Roland Bachman: Agent Spatio-temporel (S2-E6) « Richard et Caroline Sandman (1ère partie) »

La sonnerie hurlait et résonnait au fond de sa tête comme une guitare trop près d’un ampli. Les potards devaient être au maximum partout. Hein ? Les niveaux ! Mais non… c’était… c’était ce putain de portable et sa musique d’ambiance, le son d’usine made in Samsung. Rien à voir avec celle qu’il pouvait faire péter de son Marshall, sa Firebird au cul ! D’un geste maladroit, tâtonnant nerveusement, sa main s’écrasa sur l’appareil, une fois… deux fois… une 3ème fois plus violente arrêta le son. Un silence hypnotique emplit ses esgourdes d’un tracé plat. Il se sentit rechuter avec fracas sans pouvoir y faire grand-chose. Des étoiles se mirent à danser discrètement sans étincelles, le temps que ses yeux papillonnent de concert. Sa tête lourde n’en faisait qu’à son habitacle, et l’oreiller le happait à l’en étouffer. Le matelas tout entier s’évertuait à l’engloutir, l’engouffrer, l’ensevelir, il coulait comme une larme sur une joue graisseuse, à la vitesse ou l’on s’enfonce dans des sables mouvants. Il se sentait partir sans aucun moyen de revenir en arrière, pas la moindre racine où s’agripper pour ne pas disparaitre du monde.

_ sonnerie d’usine N°2 en La Mineur_

D’un instinct d’une violence sans comparaison, son bras prit la tangente aussi sec. Direction l’irritante et agressive injonction métaphorique de l’aide au lever du corps… un bruit sec et brisé fit taire l’insu(portable). Quelle merde ! Il n’en avait pas d’autre.

Assis, à encore espérer se tenir en référé pour voter à main levé le retour au lit, son corps se dressa machinalement. D’ailleurs, à en juger par ses yeux toujours péniblement acculés sous leurs paupières, comme un épisode de Derrick sous acide, son corps n’était pas le seul à se tenir dressé, au garde à vous ! C’est dans cet ordre des évènements, qu’à peu de choses près, l’idée lui vint qu’il y en avait au moins toujours un de plus réactif que l’autre. La pierre angulaire de sa vie ; le ciment de son existence ; le marbre de son palais ; le tronc de ses racines ; le roc de ses montagnes… bref, il affichait une gaule bien trempée ! Qu’importe la dureté, il fallait user, magnanime, de la condition stimulant les contours d’une journée presque normale qui débutait. Il s’efforcerait d’être mieux que lui-même. Rien ne commençait véritablement comme il se devait. Un réveil d’usine difficile, en fanfare, usurpé par la fringance de son membre incontrôlable.

Bizarrement, dehors le vent soufflait à en taper les volets. Plus les éléments manifestaient leur approche, plus son élément du centre fléchissait. Quand il se retourna, pour regarder une dernière fois son lit, il vit l’ange qui s’en vautrait encore, sa muse du silence. Richard fit une prière à Caroline, pour l’ensemble de leur passage sur Terre… il ne savait pas bien pourquoi il faisait ça.

Il se souvenait soudain que cette journée allait dépoter sévère. Des rendez-vous à n’en plus pouvoir, pas le temps de débander ! Il sauta dans la douche comme on décide volontairement d’éclaircir une partie de sa vie. Une fois l’affaire dés-encaustiquée, il descendit à tout rompre à l’étage au-dessous, direction la cafetière de la cuisine. Un matin sans café pouvait ressembler à une nuit sans sommeil pour la journée, hors de question de vivre ça. Occupé à engouffrer son expresso, et sentir sa trachée s’emplir d’une chaude amertume torréfié, il n’entendit pas les respirations derrière lui.

« Tu t’es trompé de monde Richard Sandman, nous devons repartir ! »

Son cœur fit un sursaut, conduisant une fulgurante décharge de surprise. Il tressaillit, se crispa, avala le café brulant de travers, le recracha par le nez, éclaboussa ses habits et se retourna les yeux coulants d’efforts pour se retenir de tousser. C’est ainsi, un filet de bave et de substrat nasal dégoulinant de ses orifices d’un brun roussi par les éclaboussures, qu’il tomba morve à nez avec deux individus. Là, chez lui, de bon matin !

« MAIS FOU FETES QUI FOU BORDEL ! » tenta-t-il d’éructer en expédiant de multiples postillons alentours.

Le spectacle qu’il donnait à voir, les naseaux ruisselant de déglutitions, les yeux explosés, rouge écarlate, trempé et souillé, déclencha un fou rire des intrus.

Il s’essuya d’un revers.

‒ Et comment connaissez-vous mon nom ?

Le Docteur fit un pas en avant.

‒ Tu ne te souviens vraiment plus de rien ?

‒ Vous ! Je crois bien vous remettre, si… celui qui est venu me questionner sur un nommé Roland quek chose…

‒ Roland Bachman ! Oui ! Je l’ai retrouvé ! Il est là ! A côté de moi !

Richard inspecta la curiosité de la cuisine. Teint buriné, quelques balafres, l’œil perçant d’un bleu-vert vif sous un chapeau en cuir de desperado, un grand imper dans la même matière, un ceinturon éblouissant liant une chemise pas repassée et un pantalon de cuir coupe 501, des boots poussiéreuses et râpées.

‒ Et vous le sortez souvent l’animal ?

Le Docteur allait surenchérir pour tenter de percer le vortex des mouvements parallèles dans le cercle des Multivers, mais une nouvelle irruption vint crisper l’atmosphère.

« NE BOUGEZ PLUS BANDE DE CONNARDS ! ET EXPLIQUEZ-MOI CE QUE VOUS FOUTEZ LA ! »

Réveillée et alertée par le bruit et les discussions, Caroline Sandman, descendue sur la pointe des pieds jusqu’à la cuisine tenait en joue les deux inconnus avec son Desert Eagle.

« ET PUIS VOUS ME DIREZ COMMENT UNE CABINE TELEPHONIQUE BLEUE EST ARRIVEE DANS L’COULOIR ? »

La bave aux lèvres, les yeux hagards et pleins d’incompréhension, Richard tenta de reprendre les évènements en main.

‒ Non, écoute Caro, tout va bien, t’a pas besoin de braquer tout le monde comme ça, baisse ton arme !

‒ Que je baisse mon arme ? Mais tu ne sais pas qui c’est ! Ils sont entrés par effraction, ont introduit je ne sais comment un énorme truc bleu dans le couloir et…

Elle marqua une pause.

‒ … t’a vu ta gueule ?

Dans l’espoir de détendre la situation à son tour, grâce à son flegme légendaire, le Docteur se retourna et fit face à sa tire-au-flanc.

‒ Ecoutez Mademoiselle, Richard a du bon sens. Nous allons tous rester calme et reprendre nos conversations là où elles étaient le plus intéressantes en nous en tenant aux rigueurs essentielles, mais sans le machin que vous tenez là !

‒ Qu’est-ce que vous racontez ? Vous vous êtes vus tous les deux ? Vous voudriez que je range mon flingue comme ça ? Parce que vous pensez que je vais être bêtement obéissante ?

‒ Je ne cherche pas à vous donner un quelconque ordre, je tente de positiver et de dédramatiser la situation. Nous allons tous reprendre notre calme, et pour vous montrer ma bonne foi je vais moi aussi, ainsi que mon compagnon, déposer mon tournevis sonique sur la table.

Il glissa sa main sous sa veste en direction de sa poche intérieure.

‒ Votre quoi ? QU’EST-CE QUE VOUS FAITES ! ARRETEZ TOUT DE SUITE CA !

Le Docteur continua instinctivement son geste.

‒ Non mais ne vous énervez-pas, je sors juste mon…

PAW !

(À suivre…)

©Necromongers

CIVD8RUWIAAcsSP

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