Les Chroniques Sylkiennes: 10-La révélation

10- La révélation

 

Ses pérégrinations ne l’avaient jamais envoyé aussi loin, vers des contrées aussi reculées, aussi sauvages et absolument magnifiques. Ils approchaient à vue d’œil une gigantesque montagne aux reflets bleus.

« Où sommes-nous ? questionna-t-il.

‒ Nous arrivons aux cimes d’Ajoura, Ulrich !

‒ Tu… tu connais mon nom ?

‒ Je bloque ton Sylks sans effort, et je lis aussi ses pensées. Désolé, c’est indiscret… mais intéressant ! fit la Nomade d’un ton ironique.

‒ Très bien, puisque tu connais mon nom, il me serait agréable en retour de connaitre le tiens !

‒ Oui, c’est juste. Yliana, voilà mon nom.

‒ Parfait. Maintenant je connais l’identité de mon souffle de liberté. »

Ulrich n’en était pas sûr mais, il crut sentir au fond de lui une animation d’ordre sentimentale gênante. Un de ces trucs qui vous font sourire en coin pour rien. Ces insignifiantes choses qui ont du sens. Cette particule élémentaire de temps, qui divague dans l’inconnu jusqu’à s’y perdre. Le son trébuchant du silence, envoûtant l’air d’une irradiante sérénité. Le flop mystérieux des instants fugaces, généreusement porteur d’émotions fraîches.

Il n’en était pas sûr non plus, mais cette Yliana aurait bien pu sentir ou ressentir cette assaut soudain qu’il ne maitrisait pas. Plus que de questions en fait, il sentait en lui les effluves d’émotions monter considérablement. Ulrich leva de nouveau les yeux sur sa navigatrice, ses seins battaient toujours l’air avec rythme et vigueur, son visage radieux illuminait son cœur plus que son esprit… il secoua la tête et revint à la raison. « Je suis en train de m’éprendre d’elle… envoûté dans les airs par une nymphe volante ! » pensa-t-il.

« Nous allons atterrir. précisa-t-elle, en même temps que le vent indiquait une nette diminution de leur vitesse. Et c’est à ce moment-là qu’il va falloir reprendre tes esprits Ulrich, et te comporter honorablement. Tes émotions me vont droit au cœur, mais il est déjà pris ! »

Elle lui coupa la chique et il ne put lui répondre. Les pensées… il allait falloir les dominer, ainsi que ses pulsions et ses émotions.

Yliana le déposa sur un bord de falaise comme une plume tombe sur le sol, délicatement. Ils faisaient face à une énorme porte bleue dont émanait un réfléchissement fluorescent. Une porte, sur un rebord de falaise qui, a bien y regarder, ne menait nulle part de chaque côté, hormis dans le vide. Les parois semblaient presque lisses, en haut comme en bas. Pour arriver ici il fallait des ailes ou un engin volant.

Ses yeux ne cessaient de scruter les parois de haut en bas et revenir à la porte. Sa bouche bée, dont l’air ne transitait plus, tellement son souffle était coupé, fit une grimace et expira fortement quand il reçut un violent coup derrière la nuque.

Ybilior faisait les cent pas nerveusement d’un bout à l’autre de la pièce, les bras croisés dans le dos. Yliana restait prostrée dans un coin en attente de sa déclaration, le corps d’Ulrich étendu à ses côtés. Ybilior finit par s’arrêter et la fixer avec rage.

« Je ne comprends pas ce qui agite vos neurones vous les jeunes ! Non, j’ai beau réfléchir et réfléchir encore, je ne trouve pas de réponse logique !

‒ Papa… j’ai senti une aura, une puissance indéfinissable dans ce corps ! Une âme saine envahie par l’oppresseur, suffisamment forte pour lui résister franchement ! Une justesse dans la délivrance des pensées…

‒ ET ALORS ! fit Ybilior le visage crispé en la coupant. Tu crois que cela suffit à emmener un étranger qui a un Sylks pour hôte ici ? Tu crois que tes considérations émotionnelles et philosophiques de la condition de cet… être, étaient suffisantes pour mettre en danger notre peuple ? »

Yliana ne répondit pas. Elle se sentait misérable, emportée par son empathie déchirante, par ce fléau qui tue les peuples comme disait son père. La tête baissée, soumise à la punition morale d’Ybilior, grand ailier des Nomades, elle contenait sa colère frustrée en serrant les poings très forts. Colère contre elle-même  et contre cette morale fondée sur le seul motif de la survie plutôt que de la vie. Elle sentait bien son sang bouillir pendant que son père la houspillait de ses sermons, et malgré ses efforts pour rester respectable par devoir, elle allait exploser.

« Un… être… un être m’a dit… le temps viendra où tu auras ta raison pour un peuple… nous le savons ! fit Ulrich en revenant à lui. »

Ybilior se tourna vers Ulrich intrigué.

« Qu’as-tu dit ? Tu as vu cet être ?

‒ Non… c’était un Rodeur.

‒ Un Rodeur ? Et il t’a laissé en vie ? Et… il t’a dit ça ? »

Le regard de l’ailier des Nomades se mit à briller d’une substance scintillante bleutée. Yliana voulu faire un pas en avant, mais son père la stoppa d’une main tendue sans même la regarder.

« Nous le savons… Yliana… nous le savons ! »

Yliana baissa les yeux et s’agenouilla devant Ulrich. Ybilior en fit autant.

Ulrich comprit soudain de quoi retournait cette phrase qui l’obsédait constamment. « Oh !… non ! fit-il. Pas ça ! ».

(à suivre…)

©Necromongers

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