Roland Bachman: Agent Spatio-temporel (S2-E5) « Roland, le Néant et le Bateleur. »

Il n’avait pas eu le choix. Coincé entre les univers parallèles, divaguant vers d’incertaines destinations sans parvenir à fixer un point dans le temps, il ne pouvait rester le témoin du Néant qui le brouillait sans discontinuer. Il croyait pouvoir sauter d’une tranche de monde à un autre sans avoir pris la peine d’ouvrir un sas dans le Multivers.

C’est avec un certain effroi qu’il découvrit son erreur… la première depuis bien des millénaires. Ses pouvoirs se comparaient à ceux d’un dieu pour les mortels, mais au regard de l’éternité démesurée du Néant, le père du « Tout », il s’efforçait de rester le messie des microbes qu’il incarnait. Son titre de gardien du temps ne le préservait pas du « Tout », lui et ses comparses d’ailleurs. Et le Docteur toujours introuvable ! Et toujours aucune trace du Tardis… avait-il retrouvé son propriétaire ?

Dans cette situation sans fin, obligé de sortir le grand jeu… le sien, son jeu de Tarot Eternel. En cas d’urgence extrême, de faille complexe et inextricable, chaque gardien en possédait un, qu’il pouvait utiliser uniquement par acquis de conscience et connaissance de cause. La carte retournée définissait une close établie pour le souhait à accorder. Par là-même, le fait d’utiliser une carte du jeu diminuait d’autant la durée de son règne de gardien. Beaucoup avaient disparu ainsi, gaspillant pour trop d’humanité l’événement à moins bon escient qu’un autre.

(Flashback hors du temps)

Son visage se crispa. Sa quête inter dimensionnelle prenait les allures du mythe de Sisyphe, condamné à perpétuité à la même tâche harassante. Sa main disparut dans l’intérieur de son gilet de cuir. L’espace intersidéral du néant des Multivers fût comme ralenti au moment où il attrapa son Tarot Eternel. Tenant le jeu à la main sur l’envers, d’un geste du pouce il écarta les 22 cartes face au Néant. Grondement de silence. Lumière transparente en éclat. Tous les mouvements invisibles en pause. La pesanteur le portait comme une image divinatoire dans le vide. Ses yeux perdirent leur contour et devinrent feu, Roland les ferma. Une voix sans timbre, à la fois proche et lointaine, lui souffla mot.

« ‒ Que veux-tu Gardien ?

‒ J’ai fait une erreur et me suit lancé dans le Multivers sans ouvrir de passage.

‒ Les erreurs sont humaines, et tant que tu n’es pas mort définitivement tu n’en es qu’un.

‒ La mort définitive existe donc ?

‒ La mort est le passage que tu n’as pas ouvert car tes yeux sont restés vivants.

‒ J’ai sondé une menace, une menace terrible pour le Multivers…

‒ Les menaces sont la trace du vivant en chacun de nous. Abrège mes souffrances inutiles Gardien, que veux-tu ? »

Roland fit une pause éternelle avant de relancer le Néant.

« ‒ Je me suis lancé à la poursuite et à la recherche du Docteur et de son Tardis. Introuvables tous les deux. Mais le temps joue contre nous, il me faut sortir d’ici.

‒ Le temps n’a pas cours ici, il te faut jouer une carte pour ta requête Gardien.

‒ Oui… c’est fait… mais, et pour le Docteur ?

‒ Le Docteur s’en sortira, comme il le fait toujours depuis la création des passages. Regarde ta carte Roland le Pistoléro. »

Le BATELEUR !!!

Pendant un espace incertain Roland relativisa la situation. Cette carte ne donnait aucune réponse directe, mais ouvrait un choix sans tergiversation. Il fallait sacrifier un pion pour protéger le groupe. Le Bateleur est un garde-fou, et décide de qui va perdre ou gagner.

« ‒ Quelle est ta réponse Gardien ?

‒ Marc… je te donne Marc.

‒ Tu ne me donnes rien, tu l’abandonnes à la mort. Souviens t’en!

‒ Définitive ?

‒ Ce n’est pas à moi d’en décider, je n’ai pas même parti pris sur la vie.

‒ Ni sur la vie, ni sur la mort… mais sur quoi agis-tu ?

‒ Mais sur tout le reste Monsieur le Pistoléro… et c’est déjà bien plus qu’assez pour le Néant !… le temps de penser la question ta commande est déjà livrée… à une autre éternité… »

 

*

 

Richard se tournait et se retournait dans son lit, transpirant comme une printanière de légumes congelée cuite à la poêle. Battant les draps à grands coups de fricassée de doigts, dans un sommeil perturbé. Poussant des cris et des grognements étalés, sifflant des bronches comme un asthmatique hystérique. Luttant pleinement contre des songes agresseurs qui tentaient de bousiller son repos compensateur. Un geste précurseur plus ample vint caresser d’un revers du poignet le frêle et angélique visage de Caroline Sandman. La rousse pris une claque d’enfer… d’une rapidité presque instinctive, elle saisit l’arme sous son oreiller et le braqua contre la tempe de Richard en se reculant.

« ‒ Non mais ça va pas ! T’es complètement barge ! cria t-elle d’un sursaut.

‒ Je… hein ? N… non mais tu fais quoi là ? »

Richard avait les yeux grands ouverts et fixait d’un louchement exagéré sa compagne de lit et le flingue sur sa tempe.

« ‒ Tu viens de me mettre une beigne connard !

‒ T’aurais pas fait tes classes de dialogue dans la police toi des fois ?

‒ J’ai été surprise et violentée pendant mon sommeil Richard… j’ai… j’ai eu le réflexe qu’il fallait voilà tout.

‒ Moi aussi j’ai été violenté pendant mon sommeil, mais je ne braque personne avec une arme sur mon lit…

‒ Richard… tu m’as filé une torgnole… pendant que je dormais… tu voulais que je fasse quoi ? Tu rêvais de quoi ?

‒ C’est un interrogatoire ? Si tu ranges ton engin je t’expliquerai…

‒ Oui… pardon. Je t’écoute.

‒ C’était une histoire bizarre. J’étais à moitié mort, comme une sorte de guerrier avec des pouvoirs, je vivais des histoires à dormir dehors avec d’autres gens comme moi. Et puis il y avait ce gars, notre chef je crois, notre mentor… et il était perdu, il cherchait un docteur, Le Docteur… et il s’est perdu… y’avait un Bateleur, le Néant, une cabine téléphonique anglaise bleue qui volait… oui je sais, bon bref… j’ai dû me battre et voilà, c’est toi qu’à ramassé.

‒ Tu m’épuises mon chéri. Il est à peine 5h, je me lève dans 1h… je n’ai plus très sommeil… mais tes histoires de guerrier m’excite terriblement. Elle passa sa main sous les draps jusqu’à son entre-jambe.

‒ Moi aussi je dois me lever tôt, j’ai rendez-vous chez le Dr Manhattan pour mon hernie, chez le Pr Rupin pour mon entretien en criminologie, et je dois passer au bureau voir Lisa pour remplacer Marc qui n’a pas donné signe de vie depuis 3 mois…

‒ Ah… l’autre salope… elle retira sa main qui s’employait déjà vigoureusement.

‒ Il n’y a plus rien entre nous tu le sais bien !

‒ Oui c’est ça ! C’est comme ce monsieur Who qui est venu te voir la dernière fois, pour te demander si tu avais des nouvelles d’un certain Roland Bachman qu’il cherchait en vain… tu me racontes n’importe quoi depuis qu’on se connait Richard, n’importe quoi ! »

 

©Necromongers

CIVD8RUWIAAcsSP

 

 

 

 

 

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