A coffrer, coffre et demi: histoire N°3

3-    Histoire N°3

 

Je me souviens seulement du moment où je suis arrivé à revenir…j’ai applaudi dans ma tête, parce que physiquement je ne pouvais plus.

J’ai regardé devant moi et j’ai prié pour que ce soit la dernière fois… pendant ce temps-là, on avait oublié de m’expliquer ce qui m’arrivait encore. Mais cette fois le noir était d’ambiance, enfin presque… quelques trous clairsemés laissaient passer des micro-halos de lumière à travers la ferraille de la voiture.

A bien y réfléchir… à seulement y penser… en écoutant la douleur de mon corps… je me demandais combien de temps j’allais pouvoir tenir. Je n’en étais pas sûr mais, je pensais avoir plusieurs choses de cassées. La volonté, le moral en premier lieu. Une quantité astronomique de mes parties osseuses et cartilagineuses en bonus. J’étais tout juste capable de penser, sentir ce qui m’entourait devenait une option moins certaine.

Le ronronnement caractéristique en sourdine du coffre avait repris, nous roulions à nouveau… je me rappelais au moins de ça. Le souffle grossier d’une respiration difficile m’élançait les esgourdes à trop plein… je respirais difficilement ? Ben non…. ?!?!

J’ai promis un jour que je vivrais pour voir… je promets aujourd’hui que je verrai pour vivre, mieux qu’un jour, mieux que pour voir… il y avait à mes côtés, toute cassée, une présence, féminine, j’en étais sûr. La sueur, le mal d’un corps et l’hormone féminine ça se ressent, ça se remarque, les phéromones sentent ça.

La voiture déambulait d’une longue tirade chaotique. De rapport poussé en débrayage excessif, elle déplaçait nos corps au gré de sa frénésie convulsive, comme happée par son dictateur de conducteur, qui prenait visiblement un malin plaisir à nous entrechoquer… une déconvenue désagréable dans nos états inadéquats. En d’autres circonstances il eut été possible que le dialogue de nos corps soit tout autre, ses odeurs m’aidant à voir en elle l’approche tellurique que mon esprit forgeait seul en un rêve naissant.

Le véhicule s’immobilisa.

Le hayon s’ouvrit brusquement dans un bruit de carcasse à l’agonie, laissant geler nos rétines d’une lumière fulgurante. L’air se mit à sécher en silence.

Dans un fracas étirant la conduction surprise du son, une flaque jaillissante tel un tsunami ravageur vint plonger nos corps dans une humidité totale. En d’autres termes, un grand seau d’eau dans la gueule immergeât notre habitacle réducteur. La toilette du siècle.

L’eau s’écoulait rapidement de notre baignoire improvisée par un nombre important d’interstices ajourés (oui des trous, c’est ça). Et c’est en regardant partout, les yeux lavés, que je l’ai vue. Complètement vue. Complètement nue. Elle n’avait pas l’air beaucoup mieux lotie que moi question physique, même sur le côté et dos à moi… entendons-nous bien, niveau corps impacté. Les grandes eaux ne l’avait pas réveillée, fallait-il en craindre le pire ? A bien y réfléchir, encore (je n’avais que ça à faire), je commençais à regretter amèrement mon Desert Eagle et son calibre 44. Mais le regret est une connerie quand on comprend qu’on n’aurait rien pu changer à l’affaire… je n’avais sans doute même plus la force de soulever un cure dent.

Je ne savais plus l’heure qu’il était depuis des lustres. Je ne savais pas où nous étions depuis le départ. Je ne savais plus après qui j’en voulais vraiment depuis toujours. Je savais juste que la vie se complaisait à vous mettre dans des situations au centuple de ce que vous aviez provoqué un jour… et s’il s’agissait de ça, le souvenir d’au moins m’être légèrement emporté (j’adore les euphémismes) au club du Desert Eagle, avec un abruti consanguin notoire qui, j’appris plus tard, était le numéro 2 de la mafia de la ville, me revenait à l’esprit. Ce que je savais de plus, et qui devenait une évidence d’heure en heure, était que la chaleur ambiante augmentait de façon continue à l’intérieur de l’habitacle, et par conséquent, j’imaginais très bien qu’à l’extérieur aussi.

Deux corps meurtris dont un peut être sans vie, ballottés par un ressac métallique à la forme d’un véhicule réduit à l’état de coffre, vers une contrée inconnue qui se réchauffait à vive allure sans croiser qui que ce soit… cela ne ressemblait pas à un conte de fée où tout finit bien.

Quelle que soit l’issue finale de ce voyage inattendu, je ne parvenais toujours pas à comprendre qui m’avait envoyé ce flingue… et pourquoi. La chaleur me torpillait de plus en plus le crâne et l’esprit, pendant que mon corps commençait à me brûler au contact de la carrosserie. Même en changeant régulièrement de position ça devenait insupportable… je m’étonnais moi-même de ressentir encore quelques douleurs. La fille, elle, ne s’était toujours pas réveillée… elle dormait surement d’un sommeil éternel.

La fatigue me prit comme un piéton traverse la route sans regarder hors des clous, soudainement.

(à suivre)

©Necromongers

1174846_518497508238658_87419913_n

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s