Archives pour la catégorie Micro nouvelle

Histoire écourtée 15: (Le naufragé)

Le bateau n’avançait plus depuis maintenant deux heures. Le moteur tournait à plein régime mais un contre-courant lui imposait un surplace très bizarre. Tellement étrange que selon la direction prise celui-ci changeait de sens et bloquait l’embarcation dans n’importe lequel d’entre-eux. Tout ça ne tiendrait pas longtemps. L’engin commençait gravement à monter en température et pouvait lâcher d’une minute à l’autre. Le risque d’être emporté sans contrôle ensuite se mesurerait à la force de l’eau. En se penchant un peu on apercevait sous la coque un tourbillon inerte, dont la puissance des ondes concentriques s’annulait. Je n’étais pas très doué en physique mais je trouvais la chose impensable, un tourbillon doit au moins faire tourner ou aspirer, pas juste empêcher d’avancer. En résumé, les solutions manquaient et la logique en prenait un coup. Un peu comme la situation dans laquelle je me trouvais, propulsé au milieu de l’océan par un cyclone fantôme arrivé de nulle part me déposant n’importe où.

La machinerie céda subitement, comme une ampoule cesse d’exister après des milliers d’heures… dans un flop bruyant et enfumé. Une ambiance atmosphérique brûmeuse et prévisible me plongea dans un nuage d’incertitude programmé… et le bateau commença à chavirer. Milles lunes n’auraient pas suffi à expliquer, des centaines de couchers de soleil non plus, pourquoi le temps s’était retenu avec un certain mépris. Ni la véritable explication de mon rapt par un typhon, du passage d’un monde à un autre sans raison. Ni le fait que mon corps s’était rigidifié, tout autant que mon look capillaire avait remplacé mes longues mèches avec prise au vent par une coupe au bol ornée d’un tube dépassant de ma tête.

« A TAAAAAAABLE ! » hurla la mère de Jonathan, qui prit soin de couper le robinet de l’évier avant d’ôter ses playmobils.

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Histoire Écourtée 14: (La publicité)

Il prend le flacon indice 60 et injecte au spray une énorme noisette huileuse de son contenu dans le creux de sa main. Le sable, déjà immiscé partout sur ses pores lui fait la sensation d’un massage granuleux au contact du liquide gras et protecteur. Il faut bien passer entre les plis et soulever la chair molle. Le soleil frappe aussi intensément qu’une lame de fond sur le coin du museau, sans l’effet fraîcheur après coup. Ça sent le beurre rance au collagène sur des kilomètres de rôtissoire. Les lunettes, les maillots et les poils meurent assassinés par les UV, assommés par la chaleur paralysante. Même se oindre est une torture, il faut régulièrement pénétrer dans une eau suintant la graisse des corps coulant pour espérer ralentir sa sudation. La mer est calme et plate comme le silence d’une forêt avant une tempête. Il n’y a pas de vent, l’atmosphère est lourde et pesante, même les enfants sont épuisés par leurs jeux.

Une lumière vive fixe la ligne d’horizon, un scintillement bourdonnant. Une légère brise se lève sans crier gare, quelques secondes qui viennent tirer les amassés d’une léthargie mortuaire. Le vent se fait plus fort et commence à brûler. Les badauds, soudain pris d’un élan commun, se ruent à la mer sous une houle devenue féroce. Des mouettes plongent en piqué, des transats s’envolent, des parasols s’embrasent, les enfants tous à l’eau sont les premiers touchés. Sous la chape d’air de braise le sable se mue et redevient verre, les chiards fondent, se dématérialisent.

Pendant quelques millièmes de secondes il se demanda si l’affiche « Finissez votre vie sous le soleil de Mururoa! Vos prochaines dernières vacances! »… n’était pas une publicité à caractère ironique.

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Histoire écourtée 13: (La dernière carte)

La ferme intention de tuer les dernières heures de sa vie lui était passée par la tête. Ce n’est pas tous les jours qu’on a pareille occasion de mener à bien une mission suicide. Une volonté acharnée de trouver enfin les moyens d’en finir avait lentement germé au fond de lui. Sans penser à demain il fit le vœux de ne plus croire simplement, de compliquer plus que de raison les sentiments qui lui efforçaient de se maintenir envieux. En vieux et contre tout, le dernier acte patriotique à son fort intérieur, sa réponse à lui-même, sa manœuvre orchestrée décentrée sur son égocentrisme.

Son plan, tourné et retourné dans tous les sens, réfléchi de nombreuses fois avec sérénité ne lui accordait plus aucun doute, ça marcherait. Avec suffisamment d’obstination et de courage on ne peut pas se rater quand on a vraiment décidé de mettre un terme à  sa prison. Avec une détermination sans faille, un choix pesé loin de toutes concessions parasitaires, il enfila une veste et prit le chemin de son abattoir personnel. Il longea les bâtiments le long de sa rue, tourna à la première à gauche dans une minuscule impasse sombre et étroite, s’arrêta devant une enseigne lumineuse grésillante, jeta plusieurs fois un regard au-dessus de ses épaules, passa discrètement la main dans son intérieur poche.

Avec une abnégation et une résolution sans vague, et une large paire de couilles, il introduisit sa carte bancaire dans le distributeur et retira la totalité de son argent.

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Histoire Écourtée 12 : (Le testament)

Lentement, il replia sa feuille. D’abord en deux, puis encore une fois en deux. Il appuya très fort pour mettre bien à plat le papier deux fois replié. A l’intérieur, il le savait, se trouvaient ses dernières volontés. Bien placées, assez aplaties pour ne pas gonfler le monde avec ses velléités. Il glissa ses mots de la fin dans une enveloppe, en pensant idéalement qu’ils n’en sortiraient jamais. Il était aussi important de coucher ses maux et se plier à l’idée qu’on en prendrait compte juste en l’ouvrant une dernière fois, dépliant par deux fois chaque moitié.
Les courriers du cœur éternel ne s’adressent pas qu’aux facteurs, il y a des raisons qui vous font pleurer vos timbres. Il avait déjà saigné pour coucher quelques revanches personnelles sur un arbre pressé, fallait-il encore faire couler la résine de son corps? Chacun saurait très prochainement le sort que réserve la vie à ceux qui doutent de son existence. Lentement, il s’employa à refaire exister en lui les mots qu’il avait posé sur le carré blanc :
« Souvent, les gens sont choqués par leur propre conscience, plus que par les mots qu’ils dénoncent en être la cause. Je déclare ici même, être en pleine conscience de mes propos, en pleine forme et en pleine envie de vivre. Adieu. Je vous laisse à vos mortes pensées! »

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Une histoire vaine de l’araignée du monde: Mourir à la loupe

Je suis comme une mouche sur une toile d’araignée,

Je m’essouffle à gigoter, je peine à respirer.

J’ai le paradoxe de la liberté,

Je pisse sur la guerre et je fais la guerre à la peace.

Technique d’investigation instrumentalisée

D’une épique propriété évincée, la vie.

Je somnole rien que d’y penser,

Je ris rien que d’en parler,

Je m’amuse d’en penser rire,

J’en pleure de joie d’y croire pire.

Je ne suis qu’un idiot qui pense à tort

Pendant que certains ont raison d’espérer.

Je n’ai rien vécu qui soit pléthore

Suffisamment pour émettre la mort au nez,

Mais j’ai connu le fond de l’âme

Qui prête à tous la raison de pleurer.

Je m’en remets à la mort pour la vie d’une autre,

A l’accord entre la forme et la passion fondée,

Au désespoir calciné des amours maudits

A l’oracle enraciné du parcours des envies.

Je m’en remets, à qui veut me prier

A qui veut me parler, je l’écouterai jusqu’à la lie.

Tout autant que je sais oublier les paroles incomprises

Improvisant à ma guise les mots susurrés,

J’aimerais certainement entendre les frises

Des paroles haranguées, des formules convoitées.

Mourir à la loupe, comme la mouche agglutinée

Au passage d’une escarmouche le sommeil englué,

Je languis d’établir une forme de vérité

Une semence fertile, un champ d’éternité.

J’ai perdu plusieurs fois, l’avenir des réalités,

Je m’en remets aux liens, dictés par ma foi

La force d’un amour vivant plus que de raison,

Une unité de lois m’efforçant d’écourter la vie.

 

Publicité : Mourrez, mais mourrez mieux avec  « L’IDEE DE VIVRE ! »

                    La seule harmonie volontairement maitrisée,

                    L’unique  passion de vos soirées tardives !

 

J’ai compris que la mort n’était qu’un subterfuge de plus,

Une profonde  amitié avec la vie lui confère une sympathie d’attente.

La patience étant une limite bornée à s’éconduire d’elle-même

Il faut, en substance, écourter le temps de son verdict.

 

Flash info : Une tendance de plus en plus répandue, consistant à s’auto exécuter sans sommation préalable, fait de plus en plus parler d’elle. Cette activité, dont aucune loi ne fait rempart, envahit la planète comme une trainée de poudre. Les communautés de suicidaires (c’est le nom scientifique de l’acte) se multiplient sur le globe et la peur gagne peu à peu du terrain. Certaines régions du monde semblent épargnées, mais d’une façon assez générale le mal qui pousse à se tuer, le plus souvent dans l’anonymat le plus total, semble irrémédiablement prendre sa source au plus profond de soi-même. D’après nos sources, les scientifiques sont unanimes, les raisons les plus souvent constatées sont : un manque de confiance en la société, une estime de soi malmenée, une peur caractéristique du changement, une vision de l’autre manipulée par l’ordre moral. A ce jour, nous n’avons malheureusement pas pu rencontrer officiellement un représentant de la science, et le gouvernement n’a pas désiré s’exprimer sur le sujet.

 

Je suis comme une souche sur une rivière enflammée,

Qui navigue à perte, entre l’eau et le feu.

La tragique incidence, charriée par le fleuve,

Qui fuit la peste blanche, la terreur aveugle.

Quelque part, sur cette branche voguant

Se tisse une histoire, d’un fil de soi collant.

Les intempéries n’ont pas fait fuir l’habitant,

Solide embarcation virevoltant à flot sans couler.

Dans sa toile prisonnière, l’araignée retient le mystère,

Une vie fuyant la misère, une mouche prise au collet, délétère.

S’enfuir à la loupe, par un déluge torrentiel,

S’accrocher à la voûte, comme un élu providentiel.

 

Fin des programmes : (zoom sur les yeux de la speakerine)

Le monde a retenu son souffle une partie entière de la journée. Les visages se sont figés dans des bouches bée de fortune. Quand nous avons appris, par le plus grand des hasards anticipé, que l’araignée qui suspendait nos chaînes a cédé sa toile aux éléments. Depuis que nous savons être morts, nous sommes devenus vivants !

 

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Histoire écourtée 11: Premier baiser

Ses lèvres humides ne reposaient plus contre les siennes, et ses mains avaient déjà voyagé. Les vagues venaient briser leur unique baiser. D’un allant, d’un venant, la caresse lascive de l’étendue salée léchait leurs eaux prématurément lâchées. Tout disparaitrait surement, emporté par les tonnes de liquide s’abattant sur la grève. Sans compter les crabes, véritables éboueurs du littoral, assez performants pour ne laisser aucune trace de leur union. Mais nous n’en étions pas encore là. Il suffisait qu’ils se laissent aller un peu plus longtemps, juste de quoi profiter de ce dernier des premiers contre lèvres.

La mer ne s’en irait pas, s’écrasant sur leurs joues comme un ressac les poussant sans cesse l’un contre l’autre. Fabriquant par marée l’éternité d’une minute à jamais. Ces instants qui conduisent inexorablement à construire un passé sous silence, s’éprouvant par seconde comme une jeunesse de l’âme, d’une fougueuse éprise de sang montant la tour la plus solide du monde. Allongés sur ce verre microscopique aux allures de sable, déjouant les lois de la physique dans un chant d’enlacement, ils s’étreignaient pour la première fois. Ils s’étaient rencontrés pendant les vacances, rapprochés par petite touche et finalement avaient opté pour l’auto-stop le long de la côte. Depuis, ils se languissaient sur la plage, suintant l’un contre l’autre. L’accident s’était produit plus haut, depuis la falaise.

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Photo: Nathalie Mondot

http://nathalie-mondot.com/blog/

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Histoire écourtée 10: Le prénom

La pluie tombait à verse en frappant la vitre. Les essuie-glaces ne parvenaient plus à balayer le trop plein d’eau. La nuit menaçait de son approche, et les seaux de liquide qui s’effondraient sur le monde aidaient irrémédiablement les nuages à donner l’impression qu’elle était déjà là. Le ciel battait en retraite devant un écran de fumée diluvien, l’obligeant à lever le pied, suffisamment pour qu’un hérisson puisse le doubler. La visibilité permettait une souplesse d’à peine trois mètres, et le vent s’intensifiait dangereusement sur le flanc droit. Il tentait de maitriser son véhicule sur une route qui se couvrait d’une pellicule d’eau stagnante à une vitesse folle, quand une forte vague frappa la voiture côté passager. Comble de l’ironie, le voyant d’essence venait de s’allumer, sur la réserve. Réserve que lui ne contenait plus « MAIS C’EST PAS BIENTOT FINI CETTE CONNERIE ?!?!? ». L’engin glissait, les roues tournaient dans le vide, le moteur noyé suffoquait, son I-Phone sonnait. Sans regarder qui appelait il décrocha.

« ‒ ALLÔ ! Je suis pris dans un torrent d’eau ! J’ai quitté la route ! Je ne sais pas où je vais ! Je vois rien, il pleut, c’est inondé ! PUTAIN répondez MERDE !

‒ … ne quittez pas, vous allez être mis en relation avec votre correspondant… »

 

Pendant une seconde, peut être deux, il fût pris d’une éternité suspendue. Il dérivait toujours en flottant vers une destination inconnue, l’habitacle ne retenait plus ses fuites et se remplissait rapidement. Les codes grésillèrent et rendirent l’âme en claquant, le voyant indiquant un problème électrique s’illumina. Le déluge continuait de plus belle au dehors, des éclairs transperçaient quelquefois la voute grise du ciel trop bas. Il pensait sa situation assez critique et n’entrevoyait aucun miracle dans un futur proche, sans compter son envie de pisser qui montait autant que le niveau d’eau. Il n’avait jamais eu de chance avec cette voiture, et il ne s’était jamais mouillé dans sa petite vie, tout ça à 5 jours de son examen de la prostate. Activer la géolocalisation, le seul réflexe intelligent dès à propos qui tournait depuis 5 minutes dans sa tête. Juste avant de se rendre compte que sa ceinture, bloquée, l’empêchait de se libérer…là, coincé dans ce clapier à lapin, qui deviendrait peut-être un poulailler quand les eaux se retireraient, il lui semblait que, Noé, représentait sans aucun doute le choix le plus inapproprié de ses parents pour son prénom.

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Histoire écourtée 9: HO! HO! HO!

Le givre aux carreaux décorait les angles comme des stickers de Noël. Le feu crépitait dans l’âtre. Dehors, la neige ne cessait de tomber, recouvrant  les dernières pistes praticables. Le chat se tournait juste sur le dos, les pattes en l’air léchant le feu… quand un bruit fracassant fit trembler la chaumière et sursauter le matou. Dans un embrasement aspiré par le conduit de cheminée, les flammes furent avalées. A l’extérieur, une ambiance rougeâtre clignotante s’évertuait à exister. En passant un œil à travers la vitre on pouvait apercevoir la neige sanguinolente se répandre à une vitesse contagieuse. Des bouts de viandes et d’organes venaient rouler en rythme sur l’avancée de la neige carmin, juste avant 2 ou 3 cloches tintinnabulantes.

Même après avoir éteint la scie hydraulique, qui lançait encore des lambeaux de papiers et de chairs à travers le garage, les Rennes continuaient à renâcler en furie en glissant de façon compulsive sur la mare de sang au sol, quelque peu démembrés par l’accident. Des poils blancs immaculés en touffes collaient à des morceaux de visage éparpillés.  Le traineau en miette, empalé au fond de la remise, gisait sous une tonne de paquets déchiquetés pleins de couleurs. Personne à des kilomètres pour voir la scène, aucun témoin pour dévisager ce spectacle abominable. Le chat, curieux comme pas deux, s’était approché après avoir reniflé des bouts de cervelle çà et là, glissant entre les jambes de son propriétaire et s’asseyant nonchalamment entre elles. Au-dessus de la maison l’étoile du berger brillait, la pendule zébrée d’hémoglobine fraiche indiquait 22h24, le 24 Décembre. Cette histoire semblait assez mal barrée.

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Histoire écourtée 8: 365

Il replia sa tente quatre fois de suite. Le ciel presque étoilé couru de filandreux nuages, sous un quartier de lune apparaissant par élégantes séquences, ne l’aidait pas à la tâche. Les vieilles canadiennes ne rivalisaient plus avec rien, pas même encore avec l’envie de les utiliser. Comme cette nuit partiellement approximative, les astres l’éclairaient par une écorce de vie. Le vent malmenait le décor comme un fétu de paille, et donnait aux évènements les atténuantes circonstances du challenge d’arriver à se débattre avec sa toile dans la pénombre, ce qui n’avait rien d’une petite sauterie de complaisance.  Aucune histoire ne l’était d’ailleurs, pas même l’urgence d’y déroger à ce moment précis. Le jour le plus court, la nuit la plus longue. Une saison presque détestable pour le camping. Expliquer ce qu’il faisait là, au milieu d’une nature incertaine, revenait à admettre une théorie tout aussi imprécise.

Son paquetage emballé, une torche à la main, l’heure proche du soleil levant, il se dirigea vers le lac la peur au ventre. Il sentait le souffle dans son dos qui le poussait à s’en approcher plus près encore. Un hurlement lointain résonna, alors même qu’une éclaircie dégageait les étoiles un instant. Tout se passait comme prévu, son temps compté comme jamais. Il trébucha en courant, mettant un genou à terre, sentant derrière lui un feu l’irradier. Des cerfs, des biches, des lapins, des sangliers, des écureuils, des oiseaux et d’autres bestioles en tout genre courraient en tous sens. Il se releva et reprit en rythme sa course au milieu des animaux. A de multiples endroits le sol se dérobait sur des pics transperçant les bêtes les plus imposantes, des cages se refermaient sur les plus petites, les emprisonnant en suspension dans les airs. Ses pieds atteignirent la berge. Il se retourna. Le silence et le calme de la nuit le prirent par surprise. L’alignement des planètes se trouvait être exactement le même que l’an dernier à la même heure… à ceci près que sa mort datait de 365 jours en arrière.

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Histoire écourtée 7: Le virus

Il n’était ni puissant ni connu, seulement dans un ailleurs du temps. Un espace qui se languissait de lui autant que des autres, un réseau pour les personnes qui lui ressemblaient, éperdu des tentatives vaines et révolues. On dit ce qu’on veut si on a la chance de pouvoir s’en justifier, on pense ce qu’on dit si on peut le prouver. Il connaissait ce genre de châtiment. La résolution d’être plutôt que de devenir. Le sentiment d’appartenir au lieu d’arpenter pour y parvenir. Un roi dans son château sans perdre de bataille, une guerre à mener contre les vents qui défaillent. Quelques couleuvres à avaler, des chimères d’un lointain passé. Qu’importe, ici ou quelque part, nulle part et partout à la fois, la vie existait là où elle émancipait son esprit.

Au contact froid de son ami des doigts, il comprit soudain le sens à la vie. Celle à l’autre bout du clavier, s’efforçant de continuer à mourir à la bière et aux chips barbecue, entourée d’avatars à l’activité pitoyable. Il se laissa caresser d’une touche sensitive d’épiderme, et prit la décision qui s’imposait… le spectacle n’était pas de son goût. Un de moins, 7 Milliards en attente.

Son bonheur louvoyé, son nid choyé, son cœur harangué, il allait cliquer un « j’aime » salutaire sur un statut.  L’écran se mit à grésiller et balaya ses contacts d’un flop mystérieux avant de devenir noir. Une phrase s’afficha, comme tapée en direct par son propre moniteur :

 

« Les apparences sont souvent trompeuses, c’est celui qu’y dit qu’y est ! »

©Necromongers

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