Les Chroniques Sylkiennes: 3-L’étranger

La capsule se dirigeait vers le signal émis par l’ordinateur de bord. Programmé pour calculer la planète la plus proche possible, en termes de distance et de ressources vitales, approchant au mieux une atmosphère viable pour moi. Le signal s’était juste déclenché : système solaire rudimentaire et relativement jeune, une planète habitable, et seulement une en proportionnalité atmosphérique classique, les autres nécessitant une reparticulisation des gènes pulmonaires. Mais ce qui était curieux c’était l’algorithme du signal capté, il n’était pas régulier. Ses séquences alternaient en mode dysphasique, comme s’il se déplaçait constamment. Vraiment bizarre pour un programme sensé repérer une planète, et seulement ça. Néanmoins, le signal n’était repérable que sur la Terre.

Je n’avais pas vraiment le choix, la capsule de secours n’était pas faite pour voyager éternellement. Aucune information récente sur ce monde, sa trop jeune apparition n’avait pas encore suscité l’intérêt d’un approfondissement et d’une étude sur son mode de développement interne. A vu de nez, selon les capteurs vitaux, des plantes, des animaux et une vie primitive… et… bon sang… je ne comprends pas… une forte émanation inter-dimensionnelle de niveau 8… ce qui voudrait dire un élément de vie qui n’a rien à y faire, qui n’en est pas originaire. Comme si mes péripéties n’avaient pas été suffisantes et intensément dramatiques, mon évasion salutaire m’offrait maintenant une inquiétude supplémentaire sur ma future destination de repli, que j’espérais néanmoins temporaire.

L’ordinateur m’indiquait une estimation de 26 ondeurs avant l’entrée dans l’atmosphère terrestre, j’étais tout proche. Et toujours un peu plus loin des problèmes. Les problèmes…ça me connaissait ! Je les attirais, les provoquais, je me demande même si je n’avais pas pris un forfait « mille et une poisses » dès ma plus tendre enfance. Cela n’avait fait qu’orienter mes choix dans la vie, on ne devenait pas un mercenaire de l’espace comme ça, par plaisir ! Il y avait bien assez de mondes, de galaxies, de systèmes où l’injustice, le besoin de juger, envahir et contrôler étaient monnaie courante, et il était hors de question que j’y sois contraint… plutôt mourir ! Mon tuteur, Salek Orian Mohune, m’avait légué son nom et une partie des problèmes qui allaient avec, on ne se faisait pas que des amis quand on était chasseur B prime à la solde de la plus grande organisation d’asservisseurs des galaxies, les Sylks… du moins, pas depuis les Necromongers.

Je jetais un œil à l’horloge multi-temporelle, toujours un peu moins de 26 ondeurs. L’unité temporelle sur Terre s’affichait en heure, une vieille mesure insulaire galaxienne que certains peuples primitifs utilisaient encore, ne maitrisant pas les déplacements par onde quantique. De quoi m’assoupir suffisamment pour reprendre un semblant de forme, et de force. J’avais mérité un peu de repos après cette évasion forcée d’un vaisseau Sylks. Mais tout ça était derrière moi… j’allais pouvoir essayer de me laisser aller l’esprit tranquille.

Mon sommeil m’emporta rapidement…

… j’étais presque à chavirer la tête la première dans un fleuve en furie, mais une main attrapa ma combinaison par le col, m’évitant une chute sans doute fatale. Pourtant, je le savais, plonger dans ces eaux tourbillonnantes représentait une solution sans faille, une porte vers la libération… d’un monde envahit par la mort de l’âme.

Je me retournais pour faire face à celui qui venait de mettre fin à ce qui aurait pu représenter un dilemme de fond, sauter avec l’assurance de mourir pour se sauver du monde des ombres, ou pas. Mais au lieu d’y trouver quelqu’un je vis un astre, coupé en deux moitiés, l’une rouge l’autre or…

Mon sommeil fût dérangé par le clignotement rouge vif du voyant indiquant l’approche imminente de l’atmosphère terrienne. Je me dépêchai de préparer l’atterrissage sur le tableau de commande, tout en ayant encore en tête ce drôle de rêve. La capsule était faite pour la survie jusqu’à l’endroit désigné par le programme, pas pour servir de vaisseau de façon constante… restait plus qu’à espérer trouver de quoi repartir sur place. On avait beau être en 10821 en mode de calcul galaxien, les mondes n’évoluaient pas tous au même rythme et avec les mêmes bases d’unité de temps, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre sur ce genre de planète récente… une vie primitive avait dit l’ordinateur, mais quel genre ? Et puis quelles ressources à utiliser pour fabriquer de quoi repartir ? Des questions… et puis ce fleuve, ce sauvetage, cet astre divisé en deux avec cette moitié rouge… pourquoi un rêve si étrange juste avant d’arriver sur la Terre… pourquoi la fatigue me faisait-elle tellement réfléchir sans avoir de réponses sous la main, pas même une bribe ?

Je tournai la tête pour contempler les alentours de la Terre, avant de ne jamais savoir si je pourrais en redécoller un jour. Une dernière image, pour la postérité du mercenaire que j’étais, préparé à tout mais pas satisfait de s’en faire une raison en soi…

Je n’en croyais pas mes yeux… le satellite indiqué comme s’appelant la Lune par mon ordinateur, avait rougi de sa moitié basse comme par enchantement… mon rêve ! Je n’aimais pas beaucoup les coïncidences, sans doute parce que je n’y croyais qu’à moitié ! Et puis tous ces foutus engins flottant autour de la planète, comme si une activité technologique s’y était déroulée depuis des lustres… pourtant l’ordinateur n’avait mentionné qu’une vie d’ordre primi… aaaaah ! Foutue machine !

(à suivre)

©Necromongers

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