Roland Bachman : agent spatio-temporel (S1-E6)

ROLAND BACHMAN: AGENT SPATIO-TEMPOREL (S1-E6)

L’ordre de l’apocalypse (2)

 

Je tendis à Roland le papier en question. Même sous la pluie battante le parchemin ne semblait pas pouvoir se mouiller, les gouttes déviaient de leur parcours au dernier moment pour aller se jeter au travers des autres explosant sur le sol en nuées. La main tendue pour attraper la chose, ses grosses lunettes embuées et ruisselantes, Roland pinça le parchemin d’un doigté délicat. Aussitôt, dans une féerie d’éclairs bleus crépitant tout autour de lui, comme une électricité courant sur son corps, il fut pris de soubresauts violents. Ses yeux devinrent d’un bleu ciel uni éclatant, ses habits volèrent en morceaux pendant qu’il commençait à léviter au-dessus de la route qui passait sur le pont. Pétrifié, médusé j’attrapai Lisa par le bras pour nous faire reculer. L’énergie dégagée par Roland était impressionnante. Roland ? Je ne savais plus très bien…son corps dénudé changeait peu à peu de couleur, ses cheveux disparaissaient. En l’espace de quelques minutes il était devenu…quelqu’un d’autre ! Son corps nu d’une plastique athlétique parfaite était maintenant d’un bleu à la fois sombre et rayonnant, le crâne chauve et lisse, une sorte de cible gravée sur le front…il se mit à redescendre lentement des airs pour se poser au sol comme une plume.

Toujours accroupi au sol, Marc, qui avait assisté à la scène comme paralysé, fût pris d’une panique étrange. Ne sachant où aller, coincé entre moi, Lisa et ce…nouveau Roland, il n’eût d’autre idée saugrenue que de sauter par-dessus le parapet du pont…se jetant délibérément une nouvelle fois dans le vide. Roland…enfin le tout bleu newlook…tourna la tête rapidement vers le suicidaire. D’un geste du bras, la main tendue, il immobilisa Marc dans les airs. Ses doigts se refermèrent comme pour former un poing et Marc se mit à remonter. L’homme bleu le déposa délicatement sur le pont du bout de son majeur. Marc, complètement apeuré s’enfuit en courant.

Je ne savais plus quoi penser ni quoi croire. Roland ne semblait en tout cas aucunement hostile, et nous regardait d’un air profond dans lequel on aurait pu apercevoir la réponse à toutes nos questions. Je m’approchai lentement de lui, il fallait que je sache.

« Roland ?…tu…vas bien ?

–         Bonjour à vous deux, n’ayez crainte je ne veux de mal à personne, je suis le Dr Manhattan ! Veuillez m’excuser, j’ai dû interférer dans les liaisons parallèles inter-dimensionnelles pour changer de monde et emprunter un corps. La situation du vôtre et du mien a atteint un chevauchement temporel qui permet cette manœuvre.

–         Le Dr Manhattan ? Mais…mais…où est Roland en ce cas ? Fis-je.

–         En lieu sûr, dans les limbes du Temps ! Il en profitera certainement pour en chercher le propriétaire. Nous en aurons besoin pour cette mission délicate ! »

Lisa, ébahie et ancrée dans un mutisme, bouche bée, n’arrivait pas à décrocher du regard les attributs généreux de ce Dr Manhattan. Une immensité d’un bleu profond !

« Hum ! Lisa ! Fis-je d’un regard embarrassé. Nous avons une mission tu te rappelles ? Ce monsieur est venu nous prêter main forte, enfin il a des grosses paluches mais pas tant que…non mais ce que je veux dire c’est qu’il faut se ressaisir, se concentrer sur un objectif, qui est de taille. Oui, non…

–         Vous avez du mal à vous en sortir à ce qu’en j’en vois ! Fit le Dr Manhattan.

–         Je…je n’ai jamais eu autant de mal ! Fit Lisa les yeux bloqués sur l’entrejambe du Docteur.

–         Ok, on va se débarrasser de la montagne sacrée et de El Topo pour l’instant et on va essayer de revenir à un truc moins métaphysique…fis-je agacé.

–         Je suis désolé, je crois que j’ai compris le problème, je vais m’habiller. Conclut le Dr Manhattan. »

*

      Roland n’avait rien vu venir. Il s’était fait prendre à son propre jeu sur les plates-bandes du Temps. Un certain Dr Manhattan avait transféré son corps dans le sien et inversement, pendant un laps de temps très court où le chevauchement des mondes parallèles était en équilibre. Il savait la manœuvre possible mais n’en connaissait pas la clé. Y avait-il un rapport avec l’ordre de l’apocalypse ? Ce n’était pas impossible. A vrai dire il ne savait pas où chercher exactement. Lui-même ne savait pas qui était à l’origine de cet ordre et ce qu’il menaçait vraiment, seulement qu’il y avait à craindre d’un tel document quel que soit l’endroit où il se trouvait.

Trouver l’auteur du manuscrit, et déchiffrer ce qu’il annonçait, car ça aussi n’était pas clair. Ce Dr Manhattan avait eu la gentillesse d’envoyer Roland dans les limbes du Temps…dans un immense cocon de couloirs qui menaient à peu près partout, dans toutes les époques et tous les mondes…encore un rigolo de service ! Il était comme qui dirait, à l’épreuve…après tout ce temps ! Mais pas à l’épreuve du temps ! Roland n’avait pas plus de vie que de mort à perdre…pas les siennes en tout cas ! Une idée, il lui fallait une idée maintenant, pour ne pas trop perdre de temps autant que perdre le Temps…le trouver, le retrouver, lui saurait, c’est évident. Roland n’avait jamais eu aussi dur choix à faire, 4 couloirs ouverts, 5 portes fermées, 9 entrées au total…et bien d’autres directions encore après ! Le choix n’était pas à faire, il fallait se laisser envahir par les ombres de paille, les chiens fous, les rabatteurs de temps…le sang et les âmes éternelles de Roland ! Il se concentra, laissant venir à lui la conscience immatérielle des vies endormies qu’il avait à charge. Le fluide parcourait son corps et son esprit comme une énergie, comme une panoplie qu’il endossait pour devenir un autre, investi d’autres raisons d’être. Les énergies convergeaient toutes vers un point précis, ses pieds ! Elles ne pouvaient pas le tromper…la réponse était là ! Roland se baissa lentement et posa ses mains à plat sur le sol…qui s’illumina immédiatement…une 10ème porte ! Il se releva pendant que le sol s’abaissait, il entrait dans une sorte d’ascenseur dont la place ne pouvait contenir qu’une personne. Une lumière jaune l’enveloppa pendant que son corps se raidit…les dés étaient jetés !

*

      Lisa louchait sur le manuscrit que Roland tenait avant qu’il ne soit ce Dr Manhattan, maintenant qu’il s’était habillé d’un claquement de doigts elle avait retrouvé le but de la mission.

« Vous avez quelque chose qui nous appartient ! Lui fit-elle en se forçant à le fixer dans les yeux.

–         J’ai l’impression que d’un regard, beaucoup de choses vous appartiennent ! Dit le Dr Manhattan un grand sourire aux lèvres.

–         Je ne possède rien…alors mes envies créent le charme, pour mes besoins inassouvies… ! Dit-elle en jetant un regard chafouin à Richard.

–         C’est n’importe quoi votre discussion ! Lança Richard. Le document que vous tenez revêt une importance capitale pour la suite de notre mission cher Docteur…vous comprenez ?

–         Je ne suis pas ici pour comprendre car je sais, mais pour agir car vous ne savez pas ! Conclut le Dr Manhattan. »

Lisa eût un temps de pause conséquent…avant de comprendre que quelque chose se préparait. Des tarés et des pas nets j’en avais vu dans mes pérégrinations déglinguées, mais des mystiques qui sortaient tout droit de la 4ème dimension, encore pas ! Remarque avec les fréquentations de Roland il fallait s’attendre à tout en fait ! J’étais concentré et je m’apprêtais à bondir sur ce fameux manuscrit à n’importe quel moment, dès que j’aurais une brèche…mais c’était sans compter la cervelle de Lisa, pleine de substances à jamais illicites et présentes. La logique féminine est déjà une chose complexe, si vous alliez ça à un besoin de sexe ça devient carrément compliqué. Si en plus des restes prohibés viennent s’en mêler…vous avez droit au grand numéro de la vie !

Lisa fit les quelques pas qui la séparait du Docteur. Elle prit sa main dans la sienne et commença à chantonner une chanson. Putain, on était bien lotis avec ça !

Déconcerté et dans une attitude inattendue, le Dr Manhattan la fixa comme une étrange créature issue sans doute d’une dimension équivalente à notre représentation de la 4ème…doucement, avec délicatesse, il lui apposa deux doigts sur les lèvres avec la main qui tenait le papier.

« Vous ne devez pas vous laissez aller à d’éventuelle évasions perdues, mais continuez d’espérer votre mission possible…et feindre la folie pour croire m’occuper l’esprit ailleurs est une erreur ! »

D’un bond j’étais sur le manuscrit…d’un geste le Dr Manhattan le fit disparaitre…d’une main plaquée de cinq doigts je pris une gifle monumentale par Lisa ! Je tombais à terre comme une merde déconfite. Me relevant illico et protestant directement :

«  Mais merde ! Qu’est-ce qui te prend grosse gourde ?

–         On ne berne pas le docteur semble-t-il, mais toi…tu t’es fait avoir comme un débutant ! Fit Lisa dans une explosion de rire.

–         Avoir ? Mais j’allais lui piquer le parchemin !

–         Il n’y a rien à voler monsieur Richard. Fit le Docteur. Tout à gagner, fort à espérer, beaucoup à apprendre, mais rien à voler. »

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise moi…devant autant de répliques parfaitement maitrisées j’ai fermé ma gueule. Je me suis relevé, et j’ai attendu patiemment que l’atmosphère se pose, et ressemble à autre chose qu’une disserte de Roland sous acide.

 

(à suivre)

©Necromongers

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