  Après vous monsieur le drôlatre ! Suivez les caveaux et les mausolées, vous tomberez bien sur une vieille connaissance pour nous indiquer le chemin !

–         T’es pas drôle Lisa…Roland nous a dit : suivez le sentier de droite, au premier carrefour prenez à gauche, faites 100 mètres il sera là ! Je ne vois pas en quoi compter sur quelqu’un pourrait nous être vraiment utile !

–         Parce que tu crois qu’on tombera sur quelqu’un dans cet endroit à 3h du matin ? Fit-elle en ricanant.

–         Des fois je me dis que t’aurais dû continuer à jouer du violon avec quelques shoot d’héro…ça nous aurait reposé l’esprit, pis ici tu casserais la baraque ! Ahah !

–         Richard…

–         Ouais !

–         Des fois tu fermerais ta gueule tu n’en serais que plus vivant !

–         Lisa…

–         OUAIS ! Fit-elle, énervée que je veuille avoir le dernier mot.

–         Chuuuut ! J’entends du bruit ! »

Rapidement, dans un parfait élan conjoint, nos ombres livrées à la pleine lune se cachèrent illico derrière une funeste petite baraque. Roland nous l’avait bien dit, inutile d’aller chercher trop loin, bien souvent, c’est la mission qui vient à vous. Ce qui compte avant tout, c’est ouvrir son âme, ses sens et ses esgourdes.

L’inconnu avançait d’un pas assuré à la clarté lunaire. Il prenait justement la direction que Roland nous avait indiquée. Le contact. C’était sûrement lui…même si à la base Roland n’avait pas parlé de quelqu’un, mais avait laissé entendre quelque chose. C’était toujours pareil avec lui, deviner, deviner, deviner…il nous prenait sans doute pour des extra lucides ! L’inconnu enfilait les allées, et nous derrière en silence à le suivre. Notre mission était simple, récupérer des informations capitales allée 17, travée 8, CP 3210…et voilà, démerdez vous !

Malencontreusement, mon pied vint percuter un pot de fleurs, qui lui-même vint aussi s’étaler sur la travée 4 de l’allée 17 dans un bruit sourd. Nous nous figeâmes, Lisa et moi, derrière une pierre tombale, accroupis et solidement immobile. L’inconnu marqua un temps d’arrêt. Sa tête tourna derrière son dos sans que son corps ne bouge…à 180° ! Lisa m’attrapa la main et me la serra à m’exploser les phalanges. La lune était devant lui, de cette façon son visage n’était pas visible. Une éternité de silence irradiait un présent imparfait comme un simple passé pouvait vous narguer de son imposant dispositif futuriste…une allégorie de la vie dans un endroit baigné par la mort. La tête de l’inconnu poursuivit son tour de garde en opérant les 180° restants, dans le but sans doute, de boucler le cercle pernicieux de l’horreur qui montait en nous. Un tour complet avec sa trombine qu’il avait fait l’individu ! Bon…ok…pas là pour rire…nous non plus après tout. Missionnés par un ange déchu, y’avait un peu de style derrière nous pour ne pas tressaillir au premier tour de cou ! Sans aucune véritable cible déterminée en vue, l’inconnu reprit le cours de son chemin.

« Psssst ! Lisa ! On le suit et pis on voit si c’est notre truc ! Fis-je à voix basse.

–         Notre truc ? Comme quoi ? Notre toupie d’indic ? Et on sait où on doit viser pour lui taper sur la tête et qu’il arrête de tourner ?

–         Mais t’es con où quoi ? Il se dirige vers l’endroit où on va…de toute façon on n’a pas le choix !

–         Si ! On a le choix d’attendre qu’il disparaisse et puis d’aller ensuite à cette fameuse concession pour voir ce qu’il nous y attend !

–         Ah ! Je pense pas que Roland nous emploie pour nous cacher derrière des tombes à attendre la facilité ! Ce gars-là, à cette heure de la nuit, il a forcément quelque chose à voir avec notre but !

–         Bien vu ! T’es vraiment fortiche toi ! Une vraie et limpide voyante de par chez nous ! Me lança Lisa aussi bas qu’elle put.

–         Te fous pas de ma gueule de cette façon, on est tous les deux dans le même bateau, mais on ne sait pas ce qu’on doit trouver…ou qui ! »

Le regard de Lisa se fit plus noir que prévu. Elle me lâcha la main et se leva. Je fus pris d’une panique paralysante…le temps que je réfléchisse, que je prenne la mesure de la situation, du temps qui nous appelait à mener à bien notre mission…elle était déjà presque à sa portée !

« Lisa ! De deux choses l’une…ou bien tu vas jusqu’au bout, ou bien tu vas plus loin ! Lui criais-je avec un souffle de diction presque imperceptible…elle m’entendit tout de même.

–         Non mais t’en as d’autres des dictons à la con comme ça ? Deux choses l’une ? Pis tant que t’y es t’as pas une moitié de deux choses à me conseiller en une fois ? »

Ça y est. La moutarde me montait au nez. Cette Lisa, elle se croyait au-dessus des choses ? Au-dessus de la logique du temps ? Sans vraiment réfléchir, à chaud et dans mon emportement, je me levais aussi d’un bond.

« Je sais pas si t’as encore tout à fait évacué ta dernière dose d’héro,  c’est pas à moi que tu joueras du violon comme ça, va falloir calmer la sérénade là ! On cherche un putain de message ! » Criais-je avec détermination. Une détermination qui fixa finalement son regard sur la girouette à forte tête juste en face de nous. Maintenant qu’on était à découvert, bien au clair de lune, dans une discrétion toute préparée pour mieux sauter…il allait falloir assumer. L’inconnu s’était arrêté en plein milieu du chemin, au carrefour de la travée 8. Bizarrement, il ne porta pas attention à nos chamailleries délirantes et mal venues. Dans un sens c’était tant mieux, s’il avait fallu encore expliquer à Roland que nos sangs chauds avaient tout fait foirer…je m’en serais passé. Mais dans un autre sens…ça n’en avait pas justement ! L’inconnu prit la travée et s’arrêta devant une tombe, se baissa et déposa un papier dessus, marqua une pause comme l’instant d’une petite prière, puis reprit le chemin dans une marche lente jusqu’à disparaître avec lui…aussi loin que nous pouvions encore en apercevoir la fin.

Lisa prit la direction de l’endroit en question. S’arrêta devant la tombe, CP 3210, c’était bien là. Elle se pencha pour ramasser le papier déposé par l’inconnu. D’un peu plus loin, j’observais la scène sans arriver à prendre la décision de rejoindre Lisa. Une hésitation incontrôlable m’en empêchait. « A…alors ? » Fis-je inquiet. Elle le lu :

« De deux choses l’une,  soit vous apprenez à vous entendre pour mener à bien les missions que je vous propose, soit vous retournez à vos vies presque mortes. L’un dans l’autre, à peu de choses prêt, vous êtes à deux doigts d’un jamais deux sans trois…pas la peine de se plier en quatre pour comprendre que vos lumières n’éclairent encore que vos propres lanternes…mais méfiez-vous des ombres qui n’en font qu’à leur tête, avoir des yeux partout n’empêche pas toujours d’être aveugle ! Roland.»

Je me rapprochais de Lisa jusqu’au bord de la tombe. D’un geste de la main j’enlevais la mousse sur les inscriptions de la pierre tombale. On pouvait y lire : « ci-gît Stéphane Roy, dernier régulateur de la dimension des passeurs de temps. A mon chien fou et son regretté Pick-up ! ».

« Mais qui c’est ce Stéphane Roy ? Demanda Lisa intriguée.

–         Le précurseur…c’est le précurseur. Celui que Roland appelle l’enragé du désert.

–         Mais le précurseur de quoi putain ?

–         Roland t’expliquera…c’est une vieille histoire…et aussi un message pour nous. Maintenant ça ne rigole plus ! »

©Necromongers

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