Zombieland (to be or not zombie)

La fragile équation de la vie n’est-elle nourrie que par des microbes ? Notre sort est-il figé par une seule et unique règle, les bactéries ?

Je ne sais pas très bien pourquoi ces questions me venaient à l’esprit, alors que je n’avais aucune compétence en la matière pour en diagnostiquer l’origine. Ce que je savais en revanche, c’est ce que les restes parsemés de ma mère dans la pièce avaient déclenché en moi…une colère insoutenable !

Une alternative. Oui, donnez-moi une alternative. Quand on se réveille un matin après plusieurs jours de forte fièvre, qu’on descend comme on peut les escaliers un à un, avec une hésitation pleine de faiblesse, encore fébrile, légèrement chahuté par des frissonnements encore présents, et qu’on découvre à la dernière marche la tête de sa mère d’une moitié de sourire ! On a les jambes qui flageolent ! On a la tête qui tourne à nouveau…et l’esprit qui vacille !

Vous savez ce qui m’est passé par la tête à ce moment ? Me faire une casserole de pâtes ! Ça vous choque ? Ouais…moi aussi ça a failli me choquer…mais à vrai dire je n’étais pas en capacité de savoir ce qui était le plus choquant….la tête de ma mère en bas de l’escalier ou des pâtes pour reprendre des forces, avant de tomber…oui, des forces, je n’en avais plus depuis des jours et des jours, à suer à grosses gouttes sur mon lit, sans voir personne, sans pouvoir me lever. C’est seulement quand j’ai traversé le salon, le cœur régulièrement soulevé par les restes des corps que je devais enjamber, que j’attribuais à ceux de mes parents, que j’ai pensé vivre un cauchemar de plus. Un rêve englué dans des transpirations de délires fiévreux…alors pour me changer les idées et prendre des forces, oui, j’ai fait des pâtes !

Mes idées n’étaient pas en place. L’eau chauffait dans la casserole. J’allumai la vieille radio de mes parents sur la table pour prendre le cours des choses en vol…la réalité, y’a que ça de vrai pour vous réveiller. Rien. Je fis faire un aller-retour à la molette grasse du poste. Rien que des grésillements à perpétuité, même en changeant de fréquence. Tant pis pour la FM, j’essayai les ondes plus lointaines. Je mis un certain temps avant de tomber sur un semblant de vie. A n’en pas douter, une chaine d’information, qui déblatérait des trucs bizarres. Zombieland que ça s’appelait ! L’eau bouillait. Je mis les pâtes dedans.

J’étais totalement happé par les commentaires des journalistes, ou plutôt des radios amateurs si je comprenais bien. C’était effrayant. Des témoignages de familles absolument abominables qui racontaient la résurrection de morts partout dans le pays, des villes envahies par la marche…des morts qui mangeaient les vivants ! Mon esprit s’arrêta à cette dernière pensée. Des Zombies ! Mes parents ! Et si tout ça était vrai…bordel ! Mais alors…dehors !

Je venais de prendre une méchante gifle. Je venais de penser que tout ça était peut-être vrai…que je ne dormais pas, que j’étais bien réveillé, que c’était bien mes parents…et, à bien y réfléchir…je ne sais pas si j’allais le supporter ! Il fallait que j’aille vérifier…bon sang, je n’y arriverais jamais ! Les pâtes bouillaient. L’eau passait par-dessus la casserole, venant raviver les flammes qui léchaient ses abords. La réalité…toujours elle…qui venait vous enflammer l’esprit…j’éteignis le feu sous la casserole. Je restais circonspect devant la gazinière…des larmes sortirent toutes seules, mes yeux se brouillèrent. A la radio on parlait d’un ralliement armé, d’un éden, d’une zone de réfugiés, perdue dans la campagne…mes larmes redoublèrent. Je suis en vie….mais en ville !

Tout était calme, trop calme à mon goût. Une faible lumière passait à travers les volets barricadés des fenêtres de la cuisine. Quel jour étions-nous ? Depuis quand cette horreur, cette situation cauchemardesque ? Depuis quand les restes de mes parents ?…bon sang ! Par où étaient-ils rentrés ? Je ravalai mes larmes avec une certaine amertume…il fallait vérifier. J’allais devoir repasser par le salon. Je regardai autour de moi, dans tous les sens…une arme, il me fallait une arme. Ils avaient dit « explosez leur la tête, c’est comme ça qu’on les tue ! » à la radio. Mon regard s’arrêta sur un couteau électrique…non….un hachoir…non…dans la chambre, une carabine à plombs ! Je ne sais pas si c’est suffisant pour « exploser une tête »…ah…fait chier ! Dans le garage ! Un pistolet à clous ! Le garage…c’est dehors…fait chier ! Dans ma chambre ! Une batte de baseball ! Je quittai la cuisine avec une émotion qui me nouait le ventre.

J’apercevais encore mieux ce que je n’avais pas voulu voir tout à l’heure en allant à la cuisine. Des bouts de corps épars dans tous les coins de la pièce, des tripes et des boyaux qui rampaient avec des intestins à moitié consommés sur des flaques de liquide aux couleurs indescriptibles. Des images insoutenables vinrent envahir mon cerveau, des scènes de film d’horreur…comment était-ce possible ? En visitant le salon du regard, ma vue s’arrêta sur la porte d’entrée. La porte avait été fermée par un énorme rondin de bois, mais il était éventré en son centre et la porte assez défoncée pour laisser pénétrer une taille humaine…j’étais terrifié par ce qui avait pu entrer ici ! Je montai les marches péniblement pour aller jusqu’à ma chambre. Je fermai la porte derrière moi et repris une forte inspiration….des douleurs m’étripaient le ventre…je fus pris d’une nausée incontrôlée…que je libérai  sans retenue au pied de la porte. Des foutus zombies, pensais-je…comment c’est possible ? Mes parents, pensais-je, en ne pouvant retenir une armée de sanglots. Des larmes qui coulèrent généreusement dans une nuée de soubresauts nerveux contre la porte, qui m’empêcha de m’effondrer au sol. Quelques minutes…il fallait que je me reprenne…la batte, dans l’armoire…j’y rampai presque par le mur pour y arriver. J’ouvris l’armoire et l’attrapai. Il fallait que je sache…que je vois ce qui se passait…dehors.

Je redescendis l’escalier, comme à mon premier réveil…d’un cauchemar cette fois plus réel. Ma colère me servait de volonté, surtout à traverser cette pièce du bas…pleine d’enveloppes charnelles débarrassées de leur complexe méandre mécanique, le déplacement. Voilà…plus question de voir ici où là des humains… pour certains nous ne sommes qu’un bout de viande en otage, des amuse-gueules…le choix n’existe pas ! Je progressai jusqu’à la porte d’entrée la batte fermement crispée dans mes mains, la tête légèrement baissée, le regard haut vissé comme une étreinte de violence assurée, un genre de Droogies en pleine montée. Je donnai avec élan un gros coup de batte dans le rondin presque brisé qui se cassa en deux sans résistance. D’un coup de pied je fis tomber ce qui restait de la porte. D’un pas j’étais dehors. Coup d’œil à droite, à gauche. Champ libre dans le jardin, pas de zombie en vue. Je pris la direction du garage en face de moi. Quelques mètres seulement…la rue juste derrière. Je fis sauter le cadenas du garage avec la batte…le plaisir montait à chaque fois que je frappais avec. J’entrai. En quelques secondes je trouvai le pistolet à clous. Je le mis en bandoulière grâce à une ceinture découverte sur place. La casquette treillis du vieux…pendue à un crochet…je l’enfilai. Sous l’établi une lame qui scintille…bien sûr ! La machette ! Je l’enfile en travers de ma propre ceinture. Ils n’ont qu’à bien se tenir les morts, de mon vivant je m’en vais leur dire deux mots !

Les informations. Savoir où se trouvait cet endroit. Il me fallait une direction, avant de prendre la tangente. Je repris le chemin jusqu’à la maison, puis la cuisine, sans un regard pour les déchets à terre…pas de sensiblerie…pas question ! Le poste raisonnait toujours des mêmes voix de rapatriement et de dépêches conseillères contre la nouvelle population nocive. Des messages qui tournaient en boucles…j’eu un doute. Qui me disait que la radio était bien en vie avec ses locuteurs et ne tournait pas dans le vide ? De toute façon que pouvais-je en savoir en restant là, dans cet enfer offert en pâture…aux microbes et aux bactéries. La radio parlait d’une petite station balnéaire à quelques kilomètres…mais il fallait sortir de la ville…sans certitude…avec peut-être une féroce adversité…les restes de mes parents s’imprimèrent comme une image palpable dans mon esprit…mon poing frappa très fort la table, si bien que le poste en tomba et se brisa à terre. Un silence morbide fit violence dans la cuisine. Mon cerveau grésillait, mes membres tremblaient, mes neurones s’embourbaient…

Je sortis précipitamment de la cuisine…presque en courant…vite dehors la batte à la main…tout cela avait assez duré ! Le portail de la maison passé, dans la rue…enfin…j’étais décidé, prêt, remonté ! Déjà j’apercevais les premiers marcheurs ôtés de leur raison, d’une main je pris le pistolet, de l’autre la batte…

« Hé ! Viande froide ! C’est par là que la vie se fraye un chemin ! » Criais-je en brandissant ma batte marquée d’un « hello friend ! ».

De toutes les situations espérées préférables dans la vie, il y en a une que j’aurais choisie entre toutes…vivre libre ou mourir…mourir pour vivre libre…to be or not zombie !

©Necromongers

1044252_192222324275703_1124262045_n

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s