L’homme des sables mouvants ( partie 3 et fin)

Ses paupières s’écarquillèrent, laissant ses rétines fixer le plafond. Il était tout à fait réveillé.

Qu’est-ce que cette taupe avait voulu dire avec ses histoires de feux ? Rapport avec la conne du boulot ? Le patron ? Sa vie socialement pauvre ? Son célibat qui durait ? Non mais quoi ? QUOI ?

Des nuits et des jours qu’il survivait à la déferlante des songes pour trouver des réponses ! Des vies et des questions pour continuer à s’en poser ! Des jours et des connasses pour supporter l’envie d’y surmonter ! Des taupes sans lunettes et des bédouins de mes deux pour quoi ? Que dalle ?

L’heure parlait pour le faire taire. 6h25. Il fallait enquiller. Tout le toutim. Tralala. Le grand puits sombre. Les autres connards qui ne changeaient rien à rien sous la terre. L’arrivée au boulot. La photocopieuse au loin… une singulière économie d’âme, un épanchement de synovie d’imprimeur en mal de publication chez Voici. Accompagné de sa salope officielle, The Bitch Legendary Of The Photo-conne-pieuse !

Il l’attendait au tournant. Elle s’approcha de lui comme une harpie dans l’impossibilité de se contrôler.

« ‒ Alors ? Réveillé aujourd’hui ? Remis de ses émotions ?

‒ J’ai dans l’idée que t’as un truc à me dire, mais je sais pas quoi ! Je devrais peut être demander au patron ?

‒ Hum… le patron t’as déjà tout dis je crois ?

‒ Toi, tu m’as l’air trop sûre de toi pour être tranquille dans ta tête !

‒ Je te demande pardon ? dit-elle enroulant ses yeux sur eux-mêmes.

‒ Sally… je suis sûr que tu es très fatiguée et que tu aimerais aller te coucher.

‒ Comment ? Mais qu’est-ce que tu insinues ? dit-elle en tirant sa jupe vers le bas.

‒ Je n’insinue rien. C’est juste que les vraies réponses qu’on cherche se trouvent souvent dans les endroits enfouis de notre subconscient… pas dans la pseudo jalousie du sentiment de n’appartenir à rien de mieux que la vie des autres.

‒ Hein ?! Je ne comprends rien à ton bla bla Môsieur Mongers !

‒ Tu viens d’expliquer pourquoi je passe mon temps à éviter la discussion avec toi… je n’insinue pas mieux.

‒ Je… tu…

‒ Oui je sais. Je suis con, atteint et je devrais aller me faire soigner, ou un truc du genre.

‒ …

‒ Bon, allez ! Bouge ! J’ai du taf à plier à cause de tes conneries. »

Sally détala la tête haute et dans son genre à elle, imbue par sa façon d’être, son tailleur à deux pipes pour son patron de toujours. Sans doute aurait-elle fait une jolie sirène dans ses rêves englués, mais il les préférait moins connes. 16h55. Il déposa au pied du bureau du Boss la montagne qu’il torchait depuis le matin. Juste avant de filer par l’ascenseur pour rejoindre quelques temps le monde des vivants.

 

{Flash forward de la nuit en attente}

      // Il courait. Il courait à perdre haleine. Traversant les branchages, piétinant la mousse, arrachant les feuilles, écrasant les fleurs et les insectes. La végétation le giflait et ses yeux clignotaient par réflexe, n’améliorant aucunement sa vision déjà bien camouflée par la densité que la forêt propageait devant lui. Et puis soudain… le vide !

      Il tombait. Il tombait à s’en décoller le cœur. Traversant les nuages, piétinant l’air, arrachant la sensation de chute, écrasant les molécules et les micros éléments en suspension. La vitesse le giflait et ses yeux clignotaient par réflexe, n’améliorant aucunement sa vision déjà bien embrumée par les strates floconneuses que le ciel jetait devant lui. Et puis soudain… le noir !//

Un généreux coup de coude le sortit de son épanchement assoupissant. Il releva la tête par-dessus l’épaule de son voisin. Encore 15 stations avant l’arrivée…

 

{Flash forward continued…}

      // … les nuages de poussière qui brisaient le vent avançaient comme un souffle d’explosion… une chaleur atroce plombait l’atmosphère dans un rugissement de sang et de boyaux… //

Un nouveau coup de coude plus violent le réveilla une seconde fois avec douleur. Il allait protester avec véhémence, quand son regard croisa sur le quai un homme enrubanné portant un vêtement sombre ressemblant à une grande toge, qui enfilait discrètement le pas par une porte de service à peine visible. Autour de lui, des gens tombaient en courant, se bousculant, hurlant, fuyant un concert de feux rougeoyants qui arrivaient par le tunnel où s’était arrêtée la voiture de la ligne, dans un fracas de broiement assourdissant. Son sang ne fit qu’un tour…

L’explosion ! Le bédouin ! La taupe ! La sortie !!!

Il ne lui restait plus qu’à avoir le temps…

Quelques longues secondes de bousculades furent nécessaires avant de pouvoir se faufiler hors du wagon, et se frayer un passage à contre-sens du mouvement général en direction de la porte salvatrice dont personne ne se souciait. Ce n’était pas tant la foule dense, écrasante et affolée qui lui donnait chaud, mais cette insupportable lumière venant des enfers de la terre qui s’intensifiait dangereusement.

Les portes invisibles sont souvent les prémices cachées de nos souvenirs à venir. La lecture des symboles et des codes que nous savons déchiffrer avec peine ronge bien souvent nos nuits d’haleines. Mais quelquefois, elles sont aussi salutaires. Il rampait de dos le long du mur en s’accrochant à ce qu’il pouvait pour éviter d’être emporté par la masse humaine désorientée. La chaleur commençait à rendre les parois brulantes, et les câbles du plafond coulaient rapidement sur le sol et les gens. Il atteignit la porte non sans mal, et d’un soupir de soulagement enclencha la poignée. Il ferma les yeux pour goûter l’instant que ses rêves lui avaient montré. Mais on ne rêve pas toujours de tout, ou on ne comprend pas tous les messages…

… une poigne enragée l’arracha à son trophée et l’emmena dans le dédale du groupe en furie. Il resta scotché, dans l’impossibilité de faire demi-tour, s’immolant presque du regard ensanglanté de sa sauveteuse improbable… Sally ! Elle le fixa de toute sa compassion, comme une âme pourrait se sentir éternellement heureuse d’en avoir sauvé une autre in-extrémis… derrière eux, le vent d’une mort certaine vomissait son approche, tout se compterait au millième…

« JE TE HAIS SALLY ! JE TE HAIS ! »

 

 

Fin

©Necromongers

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