Etats d’âmes (04) (05) 06)

Etat d’âme 04:

« Il y a des choses qu’on vit sans les comprendre, et on ne comprend pas tout ce qu’on vit. Ça file sans regarder derrière, ça oublie de se retourner pour avancer droit, ça trotte en biais comme un arracheur de dent. Depuis que la vérité est pire que le mensonge la paix ressemble à un livre pour enfant acheté chez Emmaüs, avec les coins écornés par les soirées de rêves. On se dit qu’oublier est un peu facile et pas très adulte, et puis on regarde le monde faire sa politique d’autruche, les milliards qui s’évadent pour sécuriser l’avenir des riches entrepreneurs.
Se réveiller au milieu de la nature en automne, les champs givrés, le vent froid et les dernières feuilles qui dansent sur les branches. Les rapaces qui guettent sur un piquet, les moineaux et les rouges-gorges qui folâtrent dans les haies, les vaches qui paissent sur l’herbe craquante, les chevreuils qui filent entre les sous-bois. Ça doit être ça « être adulte », savoir s’émerveiller tout en étant conscient que ça ne va pas durer. »

 

Etat d’âme 05:

« Le temps.
Le temps est une théorie négationniste qui revendique son appartenance à la mémoire. Une sorte d’apparat qui serait comme un instant figé. Le dernier message d’une ultime sensibilité anonyme. La panoplie ringarde d’un dimanche de fiançailles à la con, qui ne serait ni écrit ni filmée, juste en téléchargement gratuit dans l’espace tridimensionnel individuel. Ça fait chier ce genre de souvenir, personne n’a envie de finir en sépia le restant de sa vie avec un sentiment de vieillerie franchouillarde.
On en fait ce qu’on veut du temps, mais la plupart de lui-même il gagne son grade à s’essayer mieux que quiconque. On n’en revient jamais de ce truc là, à peine pour y raconter la vie que les autres avaient pendant que la notre s’effaçait lentement. Mais pourtant, on a le sentiment que ça pourrait arriver encore et encore, sans jamais s’arrêter. Pire, on pourrait revenir encore plus en arrière et faire comme si les innovations des après-guerre n’avaient pas eu lieux. Ça pourrait marcher avec des lents cons comme des bites. Et je dis pas ça parce que je suis en fauteuil roulant. »

 

Etat d’âme 06:

« Il n’y a rien qui peut encore prédire l’avenir avec une certitude répréhensible, sauf peut être une anchois sortie de l’huile.
La matière grasse conserve, surtout si elle est à l’abri de la lumière et de l’air. Et, semblerait-il, le gras est un possible précurseur du futur prédictif. Reste que les populations ne seront pas égales, niveau cholestérol, il faudra tout de même aider les pays sous-développés à accéder aux lipides essentiels. Il apparaît avec évidence, que la mort de tout un chacun devra ressembler à l’éventration d’un BigMac sans la salade plutôt qu’une nuée ardente de chèvrefeuille en guirlande.
Moi je dis ça, je n’en sais strictement rien, m’enfin c’est tendance. »

©Necromongers

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