Les Chroniques Sylkiennes: 8-L’envol

8- L’envol

 

Mes jambes me portaient, inexorablement, vers une destination programmée. Pas à pas j’écrasais les herbes naissantes sur le chemin rocailleux que mon corps suivait. C’était comme ça depuis des semaines, j’allais où mon corps m’emmenait… où le Sylks voulait. Mon mental réussissait à dominer le contrôle de ma pensée, mais je ne parvenais pas à trouver une solution pour dominer le Sylks ou m’en débarrasser. Certains disaient qu’une cité fantôme traversée par un fleuve pourrait venir à bout de nos hôtes… venir à bout de notre mal, de notre maladie, de notre surplus d’identité. Les Sylks cherchaient d’ailleurs à localiser cette cité qui leur portait préjudice, mais sans réel résultat pour l’instant.

« Le temps viendra où tu auras ta raison pour un peuple… », la phrase du Rodeur ne me quittait plus, je ne la comprenais pas… je voulais juste me libérer de son emprise, vivre à nouveau pour moi… c’était déjà une épreuve de ne pas y arriver, alors un peuple tout entier…

Ma main vint me gifler la figure.

Cela arrivait de temps en temps. Le Sylks, dérouté par autant de capacité à faire fonctionner ma conscience malgré lui,  développait petit à petit cette parade à la mesure de son incompréhension… il me giflait régulièrement ! Soit dit en passant lui seul ressentait le mal, le centre de la douleur se trouvait certes dans un endroit de mon cerveau mais je n’en contrôlais que la partie cogitation, le reste lui étant acquis. Si bien que seulement des sensations m’atteignaient, pas la douleur. Régulièrement, il se battait donc avec lui-même en croyant me toucher. A bien y réfléchir, nous étions tous deux en souffrance. Moi par mon corps que je ne contrôlais plus, lui par mon esprit qu’il n’avait pas conquis entièrement… obligé de se mettre des baffes ! Quelle ironie ! Mais je restais persévérant, avec l’espoir que peut-être il se lasserait et quitterait mon corps un jour, ce qui représentait un certain danger.

Mon hôte me faisait donc avancer sur ce chemin de fortune pour rallier la base la plus proche. Je sentais mes jambes peiner car nous marchions depuis plusieurs heures sans relâche. Les Sylks n’avaient pas pour habitude de ménager leur corps d’emprunt, mais une fois au repos ils savaient, de l’intérieur, régénérer les organes et les tissus de façon suffisamment efficace. Il s’arrêta brusquement dans sa marche, enfin la mienne, enfin celle de mon corps… je ne savais plus très bien quel patronyme utiliser… nous étions (c’était le mieux, nous, ensemble, que je le veuille ou non c’était comme ça !) arrêtés devant une patte d’oie. Hésitation. Nouvelle gifle ! Sans doute agacé de ne pas pouvoir se concentrer durablement. Moi ce qui m’agaçait, c’était ce sifflement qui balayait  l’air, et se rapprochait…

Nous n’eûmes pas le temps de décider quelle direction prendre. Dans un claquement d’ailes, nous fûmes agrippés par les épaules et soulevés par un Nomade du ciel.

En quelques secondes nous  étions déjà à plusieurs centaines de mètres du sol, chahutés par les rafales de vent glacées. Mes yeux n’arrivaient pas à rester ouverts tant les bourrasques étaient froides. En peu de temps, le chemin qui nous avait pris des heures en marchant depuis la forêt, nous y ramena en volant en seulement quelques minutes. La direction n’avait plus vraiment d’importance, ce Nomade devenait le seul maitre à bord. Ce Nomade ? A bien y regarder, pour peu que mes yeux arrivaient à rester suffisamment ouverts, je crus distinguer entre la paire d’ailes une autre paire qui battait la mesure… une Nomade !

C’est en dépassant la forêt que je pus apercevoir quelques détails intéressants au sol. Un objet métallique, qui scintillait et réfléchissait les rayons du soleil, se tenait immobile à l’orée du bois. Plus loin, à quelques centaines de mètres, on distinguait deux individus sur la cime d’une falaise. L’un d’eux brillait comme la chose aux abords du bois. Je n’eus pas le temps d’en voir plus, à l’évidence il s’agissait du même homme étrange qui m’avait paralysé peu de temps auparavant. La vitesse à laquelle nous volions m’impressionnait, et les paysages se succédaient abondamment en-dessous.

« Mais ! Où allons-nous ? Criais-je dans le vent.

‒ Dans un endroit qui te révélera ! Car tu t’en rends bien compte, tu n’es plus toi-même ! »

C’est en disant cela que je m’aperçus que mes mots sortaient de ma bouche ! Le Sylks m’avait laissé faire !

« Nous avons tous suffisamment attendu ! Il est temps de vivre à nouveau ce que nous sommes !

‒ Je… je te parle avec mes mots ! Le Sylks s’est effacé ! Fis-je d’un cri de liberté.

‒ Ma présence l’empêche de se manifester à travers toi, mais tu n’es pas tiré d’affaire ! »

Qu’importait la raison. Les gifles du vent pourléchaient mon corps comme des spasmes libérant ma fureur tapie depuis si longtemps… je sentais à nouveau les frissons de la vie, je sentais à nouveau mon corps, je me ressentais à nouveau !

(à suivre…)

©Necromongers

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