Les chroniques Sylkiennes : 1- l’humain

Le cadenas était en place. Je reculai d’un pas pour contempler mon œuvre. Avec cette poutre en travers de la porte et ce verrou improvisé qui fermait ses deux battants, ça les retiendrait bien un moment. Derrière moi, les gens se tassaient au fond de la pièce, affolés, apeurés. Deux badauds étaient restés à mes côtés, les yeux rivés sur l’entrée. Dehors  le pas retentissant d’un groupe enragé, décidé et probablement armé clamait son approche.

La peur. L’apanage de l’ignorant effrayé autant que du clairvoyant épouvanté. Que l’on sache à quoi s’attendre ou pas, nul n’ignorait la peur.

Le bruit de fureur d’une troupe acharnée était arrivé jusqu’aux confins de notre intérieur profond, nous faisant nous barricader dans le tréfonds de nos extérieurs…une immense salle sans issue ! Bientôt les coups battirent sur l’unique entrée, qui était aussi la seule sortie probable de nos corps meurtris.

Oui. Contrairement aux autres qui se terraient au fond de la salle, je savais ce qui nous attendait, en partie. Nous n’échapperions pas aux Sylks.

La porte commençait à donner des signes de faiblesse. La poutre avait dessiné une ligne d’éclat en son centre, elle se brisait lentement. Le cadenas sautait dans tous les sens à chaque choc. J’attrapai mes deux improbables comparses par les manches.

« Ne tentez pas de vous opposer ou vous mourrez ! Si vous m’écoutez, vous vivrez ! Peut être assez longtemps pour lutter encore ! »

Sans doute me rassurais-je moi-même en même temps. Car au-delà de ce que je savais de ces êtres et ce qu’ils pouvaient faire, je n’avais nul connaissance de ce qu’il en coûtait d’en devenir un.

La poutre vola en éclat, tout autant que ce pauvre cadenas qui ne symbolisait finalement qu’une ultime résistance inutile.

Je n’avais pas bougé, retenant par la manche les deux individus pétrifiés, qui tentaient jusqu’à présent d’affronter la peur de plus près avec moi. Mes paroles n’avaient pas dû avoir le contenu explicite, qui imposait le sens de la conduite à tenir pour s’en sortir en vie. Ils gesticulaient tellement, qu’à force, l’un deux s’arracha de mon emprise et se mit à courir vers le fond de la salle. Un jet de lumière, comme une lance de feu, lui ôta instantanément la possibilité de découvrir à jamais ce fameux sens. Instinctivement, comme pour me libérer de la contrainte évidente d’une mission déjà perdue, je relâchai ma poigne du deuxième homme. Mais il ne bougea pas.

Le bras tendu, la main grande ouverte, le Sylks tireur, tueur du premier homme, détourna le regard de sa cible pour le porter vers nous. De son autre main, il fit signe à un autre Sylks. L’autre s’avança tranquillement et vint se placer à ses côtés. Il tendit le bras, la main ouverte de la même façon. Lentement, ils s’approchèrent de nous, le bras tendu en avant. Je commençais à me demander si mon idée était la meilleure. Alors que ma pression artérielle montait, et que mon cœur ne se suffisait plus à contenir les coups de ses battements, ils s’arrêtèrent à moins d’un mètre de nous.

« Adosse-moi ! » lança celui qui me fixait. Il le fit avec un ton de voix étrange. Je ne compris pas au premier abord, mais, le timbre particulier qu’il employa décontracta l’ensemble de mes muscles. Mon cœur, qui battait jusqu’à présent la chamade, retrouva instantanément un rythme régulier et tranquillisant. Je sentis mon corps tout entier se libérer d’une pression accumulée et je me relâchai instinctivement. Si bien que, dans l’action je n’en maitrisais plus les mouvements, et que je me trouvais à opérer un ½ tour sans la moindre volonté de le faire. J’avançai comme un pantin débarrassé de sa raison en direction du mur le plus proche. Le Sylks, qui me suivait pas à pas, plaqua sa main contre mon dos. Je sentis une forte décharge. Le mur m’arrêta et mes mains s’y plaquèrent.

« Tu es à moi humain !

–         Je suis à toi Sylks ! »

Au creux de sa main je sentais une chaleur monter, forte, brulante et paralysante. Soudain, une vision d’horreur. Je vis nettement se dessiner sur l’ombre du Sylks, que projetait un éclairage blafard en arrière, deux bras s’articulant sur chacun de mes flancs. Je sentais bien mon corps mais je n’en étais plus maître. En outre, j’avais toute ma raison. Et même si techniquement je n’avais pas su m’empêcher de me livrer verbalement à lui, en acquiesçant à sa domination par la parole, lui répondant du tac au tac une phrase que je n’avais même pas pensée, j’étais bien conscient de ce qui se manifestait sur chacun de mes côtés. Soudain, une douleur fulgurante. La sensation de m’être fait transpercer de part en part. Si mon corps ne flancha pas, moi, en revanche, j’eu un étourdissement spontané dû à la violence du choc, et je crus m’évanouir. D’un effort surhumain, j’arrivai à légèrement pencher la tête pour me rendre compte de ce qu’il m’arrivait. C’était horrible et saisissant ! Je voyais un membre sans conteste vivant qui sortait de son flanc et qui s’était enfoncé dans l’un des miens. Puis soudain, nouvelle douleur indescriptible. Comme si des lames de rasoirs jouaient au gyrobroyeur dans mon intérieur, des deux côtés. En même temps je sentais un liquide épais et chaud s’insinuer d’un côté et un autre liquide, chaud lui aussi, sortir de mon autre flanc… (Mon sang !). Ce qui semblait le plus indescriptible, était une sorte de douleur que je n’avais jamais affrontée, et le plus incompréhensible, mon corps qui ne faiblissait pas, rigide comme un bloc, alors que je cru mourir plusieurs fois d’étourdissements.

Je luttais pour rester conscient… je luttais pour rester présent… je lutais pour ne pas m’abandonner… je… je…

je m’emplis soudain d’une identité nouvelle qui m’était à la fois familière et inconnue. Oui, je savais. Je savais désormais ce qui était en moi et ce qui pourrait m’en défaire. Il y avait quelque part, une cité, il y avait quelque part un fleuve, il y avait quelque part la force de la vie des ombres. Une cité qui n’apparaissait jamais au même endroit mais toujours à la même date une fois par an, mais seulement 30 minutes. Un fleuve qui purifiait les âmes et les corps meurtris et qui lavait les démons des Sylks…

C’est au moment où je repris mes esprits… que je vis le corps du Sylks tomber à terre derrière moi, sans vie.

(à suivre)

©Necromongers

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