Archives du mot-clé états d’âmes

Etats d’âmes (19) (20) (21)

Etat d’âme 19 :

« Il n’y a pas besoin d’être jeune ou vieux, ni de droite ou de gauche, ni croyant ou athée, ni travailleur ou chômeur, ni impliqué ou passif. Il faut être juste et vrai, honnête et intègre avec soi-même, le reste… on s’en branle.
On peut être déçu de tout et enthousiasmé par beaucoup de choses. Pessimiste sur l’avenir et avoir envie de vivre. Malmené au quotidien et aimer les rencontres. Convaincu par habitude et étonné par expérience.
Il ne s’agit pas de faire semblant pour paraître, ni de croire possible des choses que l’ont sait vaines. De vendre la peau de l’ours avant de se rendre compte qu’on n’aime pas chasser. De parler dans le vide devant des gens qui semblent vous écouter.
La vie ne rigole pas avec nous, elle nous tend des pièges tout autant qu’elle nous donne des chances inouïes. Elle est invariablement plus courte et plus longue, sans empathie pour notre vécu, et nous laisse influencer nos parcours en laissant gérer nos émotions.
C’est tout un problème dont nous sommes assez responsables, sans pour autant pouvoir tout maîtriser. On se fout bien de nous quoi… la vie, cette saloperie d’ado sans retenue, qui inonde notre volonté de n’avoir pas envie de grandir.

Evidemment, ça dépend des jours. »

 

Etat d’âme 20 :

« – Bon ben on aura rien foutu aujourd’hui, ça t’a plu?
– Oui c’était plutôt bien, j’ai apprécié.
– Cool! On se cale comme ça alors!
– Ah ben non, demain va falloir fournir un peu d’effort quand même!
– Hein! Mais pourquoi? T’a pas aimé?
– Si mais on peut pas faire ça tous les jours!
– Je comprends pas. Si on aime un truc on doit quand même changer?
– Je… oui, enfin non mais… on ne peut pas ne jamais rien foutre!
– Sans déconner? Alors si demain je gagne 1 Million au loto et que je m’habitue je dois quand même changer? C’est bizarre.
– Hein? Non mais au loto c’est pas pareil. Déjà faut y jouer, pis quand tu peux te payer tous les services c’est pas comparable.
– Bon ok, disons que j’adore les flans au caramel, mais demain je dois arrêter? C’est ça? Parce que faut pas faire perdurer les choses qu’on aime?
– Mais tu passes du coq à l’âne! Tu prends des exemples complètement opposés, le cheminement n’est pas le même.
– Le cheminement n’est pas le même… tu es en train de me dire qu’il faut gagner au loto pour avoir le luxe d’aimer tous les jours les flans au caramel?
– Non. J’ai pas dit ça.
– Ah tu vois! Tu veux m’embrouiller.
– Non plus, mais… enfin merde tiens, fais ce que tu veux.
– Je savais que tu me comprendrais… »

 

Etat d’âme 21:

« Le vide s’est inscrit un jour de pluie au séminaire de remplissage.
Il croyait pouvoir régler une bonne fois pour toute son infériorité en tentant de combler son manque par des informations en pagaille. Peu importe le contenu, la quantité primait.
Mais lors de l’inscription on lui donna un formulaire avec plein de questions qui parlaient de son intérêt sur le séminaire. Une fois assis, le vide contempla le questionnaire avec une dubitative expression de manque, car il fallait le rendre avant le début de la conférence…
Vexé, il se leva et ne revint jamais. »

 

©Necromongers

Etats d’âmes (16) (17) (18)

Etat d’âme 16:

« Je ne pense rien d’important.
Remarquez je ne suis pas le seul dans ce mélodrame.
Des tas de sans importance pensent. Des tonnes de sans identité non avérée font la même chose en douce. Des oubliés de la communauté du vivre avec ou sans. Les imaginaires de la république sans dents. Les protéiformes discontinus zélés par la réforme du néologisme ancestral l’ont déjà remarqué… nous ne pensons rien d’important.
L’illusion est grande. Si grande et monumentale, que même l’importance ne s’en est pas rendue compte. Alors vous comprenez bien que le sens a des raisons que l’oubli forme par trahison.
S’il fallait penser des trucs importants nous serions à l’avant garde des résolutions fantômes. Un genre de scénario délirant, une scène pour le bonus d’un film d’auteur venu du froid. Une marque sans abris, qui peinerait à trouver son rayon pour se promouvoir. Un caddie abandonné au milieu d’une jungle urbaine. Un parallèle à la symétrie identique.
Nous ne pensons pas l’important, car l’important est dans nos pensées. Nous n’osons pas penser car l’important est dans l’ordre établi. Nous ne pouvons pas déroger à la pensée de l’ordre car l’important est dans ce qui est établi. Nous n’essayons pas de pousser plus loin le chemin car le chemin nous montre déjà le sien.
Je ne pense rien d’important.
Vous devriez ne pas en faire autant. »

 

Etat d’âme 17:

« Le fiel est là. Comme un incident presque hasardeux.
Le hasard n’a rien à voir avec toutes ces conneries.
On devrait se rendre compte que réfléchir ne nous va pas du tout.
Bien affalés, achalandés dans nos petits conforts matériels.
Dave Gibbons l’avait bien compris en créant les Watchmen. Gorges Orwell aussi avec 1984.
Dans une moindre mesure, et avec une réflexion plus profonde, Clifford D. Simack aussi avec Demain les chiens.
Nous sommes devenus la légende des créateurs de science-fiction, leur emblématique rêve de transfiguration.
La science-fiction n’est plus. De jour en jour elle prend forme, lentement, mais avec une conviction résolument résonnante.
Je suis là, comme vous, à me demander pourquoi tout cela me dépasse. Et je prie dans l’ombre, des croyances auxquelles je n’adhère pas.
Nous pouvons tout faire, tout changer, tout espérer.
Mais ce n’est pas près d’arriver.
Car pour changer les choses, il faut se sentir dans l’obligation de le faire. Il est encore trop tôt, beaucoup de mal reste à faire.
Le bien ne viendra de nul part. Le bien est une attitude contre le mal. Le mal s’occupe de faire tourner le bien comme il lui plait. Et tous ces discours qui prennent le bien et le mal pour des entités maléfiques ou purificatrices, ne sont que des prétextes à faire patienter.
Bientôt des nouvelles plus positives, j’en suis sur. »

 

Etat d’âme 18:

« Je veux que vous sachiez que, rien n’est gratuit.
Ni le sourire, même en coin.
Ni le premier soir, même un matin.
Ni la gentillesse, presque catin.
Ni le don de soi, sincère dès demain.
Non, rien n’est gratuit pour la simple raison que la vie des autres nous paye la nôtre.
Nous sommes tous liés. Pas seulement par nos rencontres, nos désinvoltures, nos positions, nos partages. Non, nous sommes liés par le système.
Nos salaires financent toujours une grande partie de nos services communs. Je ne sais pas si cela va perdurer, mais, pour l’instant c’est encore le cas.
Nous sommes tous reliés. Par un truc qui nous dépasse, car il nous prend pour les autres. Le ferions nous de nous-même? J’en doute pour la majorité. La majorité écoute toujours la pensée du moment, certainement pas la voix de l’humanité.
Est-ce le meilleur système? Si on considère que la majorité fait ce qu’on lui demande sinon elle ferait autre chose ou serait perdue, rien n’est sûr. Que profite à la majorité ce que les autres peuvent donner qui la serve? Ouais, donc nous sommes d’accord… ce qu’on lui demande.
Je demande à la majorité de reconsidérer la gratuité de sa propre vie, pour revoir la valeur de celle des autres. Après tout, ce qui nous fait nous l’avons fait, ce qui nous rassemble nous l’avons accepté, ce qui nous guide nous l’avons voulu.
Il me parait tout à fait de circonstance de ne plus rester isolé, et de faire valoir son droit sur le devoir de vivre.
Je veux que vous sachiez que rien n’est gratuit.
Ni le vote,
Ni l’abstention,
Ni le blanc,
Ni le nul.
Rien n’est gratuit.
Ni Macron , ni Le Pen ne peuvent dire le contraire.
Juste que, quoi que vous fassiez, quoi que vous preniez comme décision, vous payerez, au prix fort, la somme allouée à votre condition. Le seul constat que je fais, c’est que la prise de position n’est pas une fin en soi. Il reste quelques milliards d’autres idiots qui ne savent pas pouvoir compter sur vous, alors qu’en définitive, personne n’a le choix.
Je veux que vous sachiez que rien n’est gratuit.
Rien.
Pas même le droit de ne pas y croire. »

 

©Necromongers

Etats d’âmes (13) (14) (15)

Etat d’âme 13:

 

« Quand j’entends parler de « l’argent de la drogue » ou de la corruption ça me fait rire. L’argent n’est rien, ça reste de l’argent. Un bonbon ou de la coke quelle différence pour l’argent?
Un billet n’a rien fait, ce qu’on en fait en revanche, devient ce que l’argent fait faire, des choses qui font qu’il ne sera jamais le bienvenu dans notre système… mais allez leur dire. Ils s’en foutent. Ils déterminent à l’avance le pourquoi du besoin de quoi pour qui, et qui doit, qui devra, qui ne peut pas, qui ne pourra jamais.
La drogue, la corruption, le soi-disant « argent sale » ne l’est que parce que l’argent existe. Ça ne rend pas la drogue propre, non, mais ça tend à rendre l’argent sale pour tout. Evidemment certains me sortiront les fameuses embrassades du couillon qui prône l’argent qui fait du bien, celui qui fait le bonheur par-ci et par-là. Mais rien que ça c’est accepter que l’esclavage se limite à la considération que l’on a des moyens de l’aide que l’on peut apporter… et l’argent fait de nous des pauvres ou des riches.
En conclusion, il n’y a pas d’argent sale, parce qu’il n’y a pas d’argent propre. L’argent est un système de caste. Une religion universelle. C’est d’ailleurs ce qui permet au monde entier de se développer, bien et mal compris.
Qu’il aille se faire foutre, lui et ses dogmes à la con. »

 

Etat d’âme 14 :

 

« Le vent s’essouffle comme nos envies, d’un blizzard à la bise, une petite cerise qui crie depuis sa mare.
L’étang se noie comme nos ennemis, d’un Gloups au Blurp, une minuscule bulle d’eau s’échappe.
Les saisons se barrent comme nos années, entre pluie et beau temps, une parcelle de seconde après l’autre.
Les amis passent comme la couleur au soleil, d’un vif au pâle, un tantinet trop rapidement.
Les projets s’évadent comme la peur, d’un Arg à l’Oups, d’une ironie presque sans effervescence.
J’ai envie de dire, que les projets d’amis fassent un étang de vent selon les saisons, et on redistribuera l’ordre pour ceux qui en veulent un autre.
Mais sinon, il nous reste à vivre.
Alors ne faisons pas semblant… bordel de merde! »

 

Etat d’âme 15:

« Tout ça n’a pas beaucoup d’importance.
Les murs sont tous les mêmes quand on doit les gravir. Les gens ne savent même plus franchir la moindre parcelle d’humeur qui leur est propre. On se parjure le long des trottoirs en croisant des insectes langoureux, qui sautillent leur joie de n’être rien au milieu d’une nature féroce.
Tout ça n’est pas bien grave.
Les opinions s’échangent comme les branches mortes, le vent fait pleuvoir les avis sans conséquence. Et puis un jour, le sang ne coule plus, ça casse, et l’odeur de sève sèche n’attire plus aucune vie. Mais on ne se lasse pas des trottoirs si chers à arpenter, sans désir, sans sang, sans vie, juste une enveloppe vide, comme un insecte hors de sa chrysalide.
Tout ça n’est rien de rien.
Le libre arbitre est singulièrement étouffé. Petit à petit, comme une écorce qu’on arrache lentement. On s’épluche, on se découvre, on se met à nu, à la merci de notre pire ennemi: la passivité. Et les trottoirs continuent de défiler, pleins de pattes bondissantes, d’âmes éperdues persuadées de vivre leurs choix… mais vous l’aurez compris…
Tout ça est sans intérêt. »

©Necromongers

 

Etats d’âmes (10) (11) (12)

Etat d’âme 10:

« La vertu idyllique des likes emmène nos songes dans un ailleurs qui nous fait regarder les écrans sans discontinuer.
« Miroir dis-moi qui est le plus beau? » Mais le miroir ne répondit pas. Il sema un trouble aussi nécessaire que ravageur, en laissant le reflet prendre son temps pour transparaître de vide.
Le nombre d’amis ne nous dit rien sur leur valeur à appliquer un format déjà décidé par les réseaux. On peut être asocial star, anti-système VIP, rien, rien de prédit si la marche à suivre se souviendra du cours d’eau qu’elle doit emprunter.
Il ne reste que l’avis des autres qui donnent leur vie aux autres.
On peut s’aimer, s’aider, se croire, se faire confiance, se protéger, s’ovationner… le cœur n’en reste pas moins vide, et les gluantes rapacités orgasmiques de l’onanisme peuvent demeurer en berne.
Foutue époque.
Pauvres loques. »

 

Etat d’âme 11:

« Le torrent des ciels est comme les vents qu’il consomme, une auréole sur les glaciers silencieux.
Aux autres il n’y a que la potentielle émotion, des ennemis de l’impossible dans l’alentour des songes malléables. Des synonymes à l’emporte-pièce, une symbiose d’élégance, un genre de fiel biologique.
Jamais nous n’aurons conscience des évasions qui suintent, des oraisons qui dégoulinent, des excréments qui s’expatrient par intolérance de leurs conduits névrotiques. Et pourtant, la vie continue de se déverser sans vergogne.
Merde, et re-merde pour tout ça.
Chiotte, et chiotte encore pour le reste, silencieux, généreux de vide.
Les oiseaux peuvent crever, la nature agonir, le vent sera toujours de plus en plus chaud, et l’avenir de moins en moins beau. Mais le silence, lui, sera toujours gagnant.
Etre beau ne sert à rien sans l’assurance qu’il en reste pour quelque chose. »

 

Etat d’âme 12:

 

« Effacé comme une huître pendant un devoir de mathématique, il sécha la première question pour passer à la dernière. Il faut dire que le vent n’était pas de la partie, hurlant ses plaintes jusque derrière les vitres simples. Elles vibraient légèrement quand les rafales séchaient l’hypoténuse de la racine carrée sous le mastic.
De toute façon cette matière l’emmerdait. Rien que de remplir une case le faisait chier. Répondre à un questionnaire lui pompait l’air. Imaginer des pronostiques chiffrés l’écœurait. Compter, multiplier, diviser, additionner et soustraire le faisait vomir jusqu’à la somme.
S’il fallait un jour travailler, nul doute qu’il envisagerait une profession où l’argent n’avait pas le dernier mot… cela s’appelait Pole Emploi, sauf pour les fins de mois. »

©Necromongers

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Etats d’âmes (07) (08) (09)

Etat d’âme 07:

« Rien n’est jamais trop tard pour ne rien avoir à faire avec ce qui dérange. Même si on ne peut pas tout envoyer se faire mettre en flaque comme ça, du jour à hier, il est facile d’y remédier en allant joyeusement pondre un avant goût de ce qu’il se fera de mieux demain. Les solutions miracles n’existent pas, les problèmes solubles non plus. Il faut malaxer les interventions d’idées, mélanger les émanations d’intentions, et, sans aucun doute, pérenniser les accalmies d’excitations.
Moi je dis tout ça, je n’en fais pas la moitié, mais en définitive, n’est-ce pas le moins important? Ce qui compte c’est d’imaginer les bonnes choses, les envisager, leur donner une couleur et une vibration. Pour le reste y’a la motivation d’essayer, exister pour ensevelir la notion même de renoncer… putain c’est dur. »

 

Etat d’âme 8:

« On vit dans le vide de quelque chose. Mais personne n’aime remplir l’espace de la même façon, de fait, chacun manque à l’autre de ce qu’il n’a pas besoin. Et le partage n’est pas redistribué par un manque conséquent de solidarité fictive, c’est comme les emplois mais avec un pôle d’emmerdements. Tu signes des pétitions depuis chez toi, tu partages des articles sur les défavorisés du système, mais ton nouveau siècle t’a divisé sur l’envie réelle d’aider, car il te dégoûte.
La politique est là pour faire exister ton absence, comme le vide est là pour faire exister la politique. L’un dans l’autre ça ne fonctionne pas. L’un hors de l’autre non plus. Tu n’es plus grand chose, la politique profite du fait que l’absence et le vide crée un besoin de remplir, bon ou mauvais elle s’en fiche, car c’est sur toi qu’elle compte pour des espoirs qui l’enrichiront elle seule. »

Etat d’âme 09:

« On en était à dévergonder le libertinage quand j’ai été réveillé brutalement.
C’était en pleine après-midi, juste après avoir fait l’amour sur de vieux draps. La sensation de n’avoir rien fait correctement me fit perdre le contrôle.
C’était comme d’habitude mais en moins bien. Le jour écrasait de sa lumière nos corps enchevêtrés. Il faisait un peu froid, juste assez pour que des frissons parcourent en bataille de picotements le long de ma jambe. Elle dormait encore, enfin, ses yeux et sa respiration laissaient à penser que.
Une rafale de vent rabattit violemment un volet, faisant claquer le bois comme une main sur les fesses.
Je ne bandais plus, les songes avaient dégorgé ma verge. Mais ce remous circonstanciel tendait à raviver le sang, mi-jour mi-pénombre, nos odeurs encore lancinantes. Je ne sais pas très bien pourquoi je fis un sursaut sanguin, quand le réveil me sortit de ma torpeur.
Les draps étaient souillés. »

©Necromongers

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Etats d’âmes (04) (05) 06)

Etat d’âme 04:

« Il y a des choses qu’on vit sans les comprendre, et on ne comprend pas tout ce qu’on vit. Ça file sans regarder derrière, ça oublie de se retourner pour avancer droit, ça trotte en biais comme un arracheur de dent. Depuis que la vérité est pire que le mensonge la paix ressemble à un livre pour enfant acheté chez Emmaüs, avec les coins écornés par les soirées de rêves. On se dit qu’oublier est un peu facile et pas très adulte, et puis on regarde le monde faire sa politique d’autruche, les milliards qui s’évadent pour sécuriser l’avenir des riches entrepreneurs.
Se réveiller au milieu de la nature en automne, les champs givrés, le vent froid et les dernières feuilles qui dansent sur les branches. Les rapaces qui guettent sur un piquet, les moineaux et les rouges-gorges qui folâtrent dans les haies, les vaches qui paissent sur l’herbe craquante, les chevreuils qui filent entre les sous-bois. Ça doit être ça « être adulte », savoir s’émerveiller tout en étant conscient que ça ne va pas durer. »

 

Etat d’âme 05:

« Le temps.
Le temps est une théorie négationniste qui revendique son appartenance à la mémoire. Une sorte d’apparat qui serait comme un instant figé. Le dernier message d’une ultime sensibilité anonyme. La panoplie ringarde d’un dimanche de fiançailles à la con, qui ne serait ni écrit ni filmée, juste en téléchargement gratuit dans l’espace tridimensionnel individuel. Ça fait chier ce genre de souvenir, personne n’a envie de finir en sépia le restant de sa vie avec un sentiment de vieillerie franchouillarde.
On en fait ce qu’on veut du temps, mais la plupart de lui-même il gagne son grade à s’essayer mieux que quiconque. On n’en revient jamais de ce truc là, à peine pour y raconter la vie que les autres avaient pendant que la notre s’effaçait lentement. Mais pourtant, on a le sentiment que ça pourrait arriver encore et encore, sans jamais s’arrêter. Pire, on pourrait revenir encore plus en arrière et faire comme si les innovations des après-guerre n’avaient pas eu lieux. Ça pourrait marcher avec des lents cons comme des bites. Et je dis pas ça parce que je suis en fauteuil roulant. »

 

Etat d’âme 06:

« Il n’y a rien qui peut encore prédire l’avenir avec une certitude répréhensible, sauf peut être une anchois sortie de l’huile.
La matière grasse conserve, surtout si elle est à l’abri de la lumière et de l’air. Et, semblerait-il, le gras est un possible précurseur du futur prédictif. Reste que les populations ne seront pas égales, niveau cholestérol, il faudra tout de même aider les pays sous-développés à accéder aux lipides essentiels. Il apparaît avec évidence, que la mort de tout un chacun devra ressembler à l’éventration d’un BigMac sans la salade plutôt qu’une nuée ardente de chèvrefeuille en guirlande.
Moi je dis ça, je n’en sais strictement rien, m’enfin c’est tendance. »

©Necromongers

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Etats d’âmes (01) (02) (03)

Etat d’âme 01:

« Je ne suis pas certain d’arriver à dire tout ce que j’ai à dire, à faire tout ce que j’ai à faire, à continuer tout ce que j’ai commencé.
Je prends le temps pour ce qu’il est, un voleur, un menteur, une ignoble traîtrise qui n’a de cesse d’enjoliver l’avenir pour en devenir des points de suspensions…
Ça peut paraître lourdingue, déplacé, légèrement déconnecté de la réalité de le dire ici, sur une surface virtuelle, à des contacts que je ne connais pas tous. Mais enfin, même en vrai, qui connaît vraiment qui? J’ai des doutes sur des tas de gens depuis toujours, ici, au moins, j’ai le bénéfice du contraire… »

 

Etat d’âme 02:

« Respirer ne va bientôt plus être obligatoire, il suffira de pomper l’air à quelqu’un. C’est déjà une partie de notre frêle existence qui s’épuise à regarder nos corps acharnés voler le consumérisme rampant.
Manger ne va bientôt plus être nécessaire, il suffira d’être réserviste et de s’enrôler. Personne ne saura vraiment à quel point la nourriture n’aura plus d’équivalent quand elle n’aura que l’importance d’un sachet fabriqué par l’argent.
Boire ne sera plus vital, qui a bu boira deviendra l’épitaphe d’une génération sans soif. On pourra s’épancher comme un ruisseau et s’abreuver de tous nos maux jusqu’à la lie.
Baiser deviendra une contrainte illégale, il suffira d’émietter de sa main les derniers vestiges de nos songes. Ecouter s’endormir les râles d’antan, comme un manège sans enfants. »

 

Etat d’âme 03:

« C’est par un heureux hasard que l’homme a puisé ses ressources dans les bastions sulfureux des arbres bleus. Une onomatopée plus loin, il était devenu ce lézard invisible qui monte à regret les phalanges de son désir. Personne ne lui avait montré la route, et pourtant, comme un seul lui-même, il savait avancer sur ses os limés par l’alcalose. La vieillesse n’était déjà plus un secret, la décomposition de son antre bitumeuse accélérait son doute.
Le vent ne tarissait pas d’étranges histoires dans les branchages en raffinant ses humeurs sifflantes. La nature sait toujours se rappeler à elle-même, sans nul besoin des hominidés pour évoluer à son rythme. Le dernier des enracinés bleuté respirant encore par la terre avait prédit qu’une espèce viendrait clore la beauté des vapeurs du monde silencieux. Il est là, à nos portes, bien décidé à éradiquer son étrange apparition, emportant avec lui la descendance de la naturalité, dernier rempart à l’abjection que l’on nomme humanité. »

©Necromongers

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