Les fleurs sont plus belles sous la brume

C’est un tombereau de brouillard mainte fois vécu, mais tellement trouble à la fois qu’il est encore là pour parler de lui-même.

Marchandage de l’absence, négation du vide, on souffle sur les braises d’une canicule annoncée.

Et puis, c’est tellement joli la dégringolade des cieux embrasés, on serait là, assis, à croquer l’éphémère.

La guerre c’est pour les autres, ceux qui n’acceptent pas les conditions fragiles que le monde met à mal.

Les frissons d’une angoisse perpétuelle, la chair de poule sur les bras, une onde délicieuse parcourant le dos.

Des sensations oubliées, remises au goût du jour, l’émerveillement spontané de nos derniers moments.

Libre comme un prisonnier volontaire, parfaitement conscient, totalement acquis à sa cause.

Les fleurs sont plus belles sous la brume, agitées par le poids chancelant des gouttes attirées par la pesanteur.

 

Concours de circonstances, délégation prolétarienne des plantes vertes sous brumisateur, nous cuisons.

C’est un avenir de pacotille qui relie nos drames et nos joies, un champ d’herbe brûlé aux couleurs du soleil.

Étuve aux embruns carmin, étouffante et limpide clarté somnolente, air comprimé, lapidé, enrobé d’une chape ondoyante.

Particules invisibles s’immisçant par delà nos pores, la vitamine D contamine nos intérieurs fantômes.

Parfaitement imparfait, à ressasser le droit de panser, coulant d’une lave luxuriante et atmosphérique.

On rêve de paysages celtisant, où le froid serait un délice, l’air irisé de nuances fraîchement vallonnées en bruyères transpirantes.

Quelques bouquets colorés dansant au vent sur des plateaux moutonneux, les fleurs sont plus belles sous la brume.

Le reste de notre vie à cuire le sentiment d’oubli, et sentir le chemin sous nos pas hésitants, pleinement conscients.

©Necromongers

photomania-a36ecfc027475fe6f9d3fd49dfe17597

Les paradigmes d’encre (LAMBDA)

Pareil au firmament sans éclat

D’égal ne sont les germes qui n’écloront pas.

Il est de coutume d’endiguer le moindre

De fortune ne naîtront que ceux à plaindre.

Atrium à constante placide.

 

Si les étoiles guident le futur

Leurs traînées de poussières créatures,

Conservent chaque moment bâillonné

Ceinturé et ligaturé pour des jours éclairés.

Forum aux mouvements translucides.

 

Aux autres la faveur de l’avenir

Personne ne sait quoi dire aux arrivants.

On dort phénicien sans tressaillir

Le monde n’est alors qu’un survivant.

Laudanum aux moments lipides.

 

Nous faisons des rêves de Syracuse

Aux allures des ruines de Al khali.

La pensée est en éveil souvent recluse,

Lorsque le monde plonge dans l’alalie.

Sanatorium de conjonctures insipides.

 

Songes et portions de silicium

Aux enrobées des alchimistes du seum.

Naissance d’une guérilla des activistes

Auréolés d’une notion d’arrivistes.

Consortium des limites frigides.

 

Tout peux changer avec l’avenir

Même les sorciers sombres peuvent mourir.

Épitaphe d’une terre lointaine en pleurs

Nimbée dans la poussière et la sueur.

Opium des tourments du vide.

 

Lointains ancêtres du vivre moyen

Méditez sur vos idoles du passé.

Une chignole, un sert-joint, mieux que rien

Une farandole, une prose, loin d’être posée.

Lithium de la vie d’Euclide.

 

Prise de conscience d’un fragment de vie

Où les croyances auraient plus d’importance.

Dissonance cognitive de la Titanomachie

Une Élégie, une complainte et les conséquences.

Curriculum de combat fratricide.

 

Rien n’est jamais parfait, les dieux en sont témoins

Tout est parfaitement mâché, honneur aux lendemains.

Le sol sur lequel nous marchons est un lion

Son rugissement s’entend de par légions.

Épithélium de la mort par acétamide.

 

Nous irons dire à la lointaine Lacédémone

Que nous gisons ici pour ses lois autochtones.

Et que l’on chute ou bien demeure debout

Aucun péché, aucun combat ne sera absous.

Quorum des poètes extralucides.

 

©Necromongers & ©Richard Kuran [2020]

D15HVxnXcAAc2W4

Une enquête de l’inspecteur Necrolumbo (part 6).

Déjà une semaine que le confinement était de rigueur. Plus question pour Necrolumbo de parader avec son jogging des familles, il fallait qu’il soit impeccable et dissuasif. Pour l’occasion il avait ressorti son plus beau pardessus poussiéreux, avait briqué son Peugeot et sorti son plus beau casque bol.

Limoges n’était déjà pas spécialement vivante la plupart du temps, mais pendant le confinement merci bien. L’expression « pas un chat » n’avait pas lieu d’être, car il n’y avait plus qu’eux dehors. Ah si bien sûr, il restait les punks à chiens sans laisse et les sdf de trottoir.

Un si beau temps pour tant de gens enfermés, ça ressemblait à une enquête sans chef d’accusation. Les cigarillos n’avaient plus la même saveur sans personne à enfumer avec. En dehors de ses tournées de garde, Necrolumbo passait son temps à promener son chien avec une attestation. Et c’est à ces moments de soirée tardive, que le peuple se permettait de sortir outre mesure vis à vis des recommandations. Mais sa femme lui avait fait un sermon « si tu passes ton temps à pister, piéger et sanctionner les gens qui essaient juste de prétendre à encore un peu de liberté en étant seulement dehors, tu ne vaux pas mieux qu’eux ! ».

C’est pourquoi Necrolumbo passait ses journées à faire la queue devant des boulangeries pour acheter des petits pains à sa femme, et le soir il sortait le chien en civile pour discuter avec les badauds. En bref, il faisait tout pour n’avoir à mettre aucune amende à personne.

Ce soir il profitait des derniers moments de bords de Vienne pleins de vies, car il savait que très vite la préfecture allait y interdire les promenades. Avec ou sans attestation, les gamins à vélo sans parents et les gens sans chiens s’y baladaient.

Alors que son chien, « Le chien », déposait une sévère amende sur le bout de pelouse aux abords du pont Saint-Étienne, une petite fille curieuse s’arrêta pour engager la conversation avec lui.

Hé salut le chien !

C’est incroyable tu connais déjà son nom !

Ça va le chien ?

Oui, alors c’est ce que je viens de t’expliquer, c’est son nom, tu l’as trouvé du premier coup.

Tu chies bien le chien ?

Oh ben dis donc, comment tu y vas toi ! Et bien oui, il me semble qu’il s’essaye à la liberté lui aussi, mais elle est un peu poussive.

La petite fille fit quelques caresses hésitantes sur la tête de Le Chien pendant qu’il poussait encore assez fort sa 4ème crotte.

Alors tu sais, il aime bien aussi, comme tout le monde, être un peu tranquille quand il fait ses besoins. Tu es toute seule ? Personne ne t’accompagne pour sortir ? Tu sais qu’en ce moment la situation nous oblige à sortir le moins possible à cause du méchant virus ?

La petite fille pivota la tête en direction de Necrolumbo avec une moue de désapprobation.

Et toi ? C’est ton chien qui te sort de chez toi pour te promener ? T’es trop vieux pour avoir des enfants à la maison, t’es de la police ? Elle se releva et continua son chemin sans se retourner.

Necrolumbo la regarda partir en tirant une grosse taffe sur son cigarillos. Il était évident que le monde allait être compliqué à museler pour une histoire de microbe invisible et quelques crottes sur la pelouse, et puis en ville, franchement, toutes ces familles dont on ne sait pas si ça se passe bien ensemble…

En repartant il écrasa une crotte de Le chien avec son godillot en râlant après sa femme qui ne le sortait jamais.

(à suivre…)

 

©Necrolumbo by Necromongers

Necrolumbo6

Petit traité à caractère unilatéral de mon indispensable désintérêt général (IV).

Toute ma sympathie va aux conspirateurs et aux complotistes. Nous vivons une époque où l’économie de l’originalité ne fait pas défaut, et c’est tant mieux.

Loin de moi de faillir à l’idée d’affoler les populations sur leur devenir, mais en l’état, il m’apparaîtrait indélicat de vous trouver une quelconque marge de déresponsabilisation. Il faut je crois garder mesure de notre temps passé à avoir tout accepté sans rien y faire. Et quand bien même les combats se sont tenus pour certains, il semble évident que ceux-ci ne ressemblent pas à la guerre que nous aurions dû mener.

Nous en sommes au point où l’amélioration de nos conditions de vies est comme participativement bloquée. Et je ne voudrais pas participer activement à l’élaboration d’une motion de censure de la quadrature du net. Mais, dans la notion de ce que nous appelons à devenir, il y a l’idée de maîtriser un temps soit peu le futur… si je n’aimais pas l’humour je vous dirais que c’est pathétique.

Je ne sais pas quoi faire de votre optimisme fétichiste, de votre raison de garder le meilleur, quand le pire est assis chez vous, sur votre canapé. Malheureusement, je ne peux même pas en discuter avec ma femme sans perdre tout crédit de pouvoir utiliser cet instrument lascif sur lequel on s’échoue.

Vous voudriez sans doute que ce monde soit simple et limpide. Oh oui, moi aussi, j’aimerais vraiment qu’une telle option soit possible. J’ai toujours rêvé d’une telle opportunité. J’ai souvent préféré imaginer un champ des possibles totalement féerique, fantastique et fantaisiste, depuis l’enfance. Mais ça n’est pas ce qui est arrivé.

Le réel est moche. La réalité est une claque dans la gueule. Le vécu est différent selon chacun, mais, ce qui nous arrive à tous est une donnée qui ne peut s’échapper de notre cursus élémentaire collectif. Nous sommes déjà des pantins, si nous ôtons cette information clef de notre domaine d’expertise personnel, nous serons des inutiles jusqu’à la fin des temps.

Tout mon drame est là, ne pas arriver à rester positif, car, en tout point, cela ne me concerne pas. Je suis irrémédiablement opposé à son sémantisme blafard et persécuteur devant l’impossible, et catégoriquement horrifié par son spéculatif enchanteur déplacé et irraisonné.

Pour autant, je reste dans l’humain et l’aide dans ma profession. Le paradoxe n’est jamais celui qu’on prétend être, il est toujours celui qu’on ne pense pas pouvoir servir. Je suis profondément humaniste, pour ceux qui le méritent. Pour les autres, je planifie un bûcher céleste qui purifierai la planète de leur absence justifiée… j’espère que vous ne comptiez pas trop sur moi.

Les gens sont généralement idiots. Dites leur de croire un truc et de voter un machin, et le tour est joué. Pour le reste, ils laissent facilement le monde courir à sa perte sans vouloir ou pouvoir y faire grand-chose. Et c’est vrai que d’une certaine façon, ils n’y peuvent rien. Enfin, sauf si prendre en compte que voter massivement pour le candidat que les médias mettent en avant systématiquement est un élément suffisamment recevable.

Le temps ne fait rien à l’affaire, jamais.

 

©Necromongers

97236401_2099054570239188_4497828157692313600_n

Extension du domaine de la bute.

Le temps perdu ne se rattrape jamais, pour qui sait l’oublier il se vit de nouveau sans arrière pensée.

Soubresauts après saccades enfiévrées, le monde s’échaude à l’emporte pièce, façades arides et vieillesse humanitaire.

Tempête courtoise, imbrication circonspecte d’une névrose anticipée, nos paris sont donnés gagnants pour perdre.

Capillarité en déperdition sonique, ventre mou d’ogre végétarien, sonde à verbiage déficitaire, nos maigreurs.

Gorge déployée, lancinante et ectoplasmique, furibonderie carriériste, symptômes d’avancements, logique en perdition.

Les pas à pas s’enlisant dans la tourbière, chaque note de boue laissant glisser la mucosité terreuse, la pluie dans le dos.

Vers le soleil irradiant nos paupières fermées, les rétines sont actives à voir l’indicible, nos maux silencieux.

Il n’y a pas de néant, c’est un jour blessant qui s’adresse à nos caresses endormies, un nuage de poussière éternel.

Particule après particule, c’est un microbe mort mille fois vivant, une onde de choc gisant sur nos cercles en groupuscules.

Nous dévisageons nos immersions, des plumes et du pétrole en mégabit, jusqu’à tatouer nos lugubres savoirs en profondeur.

Quadrature du niet, islamo cochise, externe gauche défiscalisée, ultra moite cathodique, lanterne et bougie.

Les vents perdus ne s’égarent jamais, pour qui sait se retourner ils se vivent de nouveau par tous les côtés.

©Necromongers

(Collage: @BouDerLo)

Eb3igoIXkAAYjHI

Apprenons à respirer avant de chercher l’air.

C’est compliqué cette époque où faire des choses tout à fait traditionnelles, classiques, habituelles fait plus ou moins de vous le dernier des collabos insouciant et irrespectueux. J’avoue n’être à l’aise avec aucun des deux camps.

L’avenir c’est comme un papier d’Arménie. Ça sent bon quand ça se consume, mais ça se consume. Il parait même que ça assainit l’air. Et d’ailleurs, c’est surtout quand on se rend compte qu’il faut plein de papiers pour ne pas sentir l’air habituel, que ça pue vraiment dehors…

On ne peut pas priver les gens constamment de liberté. On ne peut pas les empêcher de manifester, de faire la fête et de faire semblant de vivre. Ils ne savent pas qu’ils sont déjà morts, c’est pour ça.

Si 2020 ressemble tant à ce que nous n’aurions jamais voulu connaître, c’est parce que nous n’avons rien fait pour l’en empêcher. Pire, nous avons contribué à installer durablement le système qui viendra nous dérober le sol sous les pieds.

Mais tout ça n’est pas bien grave, parce qu’il y a encore plein de gens positifs, qui luttent avec leurs tripes contre l’atmosphère moribonde ambiante. J’imagine qu’ils sont plein de bonnes intentions louables, et qu’ils prient le Dieu positif. C’est important la foi.

On arrête pas le progrès, ni le capitalisme, ni le libéralisme, ni l’évolution catastrophique du niveau de vie des millionnaires et des milliardaires, qui stagne vraiment. Toute cette nature qui les retient, toute cette vie qui les contraint, c’est vraiment moche.

Il faut brûler du papier d’Arménie c’est ça la solution miracle. Au moins on ne se rend plus compte de l’odeur nauséabonde extérieure, et puis il faut être honnête ça sent meilleur que la xénophobie ambiante. Au moins on peut faire l’autruche en éparpillant les mouches à la main.

38°C en Sibérie ce jour dans l’Arctique, un record absolu.

Ah, sacrée 2020 !

La bise !

©Necromongers

(Illustration : Walter Molino)

Walter Molino

Monochromie multicolore

Nos âmes sont soumises, en noir et blanc,

La couleur aspirée par le néant.

Le vent névralgique irrigue nos amorces,

On entend le chant de nos dernières forces.

 

Nos regards sont équivoques, daltoniens,

Plus rien ne nous fait construire demain.

Un même peuple, une même nation,

Des raisons différentes de penser bas du front.

 

Avoir le temps, le dépenser, chercher ailleurs,

Consommer ce qui n’a pas encore été lueur.

Sombrer doucement, se retourner, faire face à son dos,

L’histoire n’a pas d’existence sans halo.

 

On privatise la couverture à soi,

On s’approprie, on possède, on dit c’est à moi.

On catégorise, on emprisonne, on case,

On ne laisse aucune chance à la liberté d’être en phase.

 

Le son des tranchées ethniques résonne et tremble,

Les souffle des gaz lacrymogènes jouent ensemble.

Des violences policées, matraques au faciès,

Quelques fleurs jetées aux visages des négresses.

 

La brise silencieuse des gestes de trop,

L’égo facétieux des maîtres du bulot.

Les races se déchirent pour une existence,

La couleur fait naître de fausses importances.

 

Qui pour rattraper l’autre ?

Y’a t-il un pilote dans l’avion de la vautre ?

Suprémacisme multicolore de la condition humaine.

Unissez-vous contre la douleur vaine.

 

Chacun lutte de son côté, chacun prie une entité dévoyée,

Les faibles ou les forts, les décideurs et ceux qui ont tort.

Chacun fait parler son identité, les fossoyeurs et les réprimés,

Les répresseurs et les endoctrinés, chacun fait pitié.

 

Bourrasque et consort, unité du moindre effort,

Libérez-vous d’une cause, une nouvelle vous écrase dehors.

Soyez black, soyez blanc, soyez beur, mais surtout soyez bref,

L’unité de masse menace vos clans, la couleur de l’argent manie vos chefs.

 

Laissez-moi vous apprendre le son des guirlandes,

Il est court, rapide, il clignote et est à vendre.

C’est beau les lumières, quand ça fait des reflets dans les yeux,

Plein de nuances ça pétille, c’est joyeux, on espère et on rit pour les vœux.

Le drame vient des attentes, des enjeux et de la reconnaissance,

Le seuil de la délivrance est plus cruel que la capacité de résilience.

L’histoire n’a pas changé, l’humain n’a pas évolué,

Le monde est tel qu’il était avant qu’il soit pensé.

 

La différence, la couleur, la diversité, les origines et le vécu… sont des libertés empoisonnantes que nous n’avons pas choisies.

Les prisons sont souvent des germes insidieux qui ne disent pas leur nom, des sociétés unanimes qui pensent posséder la vérité.

 

Nos sociétés pervertissent la vie.

Elles nous sèment dans la confrontation.

Il n’y a pas d’être inférieur, ni supérieur,

Il n’y a que des erreurs commanditées.

 

Soyons raisonnables

Abolissons la société.

 

©Necromongers

102469659_3509931885700877_7788286944408863407_o

Supplique du corps marchand.

Loin dans le néant

L’amour rugit

Des plates excuses

Des soucis égarés.

*

L’humanité est, et restera

Une illusion à tête de fiente

Au son délicat et chancelant

Qu’un sphincter enjolive.

*

Nos produits sont vendus d’avance

Préparés d’une lente amertume

Solide et gracieuse infortune

Qui fera grâce à celui qui empruntera.

*

Joie et pédoncule de fantaisie

Nos corps sont soumis et loués

Préparant leur divergences d’opinions

Comme on s’informe continuellement.

*

Onomatopée du désir

Les bruits salaces s’enlacent

Aux milieux des infrastructures

Dans l’espace de contusion de nos peurs.

*

« Nous sommes légions » parait-il

Anonymous de mon chaos

Glorieux artefact de l’extinction

Sea Shepherd de l’Internet.

*

Quintessence du produit national brut

Code barre définitif

Nous parcourons nos attachements

Là où nos chaînes nous tiennent.

*

Louons nos vies, elles sont si chères

Vendons nos parcours, au plus offrant

Achetons nos idées, pour faire semblant

Privatisons nos libertés, elles sont chimères.

Échangeons notre temps, il sert de dividende

Plaçons nos maladies, la mort nous va si bien

Taxons notre respiration, les autres n’auront plus rien

Marchandons nos sympathies, les âmes se vendent.

*

©Necromongers

(Illustration: Juanjo Guarnido)

DvIkbxKX0AEH4tV

Une enquête de l’inspecteur Necrolumbo (part 5).

Ce mardi était le premier jour de confinement décrété par le président Macron. Cependant, hormis le fait que cela devenait officiel à partir de midi, il était entendu qu’une certaine partialité était tolérée ce jour précis, pour laisser s’organiser la majeure partie de la population.

Necrolumbo n’était pas venu avec son chien au commissariat. Il avait entendu dans le silence du commissaire Bouldener une sorte d’appel à la partialité de son questionnement. Il avait opté pour un style décontracté et sportif à la place, et avait rempli une attestation fournie par le ministère pour venir au poste, en le faisant imprimer sur leur HP Deskjet depuis l’ordinateur de sa femme. Il lui avait fait une entière confiance (comme à son habitude), ce genre d’aspect technique le dépassait complètement. Il n’avait eu qu’à faire une croix sur la case « déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle », s’asseoir, et tirer une grande taffe sur son cigarillos.

Son arrivée à Émile Labussière en survêtement Tacchini bleu ciel lycra et en Nastase Addidas fût une sorte de coming out pas du tout décrété, ni même officialisé. Les troufions bleu bite le regardèrent passer sans savoir s’ils devaient pouffer ou regarder ailleurs.

Necrolumbo entra en l’état dans le bureau du commissaire Bouldener.

Mais… bordel Necrolumbo ! Qu’est-ce qu’il vous prend de venir dans cette tenue ?

Necrolumbo fit un sourire crispé, déploya sa main droite en l’air futilement, et mis l’index de sa main gauche sur sa tempe en déclarant :

Et bien, vous allez rire monsieur le commissaire, mais je me suis longuement posé la question avec ma femme sur la bonne attitude à adopter pour être sûr de sortir comme il faut, et… je ne suis pas certain de mon choix ! Mais j’ai mon attestation ! Dit-il en brandissant son bout de papier imprimé.

Bon sang ! C’est très bien, asseyez vous.

On ne peut pas réellement dire que les explications du commissaire aient vraiment fait oublier l’accoutrement de Necrolumbo aux personnes présentes dans son bureau. Mais tout ça n’avait pas beaucoup d’importance. S’il y avait bien un truc auquel l’inspecteur ne faisait pas attention, c’était l’incidence de son comportement sur celui des autres.

Le débriefing avait été court et simple. Les enquêtes en cours non importantes et non urgentes étaient reléguées au placard, et la principale activité se bornait maintenant à la surveillance du bon comportement des gens dans le respect des mesures liées au confinement. Un boulot qui n’amusait pas beaucoup Necrolumbo, qui voyait dans cette mission un retour en arrière dans sa carrière. Évidemment, il était en charge d’une brigade pour opérer sur le terrain, mais finalement ses planques pour surveiller les boulangeries n’en seraient que meilleures, et d’une certaine façon cela l’arrangeait assez.

En quittant le commissariat en survêtement Tacchini bleu ciel lycra, il tomba nez à nez avec l’homme en bleu, qui remontait l’avenue Émile Labussière, vers le carrefour qui séparait la rue de Bellac et l’avenue Montjovis. C’était une figure de Limoges, une sorte d’emblème local. Depuis maintenant des dizaines d’années, il circule sur un vieux vélo de femme en bleu de travail et bottes (quelle que soit la saison), affichant le teint rougeâtre des paysans bercés au vin de pays à 10° depuis l’enfance. On peut le croiser régulièrement partout à Limoges à peu près n’importe quand la journée. Originaire de la commune de Aureil, on peut imaginer qu’il fait au moins une bonne quarantaine de kilomètres par jour dans n’importe quelles conditions.

Y avait-il des boulangeries-pâtisseries à Aureil ? Le lieutenant Necrolumbo n’en savait strictement rien de rien.

(à suivre…)

©Necrolumbo by Necromongers

Necrolumbo 5

Petit traité à caractère unilatéral de mon indispensable désintérêt général (III).

Le monde du spectacle vous ment.
Le gouvernement vous ment.
Les administrations vous mentent.
L’état de droit vous ment.
La culture de masse vous ment.
Les médias vous mentent.
Vos patrons vous mentent.
Votre société vous ment.
Vos religions vous mentent.
Mais continuez à croire, vous avez raison…

Il ne faut pas simplifier les choses au point de les rendre aussi évidentes qu’une pâle copie de la réalité qu’on désire exploiter. La colère n’est pas la vérité. Les sentiments de persécution ne sont pas les faits.

Depuis votre fauteuil devant votre petit écran, vous pensez avoir toutes les réponses. Vous protestez, vous vilipendez, vous accusez, vous condamnez, mais en fait, à quel moment vous laissez vous envahir par la raison? Quel fait établi vous fait passer pour aussi con?

Nous sommes des instants. Nous sommes des brèves qui tentent de se romancer. Nous sommes des revanches à caractère lunatique. Nous sommes des semonces anecdotiques. Nous sommes des erreurs qui cherchent la correction. Nous sommes des croyants aveuglés par leurs illusions.

Le nombrilisme a appauvri la qualité de visibilité. Tu t’es vu quand t’as lu? Principe de précaution, qui ne dit rien concède à ceux qui ont tort. Heureusement la démocratie garde ses troupeaux, l’animosité est un passe temps. Heureux les faibles d’esprits, ils obéissent.

Le sang neuf ne fait rien à l’affaire. Il pleut des cordes d’entrelacements. Nous sommes noués pour l’éternité. Nous voulons plus que nous désirons, c’est ainsi dire que nous sommes prisonniers. Partir sans lendemain, dormir sans sommeil, continuer sans avancer.

N’ayons peur de rien, soyons désinvoltes, et ta mère elle avorte? Le regard de nos vies, sur une fenêtre mal isolée, laissant passer les frissons entre nos sentiments accomplis. Vous regardez dans la bonne direction, celle qu’on vous demande de regarder.

Votre cœur, ma raison.
Mon corps, vos saisons.
Votre leurre, mes décisions.
Mon fort, vos salaisons.

©Necromongers

(illustration: Jean-Pierre Roy)

Jean-Pierre Roy