Il était une fois… l’histoire d’un bon coup écrit en plus d’une fois.

Il n’est généralement pas coutumier de se dire qu’une histoire commence par être intéressante quand elle débute par « Il était une fois… », et pourtant…

 

Il était une fois une histoire qui n’avait cure de son début, aussi classique qu’il soit possible de le faire. Rien au monde ne l’emmerdait plus que de se dire qu’on pouvait se faire classer très vite au rang des livres pour enfants juste avec quatre petits mots à la con.

Ça aurait pu être la fin de sa vie dès ses premiers pas. Mais, toute histoire qu’elle était, elle ne l’entendit pas de cette page. A part le hasard d’un calendrier vétuste de l’an dernier, il aurait fallu une pile de quelques tomes de l’encyclopédie universelle sur la gueule pour qu’il en soit autrement. Il fallait bien entendu pour cela, que la mort annoncée du début se laisse traîner dans une eau boueuse à souhait, laissant jaunir et vieillir au séchage pour renaître moins téléphonée. L’appel à une amie s’est pourtant produit.

 

Et donc, un beau jour de dimanche sous la couette, alors que deux culs bien rond se tournaient et se retournaient sur mes frasques encrées, le peu de ma petite vie entamée de quelques phrases jetées au stylo se déchira en deux. J’étais soudain devenu mon jumeau paraphrasé déprimé, une sombre idée juteuse de jambes en l’air défroquées, un carnaval de confettis en devenir essuyant des fessiers suintant les liquides séminaux… ceux d’une histoire qui commença à quatre mains pour finir en deux morceaux.

Les fins sont quelquefois tragiques, on peut même commencer sa courte vie par « Il était une fin… », mais dans l’ensemble les histoires s’amusent mieux dans le lit de leurs amants qu’au coin d’un presse papier à glander sur une table de nuit. Et on ne peut véridiquement pas causer d’histoire sans y glisser un soupçon de tragédie, quelques cliffhangers bien calés, et de quoi purement se faire dandiner le trémoussement en guise d’attente suivie. C’est pour ça que, rien ne m’avait prédestinée à m’évanouir entre des seins nus ou une paire de couilles se trimbalant dans de beaux draps maintenant moins clean. Une main attentive récupéra subrepticement mes deux volets de l’histoire sans fin d’une nuit.

J’était momentanément sauvée, comme une miraculée des ébats d’un jour, mon état d’urgence n’avait pas complètement été acquis à la cause des CRS (Corrigés Renfrognés Séparatistes), et ma Nuit Debout aurait pu me coûter un manque de sommeil réparateur. Mais je vous le demande, qui aurait voulu d’une fin sans début ? Je continuai donc mon déroulement…

 

Sur mes lignes attardées de la veille se mêlait des humeurs aux odeurs corporelles, quelques idées d’un scénario bancal et une pointe relevée d’humour à construire sous les accents d’un scotch « rafistoleur ». Ne pas rester froissée pour autant et continuer ma route de comptine pour adulte. Là, sur un bout de mon angle plié, se battaient quelques annotations pour ma suite, des griffonnages que seule j’avait capacité à décoder. Aucune attente vaine ne suffirait à espérer bêtement l’imbrication des mots mystères sans mon nègre de scribe, lui qui n’en démordait plus de s’emmancher avec sa femelle au lieu de s’occuper de sa meilleure amante, l’histoire de sa vie. L’inspiration ne vient pas toujours en se réapprovisionnant d’air à manquer, surtout si compter sur son expulsion ne règle nullement la problématique de la spirale infernale, la frénésie symphonique de l’accouplement mettait en péril mon épopée personnelle. Que faire d’un auteur avec un cerf de noix tombé dans les burnes ? Le ventilateur couvrait mes tentatives décourageantes d’attirer un battement d’attention sur ses frêles mouvements de clapotis. Ça et les coups de buttoirs envoyés à sa conquête du moment, reléguaient ma présence à une plume dans une botte de fions.

Mais l’incident se produisit. Par mégarde, mon étalon d’auteur tenta de s’introduire avec panache dans la commissure endiablée de sa belle, sans fondement d’intention partagée. La cavalcade prit une tournure atypique et, malgré la passion déchirante qu’elle vouait à l’originalité de son danseur de reins, la ruade ne se fit pas trop attendre. C’est qu’une jument libre ça peut se rebeller sans préavis. Raidie comme un pieu cherchant à percer la terre aride, sa donzelle chercha à se maintenir en équilibre, sa main fit valdinguer une bouteille sans bouchon sur la prise du ventilateur. Un claquement grésillant, suivi d’un petit flash la déstabilisa, elle se relâcha, le cow-boy s’engouffra dans sa monture sans l’ombre d’un lasso flottant dans l’air. La chute du souffleur modifia les courants brutalement, et une forte rafale me fit voler sans fin dans la chambre.

Quand le dernier râle en décibels de l’écrivaillon, bien au-dessus des cris contigus de sa sauvageonne,  émit l’hypothèse d’une fin probable de la chevauchée fantastique, tête en arrière il aperçu son fétiche inachevé en lévitation, les bords légèrement léchés par de petites flammes timides. Son sang, déjà bouillant et au bout de son parcours, ne fit qu’un demi-tour. Lâchant le croupion de son hôte écrasé par ses dix doigts incrustés, et saisissant au vol le feuillet de sa prochaine délivrance, il glissa sur le côté pour aller s’affaler près du lit.

 

Les miracles ne se produisent pas toujours. Les histoires ne savent pas attendre leur dénouement calmement. Les mettre en pause pour y revenir ensuite ne leur plait pas trop. Laisser des invitées décupler sa semence fertile sans esprit ne gomme pas les intentions fragiles d’inspirations mal emmenées. Il me faut vous l’avouer, être un texte au bord de la dépression paresseuse a pu me faire exister nerveusement comme une entité viable.

Le calme revenu au sein de son habitation, mon « écriveur » pouvait s’adonner à sa nouvelle égérie, ma suite dans ses idées. Certes, il convenait d’avoir encore un peu de couilles au cul pour forcer la porte de mes tréfonds, mais je savais pouvoir lui faire un tantinet confiance… assez pour avoir attendu.

Il parcouru mes deux feuilles noircies de ses mots, alluma une Pall Mall sans filtre, pris une grande bouffée, souffla un nuage blanchâtre par le nez, et retint sa respiration plusieurs secondes en fermant les yeux. Il se leva, parti quelques instants et refit surface avec un verre de Gin Tonic. J’ai beau lui faire du gringue à mon scripteur, lui faire des avances à la ligne, le tirer vers suspensions déchiffrables, lui sonner l’ego et lui soigner la libido, il est comme ça, faut qu’il s’aide. Mais je l’aime quand même comme il est, avec son talent des défauts, ses trompes l’œil dénivelés, ses faux penchants de déviant travaillé, et j’en passe.

Avec douceur il me caressa tout du long d’un filet de doigt, tapotant le dos de son stylo d’un autre. Une gorgée, puis deux, une taffe puis une autre gorgée. Ses yeux limpides commençaient à caresser mes tournures, et l’encolure de mes attributs concoctés ensembles. Ça germait doucement dans sa coquille à bouillon, au rythme des papilles qui transformaient le flux nerveux d’alcool en sang. Il se mit à me gratter d’excitation depuis la bille de son instrument. Mais je sentais bien qu’il hésitait beaucoup, rayait, revenait sur mes mots, raturait trop… et puis un bruit de pas dans les escaliers le tira de ma charge.

̶  Qu’est-ce tu fais mon lapin ?

̶  J’essaye d’avancer avec mon histoire là, mais j’ai vraiment pas la tête à ça…

̶  Ça va te bouffer ces trucs là, tu devrais te concentrer sur des trucs sérieux.

̶  Des trucs sérieux… comme quoi ?

Elle fit la moue en s’approchant coquinement derrière lui, lui passa les mains autour du cou, en fit descendre une lentement jusqu’à son entrejambe.

̶  T’as sans doute raison, en plus c’est de la merde mon histoire, j’ai l’inspiration d’une feuille de chou dans une conférence pour le cannibalisme.

̶  Ça mange des choux les cannibales ?

Mon sous-fifre de raconteur, se retourna vers sa mijaurée en lui plaquant les mains aux fesses un large sourire aux lèvres.

̶  Tu sais que je t’adore toi ?

Il m’attrapa comme un vulgaire torchon, m’écrasa de sa poigne et me jeta sans ménagement dans sa corbeille en osier.

Me faire ça à moi, cet espèce de géniteur faussaire, ce fumier d’écrivailleur à deux balles. Incapable de prendre soin de sa future descendance, préférant s’envoyer sa grosse pouffiasse au rabais dans tous les recoins de la baraque nuit et jour… oui je suis en colère, je n’aime pas me faire abandonner et préférer à une jouissance adultère de bas étage, je n’aime pas partager sans fin. Mais je n’aurai pas tout perdu. Quand il se releva, s’employant déjà à triturer sa gourde à pénis, il me fit tomber dessus sans le voir son mégot presque consumé en équilibre sur le cendrier.

Tandis que mon lâcheur de père montait à l’étage avec sa viande à fourrer, je pris bien soin de rassembler mes derniers poumons de fibre, et d’un petit claquement étouffé j’expulsai l’encre qui permit à l’air de mieux s’engouffrer dans mon histoire avortée, le feu pu respirer son aise, et prendre son envol sous la fenêtre, vers les rideaux…

©Necromongers

cksumewweaawyvs

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s