Les Chroniques Sylkiennes: 9-L’oracle

9- L’oracle

 

Comment pouvait-il m’inviter comme ça ? Les étrangers ne représentaient-ils aucune menace pour eux ? Ma perplexité côtoyait autant ma curiosité, et mon besoin de repartir m’amenait à devoir vérifier les possibles matières premières utilisables, où qu’elles se trouvaient. Par force de déduction, j’acceptai en toute logique.

Leur camp se trouvait tout bonnement de l’autre côté de la prairie qui séparait la falaise de mon vaisseau. Deux bonnes heures terriennes tout de même pour y parvenir. J’ai horreur des paris, je trouve l’idée même saugrenue. Rien n’est plus immature que de croire la chance de son côté pour oser braver le destin, et prendre des risques sans mesurer leur impact ne me tentait pas. Mais nous ne fûmes pas accueillis les bras aussi ouverts que le Hurleur me le donnait à penser, comme si mon intuition s’était laissée séduire par le sens commun des évènements, pas besoin de devinette et de croyances pour considérer la proposition bizarre, et voir que je gênais au final. Tout au mieux j’intriguais.

Des habitations primitives de bois et de boue séchée, s’étendaient de part et d’autre d’une immense caverne à ciel ouvert, dont le niveau se trouvait plus bas que les cahutes, comme légèrement enfoncée dans le sol. Une lumière vive et blanchâtre émanait du centre de la caverne et formait une aura en suspension au-dessus du village. Les regards fusaient vers moi et restaient en apesanteur pendant le temps de ma procession jusqu’au dôme centrale. Une évidence que mon accoutrement flashy dépareillait comme un anachronisme flagrant au milieu d’un monde daté, fait de simples tuniques ou de pantalons sans prétentions. Je ne voyais pas un instant comment je trouverais de quoi bricoler ma turbine ionique dans cet univers oublié par la science. Loudblast s’arrêta devant la caverne, face à ce qui ressemblait à une porte. Il se retourna vers moi et me fit signe d’entrer le premier.

En pénétrant à l’intérieur je ressentis une chaleur indescriptible accompagnée de frissons qui hérissèrent ma pilosité. La luminosité quasi éblouissante m’empêcha momentanément de distinguer quoi que ce soit, avant que mes rétines ne s’y habituent et commencent à dessiner des formes.

Ouradian fût ébloui par le réfléchissement de la combinaison de l’étranger, et ferma un instant les yeux. Quand il les rouvrit, il le trouva rayonnant au milieu du sanctuaire, avec la même intensité que dégageaient les pierres de Lune. Il prit une pose digne et assurée, et fixa l’étranger dans les yeux.

« Qui que tu sois étranger, et malgré l’incompréhension qui m’accompagne dans la décision de Loudblast de t’avoir mené ici, puisque tu t’y trouve tu nous dois des explications. D’où viens-tu et que veux-tu ?

‒ Ce que je veux ? Et bien c’est très simple, pouvoir repartir très vite ! Et d’où je viens, d’une lointaine galaxie que vous ne connaissez surement pas.

‒ Repartir très vite ? Bien, en ce cas tu n’es pas l’Oracle comme certains le disaient. Et d’où tu viens n’a pas d’importance au final si tu n’as rien de précis à faire ici.

‒ L’Oracle ? De quoi parlez-vous enfin ? Je ne suis qu’un voyageur égaré en panne de vaisseau, et je dois le réparer si je veux quitter votre monde. Mon problème réside cependant dans les matériaux pour ce faire… je n’ai pas vu l’ombre d’une technologie avancée par chez vous, hormis certains pouvoirs…

‒ Les pouvoirs ? Tu t’y intéresses ? Qu’en as-tu vu ? Ouradian se pencha furieusement vers Loudblast en arrière-plan. Qu’as-tu fait misérable inconscient ! Tu t’es fait découvrir ?

‒ Je… je me suis fait surprendre père, je l’ai perdu de vue et il a été très rapide, je ne l’ai pas entendu arriver !

‒ Toi ? Loudblast ? Le meilleur élément du clan ! Celui qui passe pour le maitre des suiveurs, le profiler des Hurleurs de fonds, le prochain maitre sacré du sanctuaire en devenir selon l’avis général ? Tu t’es fait piéger comme un bleu ? »

La colère d’Ouradian grondait au sol comme dans les esprits, et le sanctuaire résonnait de ses invectives envers son fils. Salek se tenait entre les deux, comme un rideau que l’on chahute pour passer d’une pièce à une autre, il n’en menait pas large mais ne savait pas non plus à quel moment intervenir pour calmer l’atmosphère. Il se risqua néanmoins…

« Ecoutez, mes chaussures ont des semelles anti gravitationnelles qui enveloppent et absorbent la répartition des sons. Votre fils n’a pu m’entendre car mes pas ont été en sourdine. J’ai un capteur de chaleur physiologique qui permet de localiser toute source de vie où qu’elle soit, même invisible… Loudblast s’est fait prendre au piège par cette technologie, voilà tout ! »

Ouradian regarda l’étranger comme si son discours venait d’un autre temps, d’un autre monde, avec ce visage crispé qu’ont les gens qui sont à la fois perplexes et ébahi. Il recula péniblement jusqu’à l’autel sur lequel il prit appui. Il prit une grande inspiration.

« Comment t’appelles-tu, étranger ?

‒ Salek, je me nomme Salek Orian Mohune.

‒ Mohune… dis-tu… et tu viens d’une lointaine galaxie que nous ne connaissons pas, hein ? Et tu brandis des technologies que nous ne connaissons pas ? Et tu te vantes de cette misérable et opportune façon de traiter mon fils ! »

Salek était sidéré, il ne comprenait pas. Ouradian reprit sa respiration.

« Un Mohune ne peut pas être contre le droit des libertés, ni contre la faculté d’abuser des autres pour en faire un parvis naissant du contre-pouvoir ! Un Mohune est un naissant des causes perdues, un prince des menteurs et un roi des enchainés… un invité de marque dans un monde oppressé… une raison de croire à nouveau… UN ORACLE ! »

Salek resta bouche bée. Comment se sortir d’une situation aussi grotesque dans un monde qui auréolait son nom d’une banderole qui disait : vous êtes l’Oracle… vous êtes coincé !

(à suivre)

©Necromongers

Atomic Overlook

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