Les Chroniques Sylkiennes : 12-La prédiction

 12-La prédiction

 

Ulrich Ouran se remettait péniblement de son coup à la tête. Il n’en revenait pas de ce qui lui arrivait. Après tant de pérégrinations à suivre la voie de son Sylks, il se trouvait maintenant chez les Nomades du ciel, dans leur tour de Babel, avec une épée de Damoclès sur sa bosse. Il n’espérait rien d’autre que la liberté de son corps, et malgré sa volonté farouche de résister mentalement à son hôte, jamais il n’avait pu ressentir à nouveau la faculté d’en faire naturellement ce qu’il voulait… jusqu’à hier !

Bien longtemps aussi, que ce ressenti éperdu de l’âme qui vagabondait dans les effluves sensorielles du corps, n’avait manifesté son désir de retrouvailles en lui. Il ne pouvait le dire d’une autre façon, cette Yliana l’avait émoustillé. Le côté inaccessible de la situation le sauvait d’ailleurs assez bien… la liberté donnait à elle seule cette plus grande émotion qui flirtait avec le besoin de s’y sentir vivre. La liberté ? A bien y réfléchir… il était à nouveau prisonnier, mais pas du même destin. Prisonnier de cette carcasse qui pouvait le trahir à tout moment, de ses sentiments oubliés, de tous ces instants qu’ils ne maitriseraient pas, de ce carcan dont on semblait l’affubler… de cette chambre qui le tenait enfermé.

Malgré la douleur encore présente, Ulrich se leva et marcha jusqu’à la fenêtre dont un voile laissait pénétrer de la lumière. Il tira le drapé volubile qui ondulait d’une faible brise, pour découvrir… ce qu’il ne crût jamais voir un jour ! Un monde merveilleux s’offrait à lui, comme une vaste et théâtrale représentation graphique, un tableau de maitre ! Une étendue infinie de verdure dans des îlots suspendus dans le vide, dont les créatures ailées traçant des volutes serpentant de fils d’argents saumurés, formaient une véritable autoroute du ciel… un conte de fée ! Personne ne lui avait parlé de ça, ni dans ce monde, ni de ce monde. A croire qu’une autre terre existait ici.

« J’ai comme idée de ta surprise Ulrich ! De la déferlante qui assaille tes songes éveillés ! »

Le doux son de la voix d’Yliana traversait l’espace qui les séparait jusqu’à ses oreilles. Ulrich décrocha de l’ahurissante vue qui l’hypnotisait pour se retourner vers elle un sourire enjoué, manifestement sorti de son contexte car son visage ne laissait pas prétendre une suite heureuse au dialogue.

De dialogue il n’y eut. Yliana déploya ses ailes en commençant à courir vers lui, ce qui le fit instinctivement reculer au bord de la fenêtre. Suffisamment pour goûter le vide sans fond, vertigineux et oppressant qui l’appelait d’un déséquilibre. Yliana l’arracha de ses incertitudes, et l’emporta sans mot dire, traversant une mer d’îles flottantes dans les airs vers une destination inconnue.

Ybylior était assis en tailleur au centre de la bulle synergétique d’un bleu forcé, les yeux fermés. Son corps en lévitation, légèrement parsemé d’éclairs électrostatiques, fusionnait avec le cristal d’azur qui assurait l’apesanteur générale du monde interne des cimes d’Ajoura. Sa masse atomique et son voyage métaphysique, approximativement en état létal,  et sa concentration étaient tels qu’il n’entendit pas sa fille et Ulrich se poser. Ce n’est que quand Ulrich perdit un instant l’équilibre en se redressant après l’atterrissage, qu’il ouvrit les yeux, donnant un spectacle que l’humain-Sylks n’avait jamais vu… leur fond était d’un bleu intense, sans pupilles.

Ybylior décroisa les jambes lentement et les posa de chaque côté du cristal. L’enveloppe bleue disparue aussitôt et ses yeux redevinrent normaux. Il descendit les quatre marches de l’autel circulaire ou se trouvait le cristal.

« Les Hurleurs ont trouvés leur Oracle ! Il faut donc nous dépêcher pour amorcer la transmutation !

‒ La… la quoi ? fit Ulrich.

‒ La transmutation des Oracles, lui répondit Yliana, le seul moyen d’entrer dans la cité fantôme et d’approcher le KA-SHOR.

‒ Le KA-SHOR ? Il existe vraiment ?… le… les Oracles ? Il y en a plusieurs ?

‒ Nous n’avons pas beaucoup de temps pour les explications Ulrich Ouran, mais voilà en gros comment l’affaire se présente, fit Ybylior. La seule façon de nous débarrasser des Sylks est d’entrer dans la cité fantôme et baigner notre corps dans le KA-SHOR. Nous possédons la clef nous indiquant où il apparait et quand chaque année, mais seul l’Oracle peut y pénétrer. Mais comme il ne peut y avoir qu’un Oracle qui sauve son peuple, et que nous sommes plusieurs peuples, il nous faut les transmuter, les fusionner ! Les Hurleurs ont désormais le leur, nous devons nous assurer que tu es prêt à t’engager pour les Nomades du ciel.

‒ Me… m’engager ? Mais je n’ai rien demandé moi ! Je suis en quête de liberté pas d’une nouvelle prison de l’esprit !

‒ La liberté dis-tu ? Te sens-tu libre actuellement ? N’as-tu pas l’impression d’avoir perdu ta vie sans l’avoir choisie ? Nous te proposons de le faire vraiment, et de remplir celle-ci d’une mission et d’un but honorable qui affranchirait les peuples de la Terre pour de bon… la liberté sans sacrifice n’existe pas. En revanche, tu es deux fois gagnant dans cette histoire. L’une parce que tu te débarrasses à jamais de ton Sylks, et l’autre parce que tu débarrasses la Terre de leur emprise et de leur oppression. Ce n’est pas une simple mission, c’est un destin qui s’achèvera par une place méritée qui te reviendra de droit avec les autres Oracles, vous formerez la guilde protectrice des peuples terriens… en une seule divinité aux multiples pouvoirs ! »

Saisi par l’explication d’Ybylior, Ulrich resta dans un flottement circonspect de stupeur. Jusqu’ici, sa vie ne ressemblait à rien. A peine comme le défilé de mauvais choix les uns après les autres, jusqu’à l’arrivée des Sylks et de la saisie de son corps par l’un d’eux, pas vraiment un choix. Sa seule volonté farouche de continuer à vivre malgré tout l’avait peut-être conduit à cette situation d’aujourd’hui, conduit à être choisi pour son désir de vivre… « … le temps viendra où tu auras ta raison pour un peuple… nous le savons ! » pensa-t-il à nouveau… le Rodeur ! Sa vie épargnée par ce Rodeur devait sans doute se lire comme un signe… aucun Rodeur ne laissait l’âme de quelqu’un en paix s’il s’en approchait !

(à suivre…)

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