J’ai passé un week-end dans une résidence 3 étoiles. Un coup de chance, une promo d’enfer pour les pauvres.
Au départ on n’est pas à l’aise au milieu des aisés de la facilité. Vieux sans filets qui ont économisé pour un cadre tout fourni ; familles faciles qui recherchent ce qu’ils ont déjà sans le travail. Mots tellement fléchés du matin au soir que le terrain est balisé pendant tous les JT de TF1 pour 60 ans. F2, piscine, machines de sport, barbecues électriques et ambiance inter-haies.
Le charme perdu des petits gîtes au cadre idyllique est à proscrire ici. Oubliez l’atmosphère éperdue des placards encore vivants, de quelques paquets de pâtes abandonnés, du café, du sel et du charbon de bois entamés qu’on laisse aux prochains par charité crétine. Ici tout est aseptisé, il n’y a rien que le nécessaire de chez soi sans l’essentiel. A différence que pour une modeste contribution supplémentaire, on peut tout avoir sans sortir de son royaume.
Le plus dramatique dans tout ça, c’est qu’on finirait peut-être par s’y habituer si ça devait durer. Moi j’ai toujours été plus ou moins asocial, même en ville. Le besoin de proximité, d’entre aide, de communauté entre voisins, je ne sais pas ce que sais. J’ai dû demander une fois du papier d’alu à une voisine, ça ne m’en a pas fait une amie.
Je dis pas en période de guerre, de crise, de soulèvement quelconque, mais sinon je suis mieux à distance des autres. J’ai toujours été poli, mais faire semblant ça me fait chier.
Mais passons, ce village vacance me fait penser à du communautarisme en villégiature. On te met en très proche contact, supposant qu’une haie mal taillée aidera à consolider l’attachement que tu as pour l’autre à sa foi communicative du JT. Si jamais ça ne marche pas, que tu échoues ou n’a pas envie, on te fournira tout ce dont tu as besoin quand même matériellement… si tu as les moyens.
Donc, ce monde de vacances est un pâle reflet de la réalité, tout s’achète, même la proximité et le besoin.
Les grillons ont beau chanter le soir sous les lampadaires, les grenouilles croasser dans une flaque artificielle, certains oiseaux faire des sérénades nocturnes aux sons des cours d’eaux qui ruissellent, le kit ménage sera toujours à 5€, et les pastilles de lave-vaisselle iront à toi sans passer par le supermarché. Un vrai village en autarcie, le summum de l’ermitage capitaliste de groupe.
Une majorité de gens ont les mêmes habitudes. Se retrouvent aux mêmes endroits, mangent à la même heure, ont les mêmes activités, les mêmes pastilles lave-vaisselle, les mêmes sacs poubelles, les mêmes codes, la même routine…
Ça m’a fait penser à un camping de luxe, à ceci près que l’emplacement peut changer d’une année à l’autre.
Chacun fait ce qu’il veut de sa pauvre vie, ce n’était pas une mauvaise expérience. Moi qui suis habitué aux F1, aux Ibis Budget, aux Campanile, voir aux hôtels pouilleux pour la déconvenue, j’ai concupiscé par jurisprudence.
Pour certains, les vacances c’est le dépaysement, pour d’autres le besoin de ne rien changer à part le lieu.
Je n’ai pas de goût de luxe, ça ne me fait pas bander. Je ne tiens pas à devenir un sociopathe du plaisir facile prépayé… on a déjà tout essayé avec ma femme dans les hôtels bon marché.
Mon plaisir je le mets là où les autres l’abandonnent, au rayon des casses-couilles névropathes caractériels. En plus, l’illégalité côtoie la facilité, le Wifi est payant. Un genre de prose du capitalisme inversé, là où la chose est gratuite partout ailleurs, quand tu as tous les services tu payes la gratuité.
Faire payer le Wifi à un sociopathe c’est comme repousser la limite de la cuisson des pâtes Al Dente.
Nous on a trouvé ça par hasard, on y est allé comme à l’hôtel. Résultat, le dimanche on se tapait GIFI pour une éponge et du liquide vaisselle… ah, et puis aussi du PQ, j’aime bien laisser un peu de moi avec une forme qui prône la quantité plutôt que la qualité…
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