Les chroniques Sylkiennes : 2-Le hurleur

(lien du 1-l’humain)

https://thenecromongersblog.wordpress.com/2014/03/12/les-chroniques-sylkiennes-1-lhumain/

 

La nuit était chargée d’étoiles. Une lune de moitié éclairait quelque peu la pénombre qui m’aidait à éviter les arbres. Dans l’immensité de la forêt, courir à plein régime sans apercevoir au-delà de quelques mètres, pouvait vite devenir compliqué sans un minimum de visibilité. La lampe torche, que j’avais jusqu’à présent utilisée pour augmenter le spectre de vision de ma rétine, avait volée dans les airs au moment où mon pied  avait rencontré une branche qui me déséquilibra. Je ne pouvais pas m’arrêter pour la chercher, c’était une pure folie.

Quand mon pied avait buté sur l’obstacle, et que la perte de mon élan contribua à celui de tendre mon corps avec la même puissance, mon bras se raidit et fit un mouvement incontrôlé vers l’avant, projetant la lampe dans les airs. Le mouvement circulaire de la torche allumée volant dans le vide fit tournoyer le faisceau lumineux de façon désordonnée. La vision de cette lumière qui virevoltait en tous sens au beau milieu de la nuit en pleine forêt, alors que j’étais poursuivi de près, pouvait donner un indice très précis de ma position. Je titubai sur plusieurs mètres sans tomber, avant de reprendre un rythme de course régulier. Il valait mieux ne pas s’arrêter, ne pas perdre la moindre possibilité de garder l’écart suffisant entre mes poursuivants et moi.

C’était une nuit étoilée comme je n’en avais pas vu depuis longtemps. Un ciel clair, sans nuage. C’est souvent dans ce genre de contexte, qui réunissait les caractéristiques nécessaires, qu’on pouvait observer de belles étoiles filantes. Seulement, ce n’était pas à proprement parler la situation la plus pratique pour l’observation des étoiles, filantes ou pas. Les bouts de ciel étoilés filaient à une allure saccadée, bout de ciel après bout de ciel, entre chaque éclaircie que les arbres me laissaient voir dans ma course.

C’était comme une immense évasion, une course contre la montre doublée d’un clair de lune salvateur. Oui, un beau clair de lune, mais moitié moins lumineux, dans un ciel dégagé qu’assombrissait encore de moitié la multiplicité arboré des lieux. A tel point qu’au bout d’un moment, l’hypnotisme de l’étendue azurée de la myriade de pépites, hachurée par les cimes fournies, ne me laissait pas toujours la luminosité suffisante pour courir avec assurance. Mon pied rencontra un trou tapis dans le noir du sol, oublié par la clarté lunaire, et me propulsa violemment en avant contre un tronc. Mon épaule toqua et se démit. Je m’étalai en glissant sur l’humus après avoir fait un vol plané par-dessus l’obstacle. Etourdi quelques instants, je laissai ajouter à la fenêtre ouverte sur un espace criblé de billes brillantes, une quantité d’autres chandelles venir s’amonceler en désordre. J’étais allongé là, sur le sol humide du bois, l’épaule démontée et le regard hagard perdu au milieu des points incandescents.

La lune. Je ne voyais pas la lune à travers cet interstice ouvert entre les sommets des arbres. Mes yeux se perdaient dans l’immensité des étoiles comme dans un rêve inaccessible à portée de main, je pouvais les caresser des doigts. Ces étoiles, qui dans un absolu auraient pu représenter mon salut. Le salut de tous ceux qui pouvaient encore s’y envoler. La chance de pouvoir échapper à nos poursuivants. Mon bras me faisait mal. Je n’arrivais pas à me relever, j’étais sonné. Je commençais à entendre le bruit défriché des pas qui s’arrachaient dans les fougères par dizaine se rapprocher à vive allure.

La lune ne pourrait pas m’aider comme je voulais ce soir, il en manquait l’autre moitié naturelle. Le choix n’était plus à faire, cette traque était inscrite dans un but de dictature totale. Les Sylks avaient pris l’habitude de nous chasser comme du vulgaire gibier, à peu près autant pour leur plaisir que pour éradiquer notre race, les hurleurs, parce que nous étions les derniers à connaitre l’origine des apparitions de la cité des ombres. Prendre possession de nos corps leur demandait trop de concessions. Maitriser la forme rudimentaire d’une double transformation, Sylks→Hurleur→Loup→Sylks, et ce de façon épisodique et irréversible, ne leur permettait pas d’avoir un contrôle total sur nos corps. L’instinct de l’animal dans le corps d’un homme était trop complexe et dangereux pour eux. Une double raison évidente de nous supprimer. Mais je ne devais pas être pris. Pour le salut de notre monde notre secret devait rester comme tel, pour que l’alliance des peuples insoumis puisse encore espérer renverser la situation un jour. S’ils arrivaient à nous capturer vivants, les Sylks nous torturaient avec un fluide de vérité jusqu’à la mort. S’il devenait pour eux trop difficile de nous capturer ils finissaient par se lasser, et la chasse à mort était de rigueur.

Je ne leur donnerais pas ce mal. Du bout de mes doigts, j’activais la combinaison ancestrale des hurleurs de fonds originels… les étoiles s’allumèrent une à une à mes prières de sons quand je les frôlai, et la moitié de lune manquante apparut, s’illuminant d’un rouge écarlate sous son autre moitié.

Je sentis soudain la vie, la mort, le néant et le tout, le méandre des absolues vérités qui circulaient en mon corps… les particules du KA-SHOR répondre à l’appel de la demi-lune écarlate… je sentis mon corps s’envoler…

Quand les Sylks arrivèrent à ma hauteur, ils ne trouvèrent qu’une forme grossière dessinée sur les feuilles à terre… l’emplacement où je me trouvais était comme brûlé… et je n’y étais plus.

©Necromongers

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