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La décortiqueuse

Elle était si brève dans l’acte que peu d’hommes arrivaient au bout de leur catatonie… si rare même, qu’aucun d’eux ne pouvait la séduire sans la peur au ventre… une fille difficile, comme il en existe autant auquel le terme aille vraiment.

Mais comme communément acquis, la peur ne se dissipait qu’après seulement quelques va-et-vient… quand l’adultère lendemain était au bord de la faille temporelle, et que pantois, l’homme devait encore se finir seul, par courtoisie.

Les filles difficiles, il connaissait ça. Mais aussi pointilleuse à l’acte, aussi spongieuse à l’émotion pas très bien. Les habitudes ne périssent qu’un temps, celui nécessaire à l’éventail de leurs proportions gardées. Et lui, ne s’était enfilé qu’un mannequin chatouilleux de la viande à crue, pas plus liquoreuse qu’une âme de sangsue. Il restait perplexe, le sexe à l’air, la tendinite encore souillée par l’effort.

Les femmes faciles, il connaissait aussi. D’ailleurs, celle-ci lui faisait l’impression des deux, une fille facilement difficile à l’emploi. Une bourrique étriquée qui manipulait le chibre par ses osseux orifices avec une certaine pression d’exercice. Pas vraiment le temps de jouir avec cette raboteuse de fond. Pressée de se nécroser le citron, elle ne pédalait dans la semoule qu’après s’être essorée elle-même. Du coup, il fallait encore se forcer sans plaisir à lui donner un autre des siens, l’astiquage sur viande chaude.

Jeannine, puisque c’était son nom, lui pratiqua le démembrement décalotté d’une puissante allée et venue avec une dextérité maintes fois usitée. A trop médire de ses infortunes, on finit quelquefois par oublier le point de non-retour, et le plaisir qui monte malgré tout. Cela aurait été moins loquace si en plus elle était restée de marbre… mais son regard de braise et sa bouche entre ouverte ne laissait rien présager de placide. Tirant à sa demeure, son sexe au prépuce de son lyrisme buccal, elle effleurait en rythme avec ses lèvres son allant frénétique… ses yeux dans les siens. Elle avait joui avant lui, aussi rapidement qu’un serpentin de carnaval, mais son autre main pris quand même la direction de son entre jambe.

Elle naviguait en eaux troubles jusqu’au bout des doigts la Jeannine. S’agitant du bout des ongles au long des phalanges… accélérant, décélérant, d’un phallus au con, sans perdre la dimension du braquemart qu’elle suçotait d’un coin de langue. Elle n’avait pas son pareil pour activer le soubresaut préliminaire. D’ailleurs, lui-même, n’ayant pas d’autre activité placée en bourse n’avait pris aucune option sur le dividende à verser… mais d’une courte réflexion sur son action en manque de contrôle, il commença à se laisser envahir. Jeannine limait son dard comme une chienne mange un bout de lard, et se tordait l’hymen comme on viole une bourgeoise. Grégoire, car c’est ainsi qu’il s’appelait, fut pris de spasmes divergents. De jets nonchalants, pendant qu’elle s’envoyait la vulve en enfer, il lui inonda le visage et le fond de la gorge par semonces rapides et franches.

Il reprenait son souffle tandis qu’elle retrouvait haleine. Tous deux affalés sur la moquette marquée par leurs ébats. C’était un fait, elle était si brève dans l’acte que peu d’hommes arrivaient au bout de leur catatonie… mais bordel, ça valait le coup de se dépouiller la limande ! Et en plus… thé et petits gâteaux après le régal étaient faits pour lui donner la main leste au porte-monnaie.

Grégoire se tapait Jeannine régulièrement, tout à fait dans les règles, et pour pas cher en plus… juste de quoi vivre avec elle… de temps en temps.

©Necromongers

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[ça repousse]

Il y a cette pile monstrueuse de magazines de mode, de santé, de machin people et autre géographie mondiale. Moi je suis venu pour mes dents.

Je ne sais pas si c’est l’heure ou le jour, mais bizarrement je n’ai jamais vu autant de monde ici. J’ai un peu d’avance, mais je suis pressé d’en finir.

[ça pousse]

Ça sent drôle. Comme du camphre au fluor et des marées d’eau de cologne. Mes voisins et mes voisines le sentent tous. Je me dis que c’est peut-être ça le bonheur, même avec des dents pourries on peut puer bon de la gueule et des aisselles.

De tic-tac en épluchage de pages, et de fond d’oreillettes en glissement de doigts, l’atmosphère s’alourdit dans le calme. Personne ne regarde personne. Comme si on était tous un peu sale. On est là pour la même chose, des trucs louches dans nos bouches, des machins dans le vagin.

[ça pousse]

Je prends une revue au hasard, sans regarder, avec la peur de croiser les yeux de quelqu’un. Merde, Voici. C’est le truc con ces rassemblements chez les regroupements de professionnels. Unir un dentiste et une gynéco, tous vos problèmes de bas en haut. `

Evidemment, c’est la pleine mixité entre les chaises. Ça ne fait pas trop de cas pour savoir qui va voir qui, hormis les filles. C’est sale de partout une fille ? Les hommes sont des porcs, d’accord, ça, on nous le répète assez en ce moment, mais une fille ? J’en sais rien et je m’en fous. On se sent sale d’attendre comme ça. A se regarder faussement, rapidement, sans se questionner du fond de l’œil, sans chercher à se reconnaître, au fond de l’autre.

[ça pousse]

Voici. Quelle merde. Tiens. J’ai 15 minutes d’avance. Tout ce bouillonnement silencieux me donne envie de visiter les WC. En tout bien tout honneur, pétri d’une immense gloire sans gène, et plein d’un courage que peu pourraient qualifier d’arriviste, je me lève promptement sans mot dire, et pars chier avec mon Voici.

[ça pousse]

Problème épineux, c’est occupé. C’est un peu la valse des commodités chez les indignés de la prostate hors de chez eux. Y’a pas d’âge légal pour être en concurrence des intestins ou de la vessie chez les rageux.

Je n’ai vu personne sortir de la pièce depuis mon arrivée. J’en conclus bêtement que c’est une entrée en matière prévisionnelle, ou un caca de force majeur des docteurs.

[ça pousse]

Des enfants font la comédie pour supplanter mon besoin élémentaire. Ma sociabilité primaire fait office d’un constat, qui m’appelle à rediriger mes calculs binaires sur l’éventualité d’un fondement expiateur prioritaire.

[ça pousse]

Je cède ma place et mon Voici. A mille lieux de penser que les minutes tournent elles aussi. Oubliant momentanément mon mal de gencives. Mais je le sens bien, ça piétine derrière. C’est de ma faute. Mon avance c’est du retard que j’ai perdu chez moi.

[ça pousse]

Je suis désoeuvré. Ça rentre et ça sort du cabinet, pendant que moi je bataille avec mon ventre dur et mes gencives de porc. Je fais de la politesse sociale. Si je sens bon de la bouche c’est une erreur de casting, bientôt je vais faire mon coming prout.

[ça pousse]

Et puis soudain, le drame. La porte des deux cabinets s’ouvre, mon nom prononcé à haute voix. Ebranlé par la surprise, je sers dents et fesses. J’hésite. Le désarroi. Je n’ai rien vu passer, ni senti venir, c’est mon tour, mais lequel choisir ?

Voici n’en parlait pas. Même pas un potin sur l’horoscope. Rien que du temps perdu. Mon toubib s’impatiente. Voici passera de main en main, même pas pour les chiottes. Pourtant, les lendemains sont les mêmes pour tout le monde… fait chier.

[ça repousse]

 

©Necromongers

>>{^^Bonjour Mademoiselle^^}<<

̶  Bonjour mademoiselle…

̶  ON DIT MADAME!

̶  Ah pardon, je serais intéressé par votre 06.

̶  MAINTENANT C’EST UN 07!

̶  Ok euh, vous êtes jolie vous savez.

̶  LA BEAUTÉ NE S’ABORDE PAS DANS LA RUE! C’EST SEXISTE!

̶  Et les compliments c’est sexiste?

̶  VOUS ME FAITES DES AVANCES!

̶  Non désolé j’ai pas de monnaie là…

̶  VOUS ME PRENEZ POUR UNE PUTE?

̶  Mais pas du tout j’essaye de lier la conversation.

̶  VOUS VOULEZ ME VIOLER?

̶  Hein? Mais non je vous trouve attirante et je…

̶  SI VOUS ESSAYEZ DE VOUS FROTTER CONTRE MOI JE CRIE!

̶  Mais pas du tout enfin, j’essaye juste de vous parler, et…

̶  C’EST DU HARCÈLEMENT!

̶  Je conviens que la méthode est plutôt naze et un peu beauf mais…

̶  VOUS ESSAYEZ DE ME DRAGUER!

̶  Oui, euh, oui je tente une approche en effet.

̶  VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT!

̶  Ah bon? Je ne peux pas parler à qui je veux dans la rue?

̶  C’EST DU HARCÈLEMENT!

̶  Mais vous n’avez que ça à la bouche enfin!

̶  QUOI? VOUS ME FAITES DES AVANCES SALACES?

̶  Je… mais enfin, non! C’était votre phrase là, votre truc que vous répétez…

̶  VOUS ME PRENEZ POUR UNE CRUCHE? VOUS ME DÉNIGREZ PUBLIQUEMENT? MACHISTE!

̶  Vous hurlez tout le temps quand vous parlez à quelqu’un?

̶  C’EST DE LA DÉFENSE ÉLÉMENTAIRE PUBLIQUE.

̶  C’est super intimiste comme méthode, vous êtes seule dans la vie alors ?

̶  C’EST DE L’HUMOUR ?

̶  Non, j’ai abandonné le cynisme depuis qu’on ne peut plus aborder les gens dans la rue.

̶  LÀ C’EST DE L’HUMOUR !

̶  Non c’est du cynisme, mais dans l’ensemble c’est kif kif.

̶  JE COMPRENDS PAS.

̶  C’est bien ma chance tiens, bon je m’excuse, j’arrête de vous importuner, je vous laisse.

̶  JE SUIS PAS ASSEZ BELLE POUR VOUS ?

̶  Faudrait savoir ! Ma petite intrusion vous intéresse ou pas ?

̶  J’AI ÉTÉ À L’ÉCOLE DU FÉMINISME !

̶  J’avais capté le concept. Et ça empêche d’être désirable, de se faire trouver belle ou de se faire aborder?

̶  C’EST UNE HISTOIRE DE RESPECT, DE DISTANCES, D’ÉGALITÉ ET DE BIENVEILLANCE !

̶  Ah. Donc accoster quelqu’un pour lui parler c’est de l’irrespect et de la malveillance ?

̶  VOUS M’AVEZ DEMANDÉ MON 06.

̶  Et je m’en suis excusé ensuite, essayant d’entrer dans la conversation avec plus de tact.

̶  VOUS M’AVEZ IMPORTUNÉ !

̶  Et sinon, même après des excuses, j’ai le droit de penser que votre ton démesurément agressif n’est pas trop bienveillant ? J’allais vous quitter, vous me renchérissez au lieu de me laisser partir, c’est quoi votre problème avec la communication?

̶  J’AI LE DROIT QU’ON ME LAISSE TRANQUILLE !

̶  Oui, je vous l’ai proposé mais vous ne voulez pas, sinon vous m’auriez laissé partir. Je vous plais ?

̶  ÇA N’EST PAS LA QUESTION.

̶  Hein ? Mais si justement ! C’est toute la question de notre conversation. Et vous l’évitez tout en continuant d’accepter qu’on discute en me disant que c’est grossier selon vous.

̶  Vous me trouvez grossière ?

̶  Beaucoup moins… beaucoup moins depuis que vous avez bien voulu communiquer…

̶  Je m’excuse. Je m’excuse d’avoir été désagréable.

̶  Non. C’est moi le vrai con. J’ai usé d’une chose qui fait que nous sommes tous piégés. En vrai, j’ai juste besoin de partager des choses avec des gens.

̶  J’ai envie alors. J’ai envie de partager des choses.

̶  J’en étais sûr. T’as un 07 ?

 

©Necromongers

 

 

 

 

Paris. 2187. PM 14 :15

Marc : L’homme est souvent décevant, mais régulièrement surprenant.

Yann : Et la femme ?

Marc : La femme se bat, elle n’a pas le temps de se négliger.

Yann : Pourquoi, elle se négligeait avant ?

Marc : Elle n’en a jamais eu le temps, mais certaines ont cru bon de nous ressembler pour nous renverser.

Yann : Et… ce n’est pas souhaitable ? Nous ne le méritons pas ?

Marc : Bien sur que si, nous méritons tout ce qui peut nous renverser.

Yann : Mais ?

Marc : Tu crois que les problèmes du monde sont réglés de la sorte ?

Yann : J’ai l’impression que tu ronges ton frein, je me trompe ?

Marc : Tu poses trop de questions. Aide-moi à mettre la table quand tu auras fini la vaisselle, il faut que je passe l’aspirateur.

©Necromongers 2017

Chez JAKMY (histoire vraie d’un dimanche matin)

La cinquantaine, cheveux grisonnants mi-long mèche au vent, lunettes sans bords (c’est pas bon les bords, ça enferme les yeux), fume clope sur clope devant un café et un verre d’eau.

On est chez JAKMY, hôtel resto bien français du cru de la Dordogne, planté sur un rond-point de zone industrielle. Ici on gicle les miettes de la toile cirée des terrasses d’un revers de main et on pose son canard sur les ronds de café pas essuyés. Quand tu reluques la qualité de l’hygiène des chambres, tu ne sais pas si tu dois faire le rapport avec la patronne, une énorme masse molle de partout avec un sourire grassement enjôleur. Pour la cuisine je n’en sais rien, pas eu l’audace d’intenter un procès à mon bon goût. Mais la tenancière et l’endroit sont prisés par une marge de moyenne fortune peu regardante.

Le brouhaha continu des voitures qui s’enfilent, ne se laissant que la priorité de s’engueuler par grands gestes mégalos de doigts tendus vers les inconnus, égaye le balayement des klaxonnes en bras d’honneur.

Il est perdu mon schizo. Se balance d’avant en arrière sur sa chaise en plastique, affirmant du bras, d’un index tendu, des vérités à voix haute pour lui-même. Des fois il se tient le front et perd ses yeux sans bords au fond de sa tasse vide. Il se lève, abandonnant son chef lieu de comptoir, et entame le tour du rond-point à pied. Il traverse sans regarder, fait demi-tour au Gamm Vert et se fout des claques sur le retour.

La voiture publicitaire du cirque Zavatta passe deux fois hurler ses numéros à base de super héros et d’animaux bientôt interdits au spectacle. Je les ai vu, ils sont plantés plus loin, sur une étendue d’herbe entre le LDL et un resto chinois. Mais le cirque est ici, dans le préambule d’une dialectique sermonnée à soi-même, au grand jour, sur un rond-point de la zone.

Il déplace et replace plusieurs fois son verre d’eau entre les ronds sales, s’explique qu’il a quitté Paris et un boulot à 500 balles pour venir parler tout seul ici. Il a commandé deux cafés, bu un litre de flotte, et à plusieurs reprises insisté du regard à ma table.

Et puis s’il me regarde ce n’est pas pour parler, c’est pour faire vivre son monde extérieur. Mais moi je suis plongé dans le cosmos du spectateur qui tisse du mensonge à l’aveuglette sur un bout de papelard. Ce n’est pas lui qui m’intéresse, c’est son atmosphère. La même ironie galopante que l’engluement stratosphérique du lieu fait ressortir. Ça colle à la nappe, aux vieux rideaux des années 70, aux tapisseries gluantes et colorées tout droit sorties d’un hôtel inquiétant avec Jack Torrance. Le formica du bar est plus propre que les chiottes de l’étage sur le pallier. Les chambres en sont aussi pourvues, mais la marque des trous qui laissaient pendre un vieux rideau devant le trône chimique est désespérément en attente de toile plastique. On regarde sa moitié se défraîchir le cul dans les yeux, avec ce plaisir mondain qui caractérise si bien nos envies ardentes d’une nuit d’hôtel.

Il tape plusieurs fois du doigt très fort sur la table, se lève et se rassoit de nombreuses autres. Les habitués remplacent d’autres réguliers de tables en nappes acryliques. Les psychotiques et les schizophrènes c’est pour moi, c’est mon lot quotidien. Au hasard du rien, dans l’espace improbable du destin en mode chargement, comme une lampée de coïncidence aiguë qui trime pour se donner rendez-vous quand il faut, ils me saignent le présent. Il se tape le front à espace modéré en criant en sourdine « NON, NON, NON ! », et reboit une gorgée de café. « IL NE FAUT PAS ! ».

Et puis il se lève pour partir enfin, après avoir sorti nonchalamment un billet froissé par sa poche, et quitte le rond-point.

Des lieux comme ça en France il y en a des milliers je suppose. Des endroits du néant, des claques de sauvetage en rond-point qui proposent des bouges mal lavés, empoussiérés, à l’hygiène douteuse, mais sans les putes.

J’ai fini mes grands cafés moi aussi, je dois attaquer le dimanche par la visite d’une propriété de Bergerac, et tout goûter pour savoir ce que j’achète. Et en chemin, je pense que je m’arrêterai de temps en temps pour pisser dans la nature en repensant au schizo de ma taule à pioncer, et me disant très sincèrement, que pour mon deuxième arrêt chez JAKMY en 4 ans, j’y reviendrai peut être finalement, pas par dépit cette fois-ci, mais par un intérêt prononcé du naturalisme humain.

 

©Necromongers

(photo: moi-même)

 

 

 

Histoire Écourtée 16: (La course)

Le souffle était court. Un battement sur deux ne savait plus que le sang ressourçait son oxygène. Les arbres dansaient comme un rêve narcotique. Ce n’était pas la pluie qui glissait sur son corps et trempait sa chemise. Quelquefois, des branches venaient gifler son visage. Ses jambes couraient toutes seules, avec une volonté affolée. La douleur trouverait d’autres instants plus propices pour se manifester. Derrière lui, l’expiration de l’air s’étendait sur des centaines de mètres. Devant lui, aucun but précis, si ce n’est de garder les yeux ouverts.

Son pied accrocha une racine bien ancrée, faisant trébucher son regard sur le sol. L’air eu peine à poursuivre son chemin avec toute cette terre qui lui barrait la bouche. Pendant quelques secondes, l’oxygène ne savait plus que les battements existaient. Le retour à l’envoyeur. Quelque chose lui tira les cheveux en arrière. Il prit une grande respiration encombrée, s’étouffa un peu et recracha de l’humus. Reprendre ses esprits, le temps de sentir un froid glacial sur sa tempe.

Quand le coup retentit, une flopée d’oiseaux s’envola en nombre, faisant résonner le bois d’une vie jusque-là silencieuse. Leur souffle était court. Un battement sur deux ne savait plus que le sang ressourçait leur oxygène…

©Necromongers

Sans feu tout crame (la petite histoire de l’ubérisation du monde).

« On devrait bannir les idées qui n’ont rien à dire, juste pour voir si elles se défendent sans chargeur. »

 

« Depuis que le monde est monde l’homme se prend pour un homme, alors que l’homme est immonde depuis que le monde sert l’homme. »

 

Exercice : En partant de ces deux postulats ridicules, impopulaires et improductifs, imaginez un monde meilleur qui n’aurait rien à dire de mieux que des idées d’humains sans intérêt.

Rédaction:

Bien malgré lui, et avec toute la détermination qui pouvait l’accompagner, l’homme ne découvrit finalement pas la technique du feu.

Ce n’était pas faute de chercher à comprendre, mais hormis la capture de flammes lors d’incendies provoqués par la foudre, il ne fut jamais en capacité d’en structurer le processus de fabrication, ce boulet. Ceci limita fortement son développement, il ne put se chauffer comme il le voulait, continua à manger régulièrement cru en déplacement, ne put se constituer l’armada d’armes en conséquence, les outils et la lumière lui manquèrent même pour avancer, et je ne parle pas de Jeanne D’Arc que l’ennui de ce monde empêcha bêtement de naître.

L’homme resta limité dans sa croissance. Les croyances furent autres. Les prophètes furent des sorciers et le feu la divinité officielle par défaut. Pendant des millénaires, l’homme resta à un niveau si inférieur à la nature qu’il prit la peine d’en faire sa déesse de la sagesse. Chacun vivait au rythme simple d’une loi sans appel entre les êtres, les plus forts et les plus malins survivaient, les plus faibles ne faisaient pas long feu (l’expression date sans doute de cette période trouble).

Mais un jour un miracle se produisit (les sorciers n’en faisaient pas, c’était des losers de la bonne parole). Alors qu’en dépit des dangers que l’homme devait combattre chaque jour durant, un sorcier plus malin que les autres sorti du rang. Il trouva un liquide noir (ne me demandez pas où et comment, c’est un peu son secret on va dire) qui lui permettait d’emprisonner le feu et se déplacer avec partout où il allait. Il devint rapidement une sorte de Messie de la lumière, prêchant la parole éclairée en parcourant le monde.

Conscient des risques de sa trouvaille, et des possibilités néfastes qu’elle représentait, il accordait une grande importance à ne pas partager son huile. Son message d’amour, de tolérance et d’humanité (moderne pour l’époque) lui valut la convoitise de sa découverte.

Voyant que les hommes se comportaient comme des harpies, et tentaient de s’organiser pour renverser sa notoriété, il péta grave un plomb un jour de marché. Il envoya tout promener, renversa les étales, distribua des pains, remit toute l’existence en question, et au final s’attira la déconvenue du peuple et les foudres des chefs de clans, mais ça fit le buzz.

L’histoire n’a pas bien fini. Comprenant qu’il détenait un certain aplomb et ralliait à sa cause une ribambelle de sauvageons pure pop prêts à le suivre, périclitant le pouvoir déjà si servile à étendre et à se faire admettre, il fallut trouver une astuce pour s’en débarrasser. Il fut accusé de belligérance anti-développement, de passéisme réactionnaire et d’entrave à la loi du talion pour tendre l’autre joue avec provocation (ça se fait pas, on doit toujours en prendre une sans s’y attendre).

Considérant qu’il en avait trop fait pour l’époque (précurseur c’est un métier à risque), le sorcier et ses dix slips prirent l’affront comme une aubaine (comme une réduc à la boulangerie Copé, mais avec du charisme). Et donc, ce qui devait arriver arriva. Après avoir concocté un apéro dînatoire méchamment hipster, délibéré sur de fadasses métaphores qui pouvaient finir de le faire entrer dans les esprits, il bu un canon et rompu un bout en déconnant sur le cannibalisme et le vampirisme, promit de revenir quand ce serait plus calme. Il accepta de se rendre sans se faire prier.  L’histoire ne retiendra rien de cet épisode de l’ubérisation du monde, à part peut être le fait qu’il fut condamné à la peine capitale, saisi par l’effroi d’une envie passée outre, il tituba sur l’incertitude d’avoir besoin d’un service rendu (la faute au pinard à 9°), personne ne le revit jamais…

 

Et depuis, le couvre-feu a été décrété pour chaque mise à l’écart du discours général, on vit encore à des lustres de nos besoins, car depuis toujours ce qui compte avant tout c’est l’envie d’en avoir qui ne servent à rien…

 

Evidemment, bien plus tard, sa découverte tomba entre les mains d’ignobles sociétés secrètes qui rendirent le monde en proie à la guerre et au sang. C’était quand même autre chose qu’un Messie accroché à une croix pour lequel on inventa des fables à lire sans en être sûr sur parole… un peu comme les lobbys et les trusts d’aujourd’hui.

 

Morale : Si jamais l’histoire disait de nous que nous avons su évoluer, dans un sens comme dans l’autre on attend encore que quelqu’un d’autre mette le feu… en attendant, nous, on crame d’imprudence depuis qu’on maîtrise le pétrole.

 

©Necromongers

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Histoire écourtée 15: (Le naufragé)

Le bateau n’avançait plus depuis maintenant deux heures. Le moteur tournait à plein régime mais un contre-courant lui imposait un surplace très bizarre. Tellement étrange que selon la direction prise celui-ci changeait de sens et bloquait l’embarcation dans n’importe lequel d’entre-eux. Tout ça ne tiendrait pas longtemps. L’engin commençait gravement à monter en température et pouvait lâcher d’une minute à l’autre. Le risque d’être emporté sans contrôle ensuite se mesurerait à la force de l’eau. En se penchant un peu on apercevait sous la coque un tourbillon inerte, dont la puissance des ondes concentriques s’annulait. Je n’étais pas très doué en physique mais je trouvais la chose impensable, un tourbillon doit au moins faire tourner ou aspirer, pas juste empêcher d’avancer. En résumé, les solutions manquaient et la logique en prenait un coup. Un peu comme la situation dans laquelle je me trouvais, propulsé au milieu de l’océan par un cyclone fantôme arrivé de nulle part me déposant n’importe où.

La machinerie céda subitement, comme une ampoule cesse d’exister après des milliers d’heures… dans un flop bruyant et enfumé. Une ambiance atmosphérique brûmeuse et prévisible me plongea dans un nuage d’incertitude programmé… et le bateau commença à chavirer. Milles lunes n’auraient pas suffi à expliquer, des centaines de couchers de soleil non plus, pourquoi le temps s’était retenu avec un certain mépris. Ni la véritable explication de mon rapt par un typhon, du passage d’un monde à un autre sans raison. Ni le fait que mon corps s’était rigidifié, tout autant que mon look capillaire avait remplacé mes longues mèches avec prise au vent par une coupe au bol ornée d’un tube dépassant de ma tête.

« A TAAAAAAABLE ! » hurla la mère de Jonathan, qui prit soin de couper le robinet de l’évier avant d’ôter ses playmobils.

©Necromongers

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Histoire Écourtée 14: (La publicité)

Il prend le flacon indice 60 et injecte au spray une énorme noisette huileuse de son contenu dans le creux de sa main. Le sable, déjà immiscé partout sur ses pores lui fait la sensation d’un massage granuleux au contact du liquide gras et protecteur. Il faut bien passer entre les plis et soulever la chair molle. Le soleil frappe aussi intensément qu’une lame de fond sur le coin du museau, sans l’effet fraîcheur après coup. Ça sent le beurre rance au collagène sur des kilomètres de rôtissoire. Les lunettes, les maillots et les poils meurent assassinés par les UV, assommés par la chaleur paralysante. Même se oindre est une torture, il faut régulièrement pénétrer dans une eau suintant la graisse des corps coulant pour espérer ralentir sa sudation. La mer est calme et plate comme le silence d’une forêt avant une tempête. Il n’y a pas de vent, l’atmosphère est lourde et pesante, même les enfants sont épuisés par leurs jeux.

Une lumière vive fixe la ligne d’horizon, un scintillement bourdonnant. Une légère brise se lève sans crier gare, quelques secondes qui viennent tirer les amassés d’une léthargie mortuaire. Le vent se fait plus fort et commence à brûler. Les badauds, soudain pris d’un élan commun, se ruent à la mer sous une houle devenue féroce. Des mouettes plongent en piqué, des transats s’envolent, des parasols s’embrasent, les enfants tous à l’eau sont les premiers touchés. Sous la chape d’air de braise le sable se mue et redevient verre, les chiards fondent, se dématérialisent.

Pendant quelques millièmes de secondes il se demanda si l’affiche « Finissez votre vie sous le soleil de Mururoa! Vos prochaines dernières vacances! »… n’était pas une publicité à caractère ironique.

©Necromongers

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Histoire écourtée 13: (La dernière carte)

La ferme intention de tuer les dernières heures de sa vie lui était passée par la tête. Ce n’est pas tous les jours qu’on a pareille occasion de mener à bien une mission suicide. Une volonté acharnée de trouver enfin les moyens d’en finir avait lentement germé au fond de lui. Sans penser à demain il fit le vœux de ne plus croire simplement, de compliquer plus que de raison les sentiments qui lui efforçaient de se maintenir envieux. En vieux et contre tout, le dernier acte patriotique à son fort intérieur, sa réponse à lui-même, sa manœuvre orchestrée décentrée sur son égocentrisme.

Son plan, tourné et retourné dans tous les sens, réfléchi de nombreuses fois avec sérénité ne lui accordait plus aucun doute, ça marcherait. Avec suffisamment d’obstination et de courage on ne peut pas se rater quand on a vraiment décidé de mettre un terme à  sa prison. Avec une détermination sans faille, un choix pesé loin de toutes concessions parasitaires, il enfila une veste et prit le chemin de son abattoir personnel. Il longea les bâtiments le long de sa rue, tourna à la première à gauche dans une minuscule impasse sombre et étroite, s’arrêta devant une enseigne lumineuse grésillante, jeta plusieurs fois un regard au-dessus de ses épaules, passa discrètement la main dans son intérieur poche.

Avec une abnégation et une résolution sans vague, et une large paire de couilles, il introduisit sa carte bancaire dans le distributeur et retira la totalité de son argent.

©Necromongers

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