La loi du précipice

C’est dans une incommensurable distanciation que je m’adresse à vous. Oui, parce que l’idée même de correspondre ainsi, par texte, est une forme de mise à distance mesurée. Entendons-nous, rien n’est plus loquace que ce genre de petit exercice dans l’instant où justement, on se divulgue gratuitement à l’autre par un simple besoin, une simple envie. Alors prenez ce qui va suivre comme l’instant désiré de votre imagination susurrée à l’infini par l’exponentielle trame de votre égérie.

 

Sans discernement pour les affres volcaniques qui segmentent la complexe ébullition d’un cerveau, exposé et irradié à de trop nombreux et salvateurs apparats d’égo résurgents, je décide sur le vif d’en couper au raz les impossibles maîtrises d’explosions imminentes. Un indice, seulement, sépare volontairement le précipice par lequel j’évite de sombrer. Oui car comme je n’y tombe pas, ce qui requiers mon attention n’est pas ce qui aurait pu m’arriver, mais ce par quoi ce qui m’arrive n’est pas la finalité. Connaissez-vous la loi du précipice: s’il s’ouvre sous vous pieds pour vous y faire tomber ou que vos pieds s’ouvrent assez pour éviter d’y sombrer, dans tous les cas c’est un gouffre de représailles qui vous invite à penser. Et bien voilà, je venais juste d’éviter le pire, d’ironiser symboliquement la fomentation décisive de mon écuelle d’idée. Le contenu ne supportant bientôt plus le contenant, j’ai mangé symboliquement l’espace imaginaire qui me séparait des besoins naturels, je venais de me réveiller, et j’avais comme le sentiment que le chemin du lit aux toilettes allait s’en trouver soulagé.

Je vidai donc mon contenu dans un nouveau contenant, et dans un spasme viril d’agitation sporadique, j’agitai énergiquement l’appareil permettant ce transvasement opératoire naturel, permanent et très ritualisé si l’on oublie le besoin de se vider. Mais ma surprise fut de taille (cela va sans dire!), car penché, les jambes légèrement fléchies sur mon immense difficulté à viser correctement, dans l’état d’urgence que le sommeil n’avait encore pas tout à fait dissipé, une vision d’horreur me glaça d’effroi: le liquide que je peinais à évacuer sur la fin, se jetait tête perdu dans un puits sans fond, rebondissant en toute liberté sur les parois vertigineuses d’un récipient en forme d’entonnoir qui me rappelait insidieusement la loi du précipice. Diantre! Mon imagination me jouait des tours! S’en était trop! Je me retrouvais de nouveau devant l’impasse saisissante, que l’idée de pouvoir se démener profondément pour se sortir de l’envahissement névralgique d’une spirale de pensées discontinues, n’était pas chose simple, ni même facile, et encore moins de bon matin n’ayant pas toutes les facultés requises pour y remédier correctement, avec seulement une théorie de l’instant qui par réflexe pourrait s’appeler « la loi du plus près j’y pisse ». Il n’y avait pas 36 solutions, aussi, dans un spasme de raison illuminée, éclairée et clairvoyante, d’une main de fer décidée et sans appel, j’attrapai volontairement le loquet du jugement dernier, et, dans un assourdissant mélange tourbillonnant et vindicatif, évacuai définitivement l’ombre malveillante de mes ablutions mentales dans un gouffre sans fin.

Désœuvré, apeuré, désemparé et complètement vidé de ma substance vitale, la main sur le loquet, l’autre sur l’objet circonstanciel de mon réveil dépêché, le regard perdu au fond de la cuvette et l’insidieux labyrinthe retors de mes névroses cervicales oubliés dans son appel vers le passage évaporé d’un monde à un autre, seul face à mon soudain néant et l’absence incongrue d’une méditation suspendue de la pesanteur profonde d’un rien…je repensais à la loi du précipice. Comment allais-je devoir vivre cette nouvelle portion de temps, sans l’étalement hagard et irréversible d’une proposition fulminante qui me donnerait à réfléchir dans un but ultime, le questionnement du pourquoi et du comment, comment et pourquoi se questionner, le pourquoi de comment se questionner…comment me sortir de cette impasse, les deux mains prises et la tête vide.

Voilà. L’édulcorante méprise du sujet  pris au dépourvu d’un réveil pressé, dans sa méprise du jet des flux pourvus au sujet n’était plus à démontrer. Mais sa volonté de vouloir effacer au réveil le flux psychotique de ses élucubrations incontrôlées, n’avait de véritable impact que si l’oraison de ses élucubrations amenait le sujet à volontairement réveiller le flux de ses psychoses pour en contrôler l’effacement. Sans faire disparaitre à jamais la raison qui l’avait amené à se lever, ni brouiller l’indice perfide des questionnements qui l’emmenaient à se demander pourquoi, comment, et par quel subterfuge la vie nous donnait-elle autant de mal avec des réponses qu’on passait son temps à chercher.

C’est dans cet état d’esprit embrumé, calfeutré derrière le brouillard du meilleur des réveillés…que je suis, dépité, retourné me coucher!

©Necromongers

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