Roland Bachman: agent spatio-temporel (S1-E9)

ROLAND BACHMAN: AGENT SPATIO-TEMPOREL (S1-E9)

L’ordre de l’apocalypse 5

 

            Manhattan nous avait englobés dans une énorme bulle bleue et nous flottions plusieurs mètres au-dessus de la maison. Avec cette même magie il avait cautérisé les moignons de Marc, et celui-ci  pouvait désormais se vanter d’avoir des pieds reconstitués…avec des molécules d’on ne sait où et bleus, certes, mais des pieds. Sous nos pieds, justement, la maison finissait de disparaitre, happée par le vide…désintégrée par une force arrivée de nulle part.

« J’aimerais vraiment comprendre tout ce chantier ! Fit Marc d’un ton véhément.

–         Nous aussi ! Fis-je en me retournant vers le Dr Manhattan.

–         Des suppositions…rien que des suppositions ! Je ne peux à l’heure actuelle déterminer avec exactitude la cause de cet évènement surprenant. Ozymandias ne peut qu’être à l’origine de cela, c’est l’entité avec laquelle il a signé le pacte de l’ordre qui doit en être responsable, c’est ma seule supposition logique. Précisa Manhattan le regard perdu dans le vide.

–         Et maintenant ? On en fait quoi des suppositions ? Ajouta Lisa.

–         Je te dirais bien où tu pourrais te les mettre, mais j’ai peur qu’on m’accuse de manquer de tact ! Lui décochais-je du tac au tac. »

La situation se compliquait. Les réponses que nous aurions pu trouver dans la maison étaient à jamais anéanties. Nous avions toujours Marc, mais personnellement je doutais que cet abruti puisse nous être d’une quelconque utilité…si ce n’est nous retarder ! Manhattan avait l’air de dire qu’il savait surement des choses, même inconsciemment…mouais, un con, sciemment ! Lui tirer les vers du nez pour qu’il se rappelle des choses qu’il ne savait pas posséder au fond de lui…une aberration à mon sens ! Ou…L’hypnose !

« Hé ! Si on questionnait notre gazier intelligemment ! L’hypnose…y’a moyen ?

Manhattan me regarda d’un air intéressé.

–         Je n’ai pas ce genre de compétence…en revanche je connais un excellent spécialiste ! »

*

L’atmosphère était lourde, chaude et sèche, les réponses d’Ozymandias et la verve d’Ammut  démangeaient Roland. Toujours en apesanteur, dominant les lieux et ses adversaires, il savait maintenant certaines choses en marche. L’ordre avait été activé, il fallait réagir et l’arrêter avant le chaos. Une zone hors temps était trop dangereuse pour parlementer, son écoulement étant inexistant la notion même de comparaison dans le monde où le chaos se déclenchait était encore plus improbable. Tout cela se jouait de nous, avec un indivisible mercantilisme, il était impossible de mesurer ou de ressentir l’évolution de la situation hors temps.

« Nous ne sommes pas des dieux Ozy, au pire des démons de l’existence humaine ! Mais par-delà nos immenses pouvoirs nous pouvons empêcher l’homme de tomber plus bas qu’il n’essaye de le faire lui-même…ton choix est tout autre.

–         Ah ah ! Pour qui te prends-tu Roland, le sauveur des âmes en peine ? Toi qui joue si bien avec la mort des hommes pour t’attirer les faveurs du Temps !

–         Je ne joue pas Ozy…je ne joue pas ! »

Le sable alentour courait séparément grain par grain à l’étincelante brillance soudaine des yeux de Roland. Le temps qu’Ozymandias comprenne son plan, le sable s’infiltrait déjà à l’intérieur de son costume…et Roland frappa ses mains dans un tonnerre d’ondes de choc…faisant exploser tous les grains à l’unisson. Le costume d’Ozymandias vola en éclats. Ammut, décontenancé, improvisa une attaque surprise. Il fit une charge ésotérique, libérant Babaï de son corps qui plongea tête baissé sur Roland à une vitesse telle que celui-ci ne put parer l’attaque. Dans un éclair d’instinct il eut juste le temps de séparer ses mains pour rappeler les ondes qui amortirent légèrement le choc. Appelant par la pensée aussi vite qu’il put ses chiens fous pour former un nuage qui le réceptionnèrent dans les airs.

Il fallait vite réagir, Babaï était autrement plus fou que son propriétaire, et beaucoup moins regardant sur les risques dans la bataille. Ammut n’ayant pas le contrôle total sur son habitant hors de son corps, c’était le moment rêvé pour une monnaie d’échange. Roland attrapa son coussin de chiens fous et le lança sur Babaï. Envahi par le besoin d’immortalité des âmes pécheresses, Babaï ne résista pas à l’occasion de se nourrir encore, il ouvrit sa gueule si grande qu’elle aurait pu accueillir un troupeau de vaches. Laps de temps suffisant pour user sa cartouche favorite, Roland joignit le bout de chacun de ses doigts entre ses deux mains de façon à créer une boule. Boule qui s’illumina et aspira de nouveau le sable autour d’eux, la faisant grossir suffisamment pour que Roland ne puisse plus joindre le bout de ses doigts, et laisser celle-ci prendre l’ampleur nécessaire à sa tâche. D’un geste précis il la libéra, et la laissa se déchainer sur Babaï qui l’engloba. Prenant une inspiration à presque le vider de son contenu, Roland fit descendre la température de son corps autant que possible, jusqu’à la limite de sa propre résistance…et souffla un ouragan de sable gelé sur l’enveloppe de Babaï qui la solidifia aussitôt. Ammut était démuni, Babaï prisonnier…le temps en apnée.

*

Et voilà ! Nous étions repartis autre part ! Mais cette fois-ci ce fut plus original…Manhattan fit voler la bulle bleue dans laquelle nous étions. Voler…c’est un truc que je savais déjà faire, mais pas comme ça ! Manhattan était au control de la bulle devant nous, les bras écartés et le regard fixé sur une nébuleuse…le chemin vers l’inconnu. C’était bizarre de se sentir transporter dans les airs avec un panorama vertigineux sans ressentir aucune appréhension. La pression était retombée, chacun d’entre nous semblait dans un calme parfait, une sérénité sans faille, à suivre le panorama qui défilait en-dessous de nous bouche bée. Où nous emmenait-il donc ?

« Tour de contrôle à géant bleu ! Je répète, tour de contrôle à géant bleu ! Qu’est-ce qu’on fou ? »

Le Dr Manhattan fit un bref quart de tour avec son cou pour signifier qu’il avait entendu mon questionnement. Aussitôt il fit descendre la bulle en piqué, mais l’impression de vitesse ne se fit pas ressentir. Nous étions comme dans un cocon, ménagé, protégé de tout. La magie du déplacement sans les sensations.

« Si je ne me trompe pas, c’est par ici. Dit Manhattan. »

Nous survolions une grande ville. De quartiers en parcs gigantesques nous arrivâmes près d’une demeure en retrait de la ville, entourée elle aussi d’un très grand parc. Lentement, Manhattan nous fit descendre jusqu’au sol, dans la cour intérieure. Aussitôt la bulle en contact avec le sol, elle disparut, et dans une fraction de seconde à peine perceptible l’impression d’une rapide perte d’équilibre se fit sentir, avant de comprendre que nous étions bel et bien les pieds sur terre.

La grande porte du bâtiment centrale s’ouvrit avec fracas. Deux hommes en costumes de majordomes en sortirent avec un fusil à la main qu’ils braquaient dans notre direction. Puis, au milieu des deux hommes, avançant calmement de l’ombre jusqu’à la lumière, un homme étrange se posta, tapant sa canne au sol et croisant les jambes, dans une pose féline. Haut de forme, gants de cuir, costume trois pièce genre victorien, d’une grande élégance.

« Tiens donc ! Regardez qui voilà ! Ce cher Docteur à la couleur raffinée ! Mais qui vois-je ici en votre compagnie ? Des hôtes, des amis, des accompagnateurs…des voisins peut-être ? Ah ah ! Qu’à cela ne tienne, puisque j’ai parlé le premier je vais vous débarrasser de la première question, je me présente, LARSEN RUPIN, CHARMEUR, VOLEUR, HYPNOTISEUR EN RECELE D’EXOTISME! Bienvenu dans ma modeste demeure de 34 pièces ! »

*

Roland savait qu’il ne garderait pas éternellement Babaï dans cette prison de sable gelé, il fallait trouver une ruse très vite.

« AMMUT ! Tu es pris au piège par ta propre volonté ! Je n’irai pas par quatre chemins, si tu veux récupérer ton mangeur d’âme il va falloir annuler l’ordre ! Sinon je le fais exploser!

–         Ozymandias m’a menti, il m’avait dit que la zone hors temps ne serait pas visitée par des empêcheurs de tourner en rond…je me suis bêtement fait prendre au piège par la soif du sang des morts de Babaï.

–         Ozymandias est intelligent mais peu recommandable, cela fait longtemps qu’il n’a plus toute sa tête et qu’il n’est plus à la hauteur d’être un gardien. Sa soif à lui de régenter l’ordre du monde pour une soi-disant meilleure condition de vie des hommes est un mensonge, on ne peut en devenir leur dictateur même pour leur bien !

–         Je ne pourrai pas vivre sans Babaï…et l’ordre de la destinée du royaume du Temps en serait déséquilibré…je n’ai pas le droit d’offenser mes créateurs…je n’ai donc pas le choix. »

Ses yeux s’allumèrent d’un rouge vif et foudroyant, et la terre pleine de sable trembla. Les yeux de Roland se fermèrent, et il lâcha un léger soupir, comme s’il s’était retenu depuis des lustres.

« Voilà, c’est fait ! Lança Ammut.

–         Je te remercie, lui fit Roland. Va, retourne dans ta salle de jugement des deux vérités avec Babaï…le monde a quand même besoin de vos offices pour tourner rond ! Et pour cela il fallait qu’ils ne meurent pas en trop grand nombre d’un coup…ça aussi Ozymandias l’avait oublié, cela aurait déséquilibré le Temps…mais c’est seulement une bataille de remportée, d’autres viendront surement pour essayer de nouveau. »

 

(à suivre…)

©Necromongers

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