A coffrer, coffre et demi: Histoire N°2

(la 1ère partie ici):

https://thenecromongersblog.wordpress.com/2014/02/27/a-coffrer-coffre-et-demi-histoire-n1/

A COFFRER, COFFRE ET DEMI

2-    Histoire N°2

Mon réveil fut comme un rêve.

Une douce et faible chaleur sur le visage me fit papillonner les yeux. Le sang dans ma bouche me fit faire la grimace et quand mes paupières s’ouvrirent légèrement je fus ébloui par une lumière aveuglante.

La lumière m’empêchait totalement de voir avec discernement de quoi où de qui il s’agissait.

Mais quand mes pupilles firent la mise au point nécessaire à la chose… ma surprise fut grande.

Un flic se tenait là, face à moi, sa torche dans ma gueule. Le soleil juste derrière lui donnait l’impression d’une aura de sauveur, mais il tardait tellement à s’inquiéter de mon sort qu’il me donnait l’air d’un voyeur. Ses lunettes de soleil lui couvraient une partie du visage tellement elles étaient grosses. Un sourire pervers plissait ses fines moustaches en me regardant. Il rota négligemment d’un écho surpuissant.

« T’es salement amoché mon salaud ! il rota de nouveau. Pis tu pues et t’es dégueulasse ! ajouta-t-il en forçant sur son sourire sadique. »

Il se retourna en rangeant sa lampe dans l’intérieur de sa veste.

« Amène-moi une bière José ! Et puis amène la fille aussi ! »

J’avais mal partout et mon cerveau n’arrivait que partiellement à lier les informations les unes aux autres, mais mon intuition me faisait craindre le pire.

 

José arriva. Un mec cagoulé de cuir, torse nu, une bière dans une main, la fille qu’il trainait à terre par le poignet de l’autre. Machinalement, je pris appui sur mes derniers muscles encore vaillants pour me soulever légèrement de ma position allongée. La crosse de l’arme de service du flic m’explosa la figure dans une giclée de sang venant moucheter sa veste. Il resta circonspect quelques secondes en constatant les dégâts sur ses vêtements. Sa crosse prit de nouveau contact avec ma gueule, à trois reprises… jusqu’à mon évanouissement.

La réalité a souvent mauvais goût. Il faut toujours y rajouter des épices frivoles pour éviter d’en être écœuré. La réalité a des colorants aux noms imprononçables, aux humeurs incertaines, aux actes incompréhensibles, et c’est quand on s’éveille ou qu’on s’endort à nouveau qu’on s’en rappelle les prémices de départ… oui, au départ il y a toujours une histoire.

Les faits, il y a 1 semaine : (flashback)

La violence des coups m’avait rendu sourd. Même ceux reçus sur tout le corps en plus de la fusillade, qui m’aplatirent au sol par mesure de protection. Ce sol, dur de coups, rigide et violent.

C’est au moment où je pris l’uppercut dans la mâchoire que le premier tir explosa, comme un éclair sonore. Puis, en quelques secondes, d’autres déflagrations résonnèrent en cadence, fusillant la foule. La volée qui me coucha m’épargna sans doute, me sauva. Pendant que je reprenais à mon compte la totalité des étoiles à épingler les yeux fermés, les balles sifflaient quelques centimètres au-dessus de moi. L’air s’emplissait d’un souffle de chargeurs qui se vidaient, d’une odeur de cartouches duveteuses en suspension.

La douleur de ma mâchoire s’estompait légèrement, mais mon flanc droit et ma cuisse gauche me brulaient. La fusillade cessa, mais déjà les sirènes des condés hurlaient au loin. Toujours au sol, peinant à retrouver la volonté de me relever, sinon celle de seulement comprendre comment tout commença… je fermais les yeux.

Les faits, il y a quelques jours :

20h15. Quelqu’un frappait à ma porte. Je n’attendais personne. Pas de contacts depuis 6 jours. Et entre moi et le reste du monde, plus une trop grande multitude d’interactions activées. Pas depuis ma décision de m’en couper. Plus depuis que je me méfiais de tout le monde.

20h16. Quelqu’un frappait encore à ma porte. Insistait. Je finis par me lever de mon canapé pour aller scruter l’image de mon judas. Aucun Jésus en vue… juste un putain de coursier.

20h17. J’ouvris la porte sur un visage pressé et vindicatif qui me tendit un colis. Je payai la course, pris le colis et regardai partir l’étranger avaler les escaliers 4 à 4.

20h20. Je retournai m’asseoir sur le canapé, devant ma table basse. Je scrutai attentivement le colis entre mes mains, hésitant à l’ouvrir. A part la mienne, aucune autre adresse précisée sur le paquet.

20h25. Je décidai finalement d’ouvrir le truc. A l’intérieur, surprise… un Magnum 44 Desert Eagle, et un mot.

« 22h au Desert Eagle, chargez-le »

Juste un instant je crus rêver. Qui pouvait avoir l’audace de m’envoyer pareil engin par un coursier ? Qui pouvait penser que j’allais bêtement tomber dans un piège aussi grossier ? Qui savait que mes pires nuits, ainsi que les meilleures, s’étaient passées dans ce club ? Même en cherchant bien, je ne voyais pas. Pourquoi irais-je me jeter dans la gueule du loup 1 semaine après avoir tiré un trait sur les évènements m’ayant amené à me terrer dans mon F3 ? Qui m’envoyait ça ? Qui savait seulement, que j’avais eu la force de ramper jusqu’à la petite rue adjacente avant l’arrivée des flics, grimper avec beaucoup de douleurs dans une benne à ordure géante, et attendre que tout se calme camouflé au fond de la merde des autres?

21h. Plus qu’une heure…

Non mais l’idée même de seulement réfléchir si je me pointerais avec ce flingue au club était… irrationnelle !

21h05. Je tenais le 44 entre mes mains, caressant du bout des doigts le canon et la crosse. Une version entièrement chromée, magnifique.

C’était irrationnel, stupide et irréfléchi… pourtant j’y songeais !

21h10. Le Desert Eagle à peine à 10 minutes de marche. C’est plutôt le temps de ma décision qui jouait, et qui ferait la différence à la fin… oui, à la fin. D’ailleurs qu’est-ce qui en resterait si je m’y pointais avec le Magnum ?

Des balles et un chargeur prêt à côté du flingue me regardaient fixement depuis le fond du colis, me faisant presque de l’œil.

21h20. Je sortis le chargeur vide de l’engin, enfilai des balles dedans et l’introduisis dans la crosse. SHRICK !

Mon doigt joua 2/3 fois avec le cran de sureté, pour finalement le caler sur la position la plus sûre. Je posai l’arme sur la table basse.

21h25. Je ne vivais plus vraiment et je m’efforçais de disparaitre doucement. Tandis que là-bas, au Desert Eagle, le courant de l’air continuait à abreuver la respiration avinée de tous ces sacs à merde…

La brillance du Magnum se réfléchissait d’un scintillement dans mes pupilles. Elle m’éclatait aux yeux comme une perle ou un diamant ouvre les désirs les plus fous. Le vide de tout pour remplir une vie pouvait passer par l’envie de n’en rien laisser.

21h30. J’interrogeai ma conscience : pas d’objection votre honneur ?

Pour toute réponse, ma main saisit l’arme et mes jambes me levèrent de ma position assise. D’un geste mille fois répété, je glissai le 44 dans mon dos, entre lui et mon pantalon. Mis une veste qui couvrait le tout et emboitai jusqu’à la porte d’entrée pour sortir.

21h35. L’ascenseur prenait son temps. Il fit un arrêt au 1er. Une femme. Talon aiguille noir. Tailleur nacre. Brune à souhait. Plutôt BCBG, bonne à croquer de partout, et vraisemblablement le besoin de s’économiser d’un étage. La rapidité des escaliers ne convenant sans doute pas à aiguiller ses habitudes vers un talonnement intensif des marches.

21h36. Sur le coup, le long filament des contrées limpides envahit lentement le conducteur extatique de mes pensées sordides… j’avais une trique d’enfer. Le temps d’un étage au rez-de-chaussée… le temps à mon bien de se dissiper avant de sortir hurler par sa cabine d’escamotage. Elle a eu chaud d’un étage.

21h37. Oui. Je ne peux pas le nier, j’aime la bourgeoise propre sur elle. Elle me fait fantasmer. Je ne peux même pas expliquer ce que j’aimerais lui faire de sale !

Elle sortit finalement de la cage d’ascenseur, proprement, simplement, sans un regard, sans aucune autre façon de lui dire… à une autre fois.

21h38. L’ascenseur reprenait sa descente. Je bandais toujours.

21h40. Enfin dehors. Le Desert Eagle à 10 minutes… de la marge à gérer. Assez pour débander. Je sentais toujours autant que mon membre avant, mon membre chromé qui me serrait le dos à chaque pas. Ma cadence était lourde et rythmée. Mon pas assuré et sincère. Ma motivation sans précédent. Ma volonté dégagée de toute conscience… bref, j’allais au Desert Eagle.

21h53. J’y étais presque. Plus qu’une rue à prendre, 100 mètres à faire. Ces pauvres cons allaient devoir se souvenir de Richard ! Et l’idiot qui m’avait fourni l’arme aussi d’ailleurs, branleur ! Quand on ne sait pas à qui l’on s’adresse on n’essaye pas, on s’ignore et on chie dans son froc ! Même avec du retard !

21h55. Les derniers mètres je ne marchais plus vraiment, mon pas était si rapide qu’on pouvait me voir trottiner à vive allure. Je tournai à la rue en question, en quelques pas j’atteignis la devanture du club, ma main passa derrière mon dos, attrapa la crosse du Desert Eagle que je sortis pour le tenir à deux mains, braqué et tendu face à moi en avançant prestement. Un débile me vit,  cria, des gens se dispersèrent, je commençai à tirer…

22h. Mon contact me fit signe de la main sur le trottoir, je le distinguai entre deux tirs… je pris un large coup derrière la tête.

©Necromongers

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