L’homme des sables mouvants (partie 1)

// Il marchait sans faillir, comme une ombre dégaine son reste de vie face au soleil. La chaleur suffocante donnait déjà à l’air une pincée de fumée irritante. L’eau dans sa gourde n’était plus fraîche depuis longtemps. Ses pas résonnaient lourdement sur le reste de son corps que le vent lui giflait par des saccades piquantes de sable. La douleur que lui envoyaient ses membres s’effaçait vite en se concentrant sur sa volonté d’avancer. S’il s’arrêtait il s’ankyloserait, s’endormirait et serait enseveli sous les dunes. De longues heures derrière lui s’étiraient, comme un voile pris au vent claque en tous sens sans trouver le repos.

Les sons ne lui parvenaient plus. Il ne percevait que le battement de son cœur en rythme avec la flagellation du désert. Et pendant qu’il survivait, ses souvenirs lui vinrent en mémoire, faisant une brève apparition à la surface du monde. L’esthétique platitude du sable sans fin laissa la nuit s’emparer de son ombre…//

 

 {Flash-back du jour venant}

         Un son strident lui parvenait petit à petit, pénétrant son sommeil comme une ironie révélatrice. Un œil, puis deux, s’ouvrirent avec appréhension. Rivés sur le radioréveil, l’aidèrent sans plus de questions à des réponses toutes faites. Il allait sonner. De part bien des interrogations on peut se demander pourquoi l’appareil humain sent les choses, et pour bien des cas on le vit sans plus aller au-delà… Se faire sortir d’un songe, liquéfiant la totalité de votre courte existence dans une histoire sans queue ni tête, relevait du surréalisme. Il fallait se forcer à en oublier le moins possible tout en se questionnant le moins du monde. Une aventure moderne venant des temps anciens, et pour le mieux possible ce qu’on en comprenait d’audible.

         Sa journée commençait par une terrible opportunité : vite passée pour vite retrouver le sommeil d’un rêve inachevé. Les ombres ne se dessinaient pas chaque jour pour une seule nuit. Sans nul doute, celle-ci serait longue. A cheval sur le désespoir de ses nuits désertes, chaque jour criait son fleuve d’ombre à nouer. C’est ainsi qu’il se dépêcha d’y vivre son allant, expédiant à pourfendre de son vivant ce qu’il désirait subir de son inconscient, tout en se disant que la vie n’avait pas son pareil pour enliser le sommeil latent du jour.

         Un peu plus tard, en plein dans la vie du besoin, il se fit héler par une collègue aux nerfs de la photocopieuse :

« ‒ C’est t’y qu’tu dors devant la machine les yeux dans rien ?

‒ Hein ?!… euh… nan, j’ai tapé le nombre suffisant, y’en a pour deux minutes.

‒ J’ai cru entrevoir chez toi aujourd’hui un comportement laissant douter de ton niveau de conversation haletant à l’habituel… t’es préoccupé ?

‒ On va dire que je suis pressé d’en finir pour commencer.

‒ ?!!?

‒ Oui… voilà, j’ai un niveau assez bas en conversation, et j’ai pas envie de donner d’explications ! On n’est quand même pas toujours obligé ?

‒ … oui, effectivement. Mais on a le droit de s’inquiéter de voir quelqu’un dans un comportement inhabituel, non ?

‒ Dois-je y voir une catharsis exponentielle de la qualité de mes rapports avec mes collègues qui remonte à la surface ?

‒ Le droit d’être con ne te réussit pas toujours dirait-on ! »

         Cette curieuse conversation sonnait comme un Trébuchet menaçait à lui seul de son imminente et écrasante singularité, le retour d’un bâton annoncé.

         En rentrant chez lui, face à ses obligations, il vit la nuit se frayer le chemin qu’il attendait. Et dans un sursaut d’étreinte avec ses illusions conscientes il se surprit à se dépêcher de s’endormir.

         // La nuit gelait le sable qui se cristallisait en transpirant comme un diamant éternel. Il n’y avait pas de calme avant la tempête par ici, tout commençait là où tout pouvait finir. Souffrir, aimer, vivre ou mourir revenait à croire aux mêmes choses dans des situations tout à fait semblables. Son corps inerte, roué de fatigue, laissait le givre craqueler doucement sa peau tendue. Le froid ne l’empêchait pas de s’assoupir en silence, épuisé d’entreprendre une parade insignifiante. La lune brillait de tout son astre clairvoyant d’une nuit étoilée surgissant de nulle part. Le long des dunes étincelantes, des rouleaux de pluies de mer s’abattaient sans fin aux confins des multiples horizons. Un canard sauvage frappait ses ailes au-dessus de la corniche d’un building ensablé. Il sentait son corps se raidir. Au loin, une sirène de bateau hurlait en rappel, comme une sonate de pompier un premier mercredi du mois. //

 

{Flash-back du jour suivant}

         Il se réveilla en sursaut et en sueur, écrasant vigoureusement le réveil du plat de la main. Dehors la pluie battait son plein. Il regarda l’heure. 4h54. En pleine nuit. Son rêve l’avait sorti de sa vie. Pas question de s’arrêter là. Il devait y retourner. Pour savoir. Pour voir. Pour vivre son ailleurs parallèle qui lui parlait de son ici d’aujourd’hui. La prochaine sonnerie ne retentirait que dans 1h36. Il s’empressa de s’allonger et de se laisser s’éteindre à nouveau pour allumer ses visions nocturnes………………………………… le stress l’agitait……………….. le sommeil ne venait pas……………………….aussi facilement que prévu. Il tenta de se concentrer sur le sable scintillant… les dunes à perte de vue… le chaud, le froid, la fatigue, la marche, la quête d’un chemin perdu, les traces d’un sentier invisible……………………….. 5h47………………………………..

// Les sables ramollissaient à vue d’œil. Des ouvertures béantes apparaissaient sous les pierres sèches qui coulaient en s’effritant. En arrière-plan, des animaux tombaient du ciel par un grand puits de lumière qui perçait  les nuages orageux. Les houles de chaleur couraient toujours en arabesque sur le front des horizons changeants. Il regardait d’un œil hagard le sol s’effondrer autour de lui, découvrant des tours endormies prisonnières jusqu’alors du désert. Il ne pouvait remuer que les yeux. Son corps immobile n’insufflait plus suffisamment de vie en lui pour bouger, prisonnier lui aussi, au sommet d’un immeuble découvert. Le vent se mit à siffler très bruyamment en continu…//

 

biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiP !

 (à suivre…)

©Necromongers

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