Sans feu tout crame (la petite histoire de l’ubérisation du monde).

« On devrait bannir les idées qui n’ont rien à dire, juste pour voir si elles se défendent sans chargeur. »

 

« Depuis que le monde est monde l’homme se prend pour un homme, alors que l’homme est immonde depuis que le monde sert l’homme. »

 

Exercice : En partant de ces deux postulats ridicules, impopulaires et improductifs, imaginez un monde meilleur qui n’aurait rien à dire de mieux que des idées d’humains sans intérêt.

Rédaction:

Bien malgré lui, et avec toute la détermination qui pouvait l’accompagner, l’homme ne découvrit finalement pas la technique du feu.

Ce n’était pas faute de chercher à comprendre, mais hormis la capture de flammes lors d’incendies provoqués par la foudre, il ne fut jamais en capacité d’en structurer le processus de fabrication, ce boulet. Ceci limita fortement son développement, il ne put se chauffer comme il le voulait, continua à manger régulièrement cru en déplacement, ne put se constituer l’armada d’armes en conséquence, les outils et la lumière lui manquèrent même pour avancer, et je ne parle pas de Jeanne D’Arc que l’ennui de ce monde empêcha bêtement de naître.

L’homme resta limité dans sa croissance. Les croyances furent autres. Les prophètes furent des sorciers et le feu la divinité officielle par défaut. Pendant des millénaires, l’homme resta à un niveau si inférieur à la nature qu’il prit la peine d’en faire sa déesse de la sagesse. Chacun vivait au rythme simple d’une loi sans appel entre les êtres, les plus forts et les plus malins survivaient, les plus faibles ne faisaient pas long feu (l’expression date sans doute de cette période trouble).

Mais un jour un miracle se produisit (les sorciers n’en faisaient pas, c’était des losers de la bonne parole). Alors qu’en dépit des dangers que l’homme devait combattre chaque jour durant, un sorcier plus malin que les autres sorti du rang. Il trouva un liquide noir (ne me demandez pas où et comment, c’est un peu son secret on va dire) qui lui permettait d’emprisonner le feu et se déplacer avec partout où il allait. Il devint rapidement une sorte de Messie de la lumière, prêchant la parole éclairée en parcourant le monde.

Conscient des risques de sa trouvaille, et des possibilités néfastes qu’elle représentait, il accordait une grande importance à ne pas partager son huile. Son message d’amour, de tolérance et d’humanité (moderne pour l’époque) lui valut la convoitise de sa découverte.

Voyant que les hommes se comportaient comme des harpies, et tentaient de s’organiser pour renverser sa notoriété, il péta grave un plomb un jour de marché. Il envoya tout promener, renversa les étales, distribua des pains, remit toute l’existence en question, et au final s’attira la déconvenue du peuple et les foudres des chefs de clans, mais ça fit le buzz.

L’histoire n’a pas bien fini. Comprenant qu’il détenait un certain aplomb et ralliait à sa cause une ribambelle de sauvageons pure pop prêts à le suivre, périclitant le pouvoir déjà si servile à étendre et à se faire admettre, il fallut trouver une astuce pour s’en débarrasser. Il fut accusé de belligérance anti-développement, de passéisme réactionnaire et d’entrave à la loi du talion pour tendre l’autre joue avec provocation (ça se fait pas, on doit toujours en prendre une sans s’y attendre).

Considérant qu’il en avait trop fait pour l’époque (précurseur c’est un métier à risque), le sorcier et ses dix slips prirent l’affront comme une aubaine (comme une réduc à la boulangerie Copé, mais avec du charisme). Et donc, ce qui devait arriver arriva. Après avoir concocté un apéro dînatoire méchamment hipster, délibéré sur de fadasses métaphores qui pouvaient finir de le faire entrer dans les esprits, il bu un canon et rompu un bout en déconnant sur le cannibalisme et le vampirisme, promit de revenir quand ce serait plus calme. Il accepta de se rendre sans se faire prier.  L’histoire ne retiendra rien de cet épisode de l’ubérisation du monde, à part peut être le fait qu’il fut condamné à la peine capitale, saisi par l’effroi d’une envie passée outre, il tituba sur l’incertitude d’avoir besoin d’un service rendu (la faute au pinard à 9°), personne ne le revit jamais…

 

Et depuis, le couvre-feu a été décrété pour chaque mise à l’écart du discours général, on vit encore à des lustres de nos besoins, car depuis toujours ce qui compte avant tout c’est l’envie d’en avoir qui ne servent à rien…

 

Evidemment, bien plus tard, sa découverte tomba entre les mains d’ignobles sociétés secrètes qui rendirent le monde en proie à la guerre et au sang. C’était quand même autre chose qu’un Messie accroché à une croix pour lequel on inventa des fables à lire sans en être sûr sur parole… un peu comme les lobbys et les trusts d’aujourd’hui.

 

Morale : Si jamais l’histoire disait de nous que nous avons su évoluer, dans un sens comme dans l’autre on attend encore que quelqu’un d’autre mette le feu… en attendant, nous, on crame d’imprudence depuis qu’on maîtrise le pétrole.

 

©Necromongers

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