Les Chroniques Sylkiennes: 11-La décision

11- La décision

 

Salek tournait et virait sur sa couche en feuilles de palmier, il n’arrivait pas à dormir. Le vent soufflait au dehors. Ses longs mois à travers l’espace avaient effacé l’habitude des nuits agitées et rythmées par les bruits de la nature. Et puis le sommeil l’inquiétait encore, les rêves tenaces qui lui parlaient de choses autrement moins classiques que ce qu’il vivait, se contorsionnaient tendancieusement vers des réponses qu’il n’avait plus à chercher. Vers des réponses qui lui faisaient peur puisque d’un rien, ses contrées lyriques de l’assoupissement prenaient souvent vie avec le temps. Maintes fois, ses rêves s’étaient transformés en réalité tangible. Maintes fois, ses égarements du repos avaient révélé quantité d’indices qui s’étaient avérés plausibles sans qu’il ne voit rien venir au premier abord. Alors il s’inquiétait. De cette histoire de fleuve notamment, et de cet astre en deux couleurs pour au final y voir une lune pareillement métamorphosée avant d’atterrir sur Terre. Et maintenant on lui parlait de pierre de lune et d’oracle… il n’aimait pas beaucoup l’idée de rester coincé ici, avec des rêves qui se concrétisaient et un peuple qui le prenait pour un sauveur… tout ça finirait mal, à coup sûr !

Salek se leva et s’habilla. Dormir, il n’y arrivait pas, réfléchir le fatiguait, marcher le calmerait. La lune était bien ronde, entière, brillante et éclairant parfaitement le village. Une clarté presque impossible à imaginer en fait, ce n’était peut-être pas tout à fait ça. Curieux de vérifier une pensée, Salek traversa le village jusqu’à sortir de son enceinte et continuer sur un bon kilomètre, avant de se retourner pour lui faire face. C’était bien ce qu’il pensait. La lune n’éclairait pas autant le village, mais cette fameuse lumière aperçue en y arrivant la veille et qui émanait du centre, de ce sanctuaire, bien d’avantage. Peut-être une énergie ? Recyclable ? Une porte de sortie ? Comment savoir ?

« Les hommes qui pensent par-delà la nuit, les yeux rivés vers l’infini, sont plus souvent sages que contemplatifs ! »

Salek sursauta, et se retourna. Rien. « C’est pas vrai ! pensa t-il, encore ces foutus tours de passe-passe ! »

Ouradian se matérialisa devant lui.

« Excuse-moi Salek Orian Mohune, je t’ai surpris.

‒ Je vais m’habituer, mais ce qui me surprend le plus, c’est votre présence à mes côtés en plein milieu de la nuit !

‒ Je dors peu, et je t’ai vu sortir et quitter le village. On est vraiment sage quand on connait seulement ce qui nous entoure, autant que ceux qui nous entourent ! Mais c’est indiscret et impoli de ma part, je le reconnais.

‒ Vous parlez toujours avec des phrases philosophiques où c’est une habitude de chef pour paraitre cultivé ?

‒ Je sens en toi de l’agacement, de l’impatience et un poil d’ironie provocatrice.

‒ C’est vrai… il y a que, les énigmes me fatiguent, j’en ai un plein seau à élucider… je m’excuse également, Ouradian.

‒ Les énigmes sont la source de la vie, le but ultime de notre avenir. Rien ne saurait nous en préserver, sinon l’ennui de tout savoir !

‒ Oui, bon, admettons, et après ? On avance jusqu’où ? J’ai personnellement passé beaucoup de temps à fuir les Sylks à travers les galaxies, et quand je pense enfin trouver un peu de répit sur un monde sensé être inconnu, j’en trouve encore ! Je n’ai pas l’intention d’élire domicile dans un lieu qui grouille de vermines pareilles… mais les solutions me manquent, et vous, vous m’entichez d’une aura de sauveur, comme si je n’avais pas assez de problèmes !

‒ Les êtres qui cherchent leur chemin sont souvent ceux à qui le destin n’a pas encore tout révélé.

‒ Je cherche le chemin du retour c’est tout ce qui m’intéresse. Mais je suis d’accord je n’ai encore eu aucune révélation sur le sujet et visiblement, j’ai aussi du mal à trouver mon destin. Depuis le temps que je fuis la racaille Sylks sans aucun autre but, il m’échappe.

‒ Nous avons le chemin, mais il nous manque le destin pour accomplir la délivrance de ce monde. Tu es ce destin, nous sommes tes êtres, nous pouvons te montrer ce chemin !»

Salek ne sut quoi répondre. Il ne croyait pas pouvoir représenter la réponse à lui seul, ni même se prendre pour ce qu’il ne pensait pas être. Mais, coincé ici, sans rien pouvoir espérer, il deviendrait fou. Plutôt que cet espoir inutile, à attendre l’improbable évènement, la solution devait venir de lui. Il regarda Ouradian avec une conviction irréfléchie dans les yeux, une lueur d’expression irraisonnée et instinctive.

« Si je suis celui que vous voulez que je sois, si je viens à bout de vos problèmes, si je vous débarrasse des Sylks… vous m’aiderez à repartir ?

‒ A la bonne heure ! fit Ouradian, avec un sourire de soulagement. »

(à suivre…)

©Necromongers

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