Roland bachman : agent spatio-temporel (S1-E5)

ROLAND BACHMAN: AGENT SPATIO-TEMPOREL (S1-E5)

L’ordre de l’apocalypse (1)

La main qu’il tenait était solidement cramponnée à la sienne. Il n’était pas question de lâcher prise maintenant. Ni à un autre moment d’ailleurs. Ce qu’il faut toujours retenir de la vie et du moment où ça doit se finir, c’est qu’en définitive il est important de connaitre la vérité des autres, elle nous dévoile une partie de la nôtre !

La pluie battait son plein ce soir. Elle balayait nos visages dégoulinants et marquait nos faciès grimaçants de douleurs et de fatigue. Les lumières du pont finissaient d’embellir, d’une ironie capturée telle un dessin, nos figures en souffrance.  Je ne parlerais même pas de l’état de nos bras…qui se déchiraient dans le vide ! Le moment était crucial, lyrique…la musique de mon vieux frère Frédéric m’enveloppait. Et dire que l’ironie de la vie lui avait ôté l’envie de se battre vraiment, dire que son cœur avait voyagé plus loin que lui, vers de véritables trésors…j’ai préféré le laisser s’évaporer plutôt qu’en faire un guerrier…il avait pourtant séduit l’âme des autres avec « l’azur de la nuit transparente » comme le disait Georges Sand, et s’amusait à tout effacer d’une droite à gauche sur le clavier pour nous rappeler que la guerre doit se faire dans nos cœurs, et seulement là. N’est pas Polonais qui veut ! « Je saurais mourir » m’avait-il dit en aparté…mais tout le monde n’en est pas là à ce jour, non, d’autres ne savent pas le faire !

Je me souviens d’une fois où il avait joué pour la reine Victoria, la seule d’ailleurs. La salle était remplie d’une aristocratie pétillante de lumière, enguirlandée par l’inaccessible et majestueuse brillance du bien propre sur elle. Une salle illuminée, contemplative et chuchotant des immondices mondaines et peu flatteuses sur mon ami.  Mais quand il commença sa plaidoirie, d’une fluidité transparente et sérieusement envoutante…la salle se laissa emporter. Il atteignit la note bleue, donna le temps à tous de s’en imprégner, et explosa l’ambiance d’un aller de droite à gauche sur le clavier…stupéfaction et mauvaises réactions partagées entre encensement et désenvoutement finirent par divaguer de part et d’autre. Je n’eus pas le temps d’en voir plus, happé par la foule, il avait mieux à faire entre lui et sa maladie pour continuer à vivre son rêve, je me suis effacé. Mais je me souviens de sa main tendue, vers l’abîme de mes pensées…

Entre la pluie, le temps qui passait et nos forces qui s’amenuisaient, nos mains glissaient lentement l’une de l’autre. Je ne devais pas le lâcher, mais lui, ne devait pas cesser de croire…que le monde se découvre tous les jours. Je n’étais là que pour lui tendre la main, pas plus pas moins. A lui de croire, à lui de profiter de cet instant, de cette révélation qui élève…qui transcende le corps, qui fait voyager le cœur.

« Je…je ne lâcherai pas ! Dit marc en tordant ses traits de douleurs.

–         Ok ! Fis-je en souriant. J’ai connu un type qui à traversé des tas de situations comme la vôtre ! Mais faut dire qu’il y avait moins à se soucier…Logan qu’il s’appelait !

–         Qui était-il ? Cria-t-il, le vent couvrait à moitié nos paroles.

–         Un sage sans raison, immortel de profession !

–         Mon dieu…mais comment a-t-il pu vivre ça plusieurs fois ?

–         Par oubli ! A chaque fois ça lui a pris une vie de s’en souvenir !

–         Je ne crois pas que j’arriverais à tenir ce rythme…de cette façon ! Me dit-il en souffrance.

–         Non, en effet. Je ne le crois pas non plus. Il faut se rendre à l’évidence…Logan avait un certain panache, une vie déchirée et un passé mystérieux, mais une envie de vivre à faire mordre la poussière aux autres si besoin…toutes griffes dehors ! »

Il me fallait gagner du temps. Le temps qu’il fallait à Lisa et Richard pour trouver les indices nécessaires aux preuves. Les preuves que la vie de cet homme n’était pas en danger. Les preuves que la vie n’était pas en danger. Les preuves…que la vie était.

*

J’avais beau retourner le bureau, vider les tiroirs, renverser les étagères de livres…aucune trace de ce document. Il fallait pourtant trouver ce fameux papier ! Un document si rare, si ancien et si dangereux qu’il pourrait mettre en péril le Temps lui-même. Et ce fameux Marc l’avait précieusement gardé d’un héritage mystérieusement signé par un démon. Un contrat qui pourrait remettre en cause le bon équilibre du monde…car comme dit Roland « la fin ne justifie pas les moyens, la fin justifie ce que les moyens ont à nous apporter…et rien n’est jamais une fin en soi ! ». Je pouvais mettre le bordel que je voulais sans crainte, une énorme fête battait son plein dans le manoir de Marc. Lisa était en bas, au milieu des badauds pour parer à l’éventualité d’un curieux qui monterait, et expliquer d’un discours tout préparé pourquoi celui-ci n’était plus à la fête.

« Ma chère demoiselle, j’aimerais vraiment que vous m’expliquiez en long, en large et en travers pourquoi ce cher Marc n’est pas à la fête ce soir…je ne crois même pas l’avoir aperçu ? Dit l’inconnu à Lisa les yeux plongés dans son décolleté.

–         Servez-moi donc un verre de ce que vous buvez, on sera sur la même longueur d’onde comme ça ! Lui répondit –elle.

–         C’est assez fort, je ne sais pas si vous allez aimer !

–         En long, en large et en travers…pendant que vos yeux discutent je ferais l’effort de vous saouler…je suis très forte à ce jeu ! »

Une réception parfaite ! Tout le monde parlait, personne n’écoutait ! Les yeux dans mes seins, l’autre là il buvait mes paroles en même temps que son gin fizz pendant que mes yeux à moi devaient surveiller l’escalier principal. Ils étaient tous préoccupés par leur vie personnelle, se lamentaient d’eux-mêmes à travers les autres ou inversement, mais aucun ne s’écoutait vraiment…entre ça, picoler et s’enfiler des lignes de coke. Je ne sais pas si c’était son regard lubrique, l’alcool ou la dope qui m’excitait, mais mes seins lui pointaient les pupilles…et j’aimais ça. Il me resservit un gin. Me proposa une petite ligne sur la table en verre. S’il croyait que je n’y voyais rien dans son manège à la con ! De toute façon, à part surveiller et déblatérer je n’avais rien à faire…une petite ligne, rien qu’une autre. Je ne sentais déjà plus le fond de mon palet, anesthésié par la poudre, mais je sentais bien monter cette douce sensation de maîtrise du monde, du savoir universel et mon cerveau commençait déjà à s’ouvrir…mon épaule frissonnait de…secousses ?

« Hé Lisa ! C’est pas le moment de te torpiller la tête, j’ai besoin de toi toute entière ! Lui dit Richard avec un large sourire la main sur son épaule.

–         Plait-il ? Vous désirez ? Lança l’inconnu à Richard en se levant.

–         Toi tu fermes ton claque merde, tu te rassois, tu te repoudre le pif et tu trouves une autre  jument à monter !

–         Hé ! Comme t’y vas Richard ! Tu me prends pour une bestiole facile à dompter ? Tu doutes de mes capacités ? Ou c’est autre chose ? Fit-elle un sourire en coin en enfonçant son regard dans ses yeux.

–         Ne t’imagine rien, on est en mission…j’ai le document. »

Les yeux de Lisa se mirent à pétiller, fixés dans les siens. Pendant une courte minute il ne sut plus vraiment où il était, ce qu’il était venu faire ici…il faillit en lâcher le papier ! C’est l’autre débile derrière elle qui lui fit reprendre ses esprits.

« J’aimerais savoir ce que…. »Fit l’inconnu en bousculant Lisa.

Il n’eut pas le temps de se bourrer le pif de poudre, pas dans l’état où mon poing l’avait défiguré ! Pas le temps ni la manière de trouver une parade plus discrète…il l’avait déjà énervé avec ses grands airs, voulait profiter de Lisa et de toute façon il fallait s’éclipser, Roland les attendait depuis trop longtemps.

*

Marc n’en pouvait plus, il allait bientôt lâcher, il le savait. Ses forces n’iraient pas plus loin et il allait devoir faire le grand plongeon. Il lui fallait retarder l’échéance, mais au prix de quoi ? D’un pacte de sang ? Passer la main…oui, il fallait passer la main pour s’en sortir avec les honneurs. Cet homme mystérieux ne le tuerait pas, il le savait aussi. Il était juste à la recherche de la vérité, il ne le tuerait pas, ne le lâcherait pas, mais ne le remonterait pas non plus…

« Il ne vous reste plus qu’une carte à jouer Marc, alors posez là, qu’on en finisse ! Lui cria Roland le visage aspergé par la pluie.

–         Très bien ! Puisqu’on en est là laissez-moi vous dire que ce fut un plaisir de traiter avec vous monsieur l’inconnu ! Je n’ai rien à perdre, ni à gagner en fait ! Le document que vous cherchez est… »

Roland, contre toute attente, remonta subitement Marc sur le pont. Celui-ci s’étala de son long dans une flaque boueuse. Il eut peine à forcer sur son bras pour se relever, et apercevoir deux autres personnes arriver en éclaboussant de leur allure les gouttes qui tombaient du ciel.

« Je…je pensais que vous ne me remonteriez-pas !

–         Moi non plus ! Lui lança Roland. Mais je n’avais pas l’intention de vous tuer.

–         Je le sais bien…mais vous ne voulez pas savoir ?

–         C’est inutile, mes comparses ont trouvé l’ordre de l’apocalypse. Le monde ne mourra pas encore trop vite.

–         Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

–         La foi du lion ! Les voies intérieures sont quelquefois criblées de douleurs enfouies…la foi du lion sert à ça…à se soumettre à soi-même, à se refléter dans sa conscience. Le reste n’est que baliverne ! Merci !

–         De…de quoi ?

–         De m’avoir fait renaitre au combat…de m’avoir reconnu comme ce que je croyais ne plus être…un vivant ! »

 ©Necromongers

1231556_441183819328222_1966130566_n

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s