Noir Désir « le vent les portera » Andy Vérol, éditions Pylône, 2009.

[ISBN : 978-2-917577-05-9]

Noir Désir « Le vent les portera », est selon moi, un non-attentat à la pudeur réussi.

C’est une biographie du groupe Noir Désir avant tout. Qui retrace de façon chronologique leur ascension, jusqu’aux évènements de Vilnius, qui scella leur existence définitivement.

Oui, nous sommes d’accord, il y est terriblement question de Bertrand Cantat tout au long de ce récit, qui retrace malgré tout le parcours d’un groupe Français hors norme, qui surprendra d’année en année jusqu’au bout.

Les 8/10ème du bouquin sont consacré à évoquer le milieu, les circonstances et l’évolution du groupe dans les différents espaces-temps musicaux des mêmes périodes dans lequel il évoluait, vis à vis de la musique en général. L’interaction et l’avis de chacun des musiciens sont pris en compte, mais il est bien évident que l’icône que deviendra peu à peu Cantat fait une place prépondérante dans la fabrication de la légende du groupe lui-même.

Pour autant, il n’y a pas trace et volonté de l’auteur à déployer une quelconque culture du mythe. Mais seulement à commenter, expliquer, comparer et comprendre les raisons d’une ascension pleine de rebondissements, d’interactions et de circonstances ayant conduit à une apogée salvatrice que l’on connaît. Tout au plus, il donne son avis ça et là sur des mouvements musicaux, sur des tendances, des orientations du moment et leurs concordances de pensées, et sur la stratégie des majors en pleine montée libérale.

C’est écrit comme on boit une bière, de façon simple et limpide, avec ce petit sentiment de consentement après chaque gorgée. Chaque gorgée en appelant une autre, de fait, il conduit à en boire rapidement le contenu puisque c’est agréable.

Hormis le dernier chapitre (puisque c’est écrit de façon chronologique) sur les évènements de Vilnius, rien avant ne vient faire barrage à l’histoire du groupe avec la vie amoureuse de chacun des musiciens, Bertrand Cantat compris. C’est pour cela que je parle de pudeur dès le début. Car cette biographie parle avant tout du groupe Noir Désir, avant d’en décrire la déchéance rapide qui sera relayée par les médias sous la forme d’un attentat médiatique.

 

10 ans après, Léonel Houssam (aka Andy Vérol), écrit une nouvelle biographie « augmentée » (qui reprend donc en partie le texte de celui que je présente avec des modifications) du groupe (Noir Désir « Post-mortem »), qui vient de sortir le 30 novembre chez Camion Blanc (c’est ici pour commander: http://www.camionblanc.com/detail-livre-noir-desir-post-mortem-1251.php ). Et comme pour la première biographie, il est victime à outrance d’une vindicte populaire imperméable à l’histoire du groupe, parce que les évènements de Vilnius ont politisé le débat.

Je vous invite donc à vous faire un avis par vous-même, en vous y intéressant intellectuellement, plutôt qu’en y réagissant de façon épidermique.

Le site de l’auteur : http://leonel-houssam.blogspot.com/

©Necromongers

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Derrière nos avant-postes.

On se regarde comme on se voit
derrière une porte cochère
perdus dans le commencement.
On se croit comme on y pense
à l’arrière d’un grand vide
oubliés dans les premiers temps.
On imagine ne jamais plus se voir
dans un passé pas si lointain
mis au rebut par devant.

Vous croyez encore comme avant
aux portes dérobées qu’on pense ouvertes
agencées pour mieux oublier.
Vous évincez les choses primordiales
les consortiums hexagonales de travers
portés par le désir des mémoires mortes.
Vous encensez la culture qui fut
les condors du temps jadis
hot.

Nous exploitons plus que nous ne produisons
et la vie s’égraine d’un rien pesant
par delà nos miroirs.
Nous semons des flaques huileuses
en regardant les glissades
les selfies de retour.
Nous poursuivons nos rêves iniques
parmi nos causes cartilagineuses
pensées en retard.

Il reste un devant inexistant à inventer
pour mourir avant les autres
en effaçant nos carcasses.
Il est de nos idéaux d’en sortir
s’aventurer dans l’impossible
mesurer notre écart dans le dos.
Il parait que l’humeur se vend
sans plus offrant au désir
notre plus beau retour fini.

©Necromongers

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Mousse qui peut !

Mon petit récif Cornélien, se porte bien.

Un bateau ivre, une flotte à la dérive.

Du beau temps dans la tempête, fait lien,

Quelques raccourcis pour déceler les récidives.

 

Des matelots je n’en ai pas besoin.

Seul maître à bord, à la vie à la mort.

Le destin, mon unique ennemi, commet des larcins,

Je sais qui mettre au fer, je sais qui mord.

 

Le pavillon ne change pas de chemise.

Son drapé claque au vent, la direction unique.

Qu’importe le sens de la bourrasque si le rhum est large,

Tout prend un virage différent au son du goulot sans marge.

 

Je crois que nous devons mourir sans expertise, le ciel à l’azur et les nuages ombragés.

Nos radeaux sont des torrents compulsifs qui saignent par tonneaux.

Comment pourrait-on s’écrire, s’envoyer des signaux de fumée ?

Nous avons le droit d’unir nos forces pour réclamer un meilleur fardeau.

 

Les rimes se valent aussi si elles n’ont pas la même résonance.

Pas de racisme au sein du bateau, au pire des gémissements climatiques.

On perd des heures, on fait du rab, le silence est le même cri qui pense.

Pourtant, l’idéal n’existe que grâce aux dons des marins prolifiques.

 

Et s’il fallait finir sur un radeau sexiste, nul ne saurait mieux que d’autres germer.

On aurait du transgenre des syllabes, du néo féminisme en barque ajoutée.

Des fantassins nihilistes pour complémenter, des grévistes en phalange sur l’eau.

Aucune autre porte de sortie, quelques milliers d’alluvions prêts à éclore sur notre dos.

 

©Necromongers

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Cher papa,

Cher papa,

Je n’y arrive pas.

Malgré les années, les « j’ai changé »

Il ne se passe rien.

Tout le monde s’accorde à dire

« ça n’est plus le même »

Quelle indifférence dans la différence ?

Avec le temps va, tout s’en va

Et moi j’en fais peu de cas

Juste assez pour exister.

 

Cher papa,

Il n’y a plus rien.

Malgré les années ça n’avance pas

Je ne t’en veux plus,

Mais tu n’as rien fait pour que cela soit le cas.

Enculé, je t’aime en douce

Comme à l’époque où les enfants n’avaient pas le choix.

Tu ne me sers à rien mais tu es là,

Comme un poids, une enclume émotive,

Un sacerdoce inutile, une enclave d’éparcil.

 

Cher papa,

On ne va pas faire semblant indéfiniment.

Malgré les années mes larmes sont retenues

Ce qui est fait est fait.

L’argent n’y changera rien

On achète pas ce qu’on a jamais semé.

Les émotions sont ce qu’elles sont

On ne produit qu’à la base, les frustrations ne changent rien.

Le temps ne soigne pas, il diverge

L’avenir n’a pas de raison, il est spongieux.

 

Cher papa,

J’y ai cru, même dans l’improbable.

Malgré les années les drames sont là

Tes retours incessants n’ont pourtant rien changé.

Tu as le droit de regretter, te racheter est trop tard.

Je suis fatigué et je ne crois plus, j’ai été vaincu.

Mes larmes ont épongé mon corps suffisamment fort

Pour que tu puisses vivre dans un étui qui ne t’appartenais pas.

J’ai pleuré à ta place, sur la vie que tu avais échappée

Et si jamais tu l’as fait aussi, j’en suis désolé, tu avais tout décidé.

 

Cher papa,

Je ne saurais te remplacer.

A la vie à la mort comme on dit, ouais, comme on dit malgré les années

Et pourtant tu es toujours vivant, c’est long !

Ne rien souhaiter c’est mieux que de croire pour rien

Ça ne me dirait rien de croire trop loin.

Alea jacta est, même tout seul on peut croire au roi

Aucune filiation n’a besoin de père pour vivre sa folie.

Le feu sacré, tout ça, les conneries qu’on assume pas

Une histoire comme tant d’autres, un univers à émanciper.

 

Cher papa,

Notre vide est intersidéral.

Malgré les années cela reste impossible

Le temps ne fait rien à refaire, il dissolve les intérieurs.

Nous n’irons pas plus loin, les distances sont déjà là

Provoquer le néant est un trou noir pour la vie.

Ce qu’il nous reste de temps fera bien ce qu’il veut

Le hasard est suffisamment prolifique sans être attendu.

Je te pardonne, et c’est déjà bien suffisant

N’ajoutons pas d’excès aux horizons protéiformes.

 

©Necromongers

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Lâcher pour contre.

A ne pas douter

Plus que de mesure, laisser les aigreurs s’étendre.

Les odeurs n’ont rien pour elles

Le monde entier se meure d’envier l’impossible.

Le choc des civils en action

L’émeute des villes garde le son des barricades en cercle.

Il n’est rien qui puisse

Et personne ne doute de la véracité du mensonge.

J’accuse les bonnes œuvres

Et quelques similitudes longitudinales existentielles.

A plat ventre les cœurs

Pour tout un tas de lenteurs industrielles exaltantes.

Laissez les choses se morceler

Aucun indicateur ne laisse présager le meilleur du pire.

On peut rêver de force

Négocier les remèdes n’endigue pas la raison.

Priez pour nous pauvre prêcheur

La fin n’est rien, l’avenir sait mourir.

Les phrases suintent

Elles sont l’origine qui gronde la mystification du monde.

Une fois n’est pas coutume

Combien d’autres naissances y ont cru ?

Vérité je te vois nue

Promets-moi d’être habillée quand il fera froid dans mon jugement.

Le feu nous tuera

J’éteindrai à la source la gueule des flammes jouissives.

Nos pas seront lents

Ce qu’ils voudront dire ne nous emmènera pas aussi loin que ce qui n’était pas prévu.

Nous devons nous reconfigurer

Livrer le monde à des batailles non conformes, des guerres silencieuses.

Re-magnifier nos directives

Ne rien laisser paraître, même temporairement, sans paraître à délaisser.

Il faut [définitivement] survivre

Jusqu’à la fin des temps, et pour toute la durée de son règne lancinant.

 

©Necromongers

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ERROR 404

Nous sommes des panoplies interchangeables.
Un combiné sémantique crevant un écran aux algorithmes syncopés par la disette spirituelle.
Des pièces jetables, calibrées pour mourir dans un temps donné. Sans aucune faculté requise pour combiner esprit d’initiative et réflexion spontanée. Une simple copie de copie.
Rien. Rien qui soit un indice quelconque pouvant prétendre à devenir plus qu’il ne tente d’être. Un remixe alternatif d’une version non officielle piratée par la base de métadonnée.
Nous échouons la plupart du temps là où nous pensons réussir. Les médias, les réseaux sociaux et la synthétique liberticide de l’étendue névralgique de notre ego nous voilent nos mirages invisibles.
Nous existons pour entretenir un potentiel d’éléments participant à nos désirs d’évoluer afin de nous sentir vivant. Nous luttons intérieurement contre ce phénomène déstabilisant qu’est la naissance de la mort avant la déchéance de la vie.
Le miroir aux alouettes ou la glace aux pingouins, telle est la question?
Je crois que la vie sait beaucoup mieux que nous où nous pouvons aller. Je pense que nos hésitations sont une source intarissable du jaillissement de notre histoire, nous faisant régulièrement tomber dans les mêmes erreurs.
Nous survolons les problèmes au lieu des les affronter. Icare n’était pas loin du but, jusqu’à son apogée.
Sans doute trouverez-vous ce texte sombre et négatif, désenchanté et réducteur, facile et sans arguments. Regardez-nous. Contemplez-nous. Renseignez-vous. Libérez-vous.
Vous verrez qu’il est beaucoup plus facile de croire sans raison que d’ouvrir les yeux pour admirer la beauté du massacre à l’échelle humaine.
Moi je m’en fous, je vais me fondre avec la nature, je saurai pourquoi je vais mourir comme tout le monde. Dans le calme.

ERROR 404

Veuillez nous pardonner cette excentricité textuelle sans gravité. Un technicien va intervenir rapidement afin de rétablir la normalité du fil de publication de Necromongers. Vous êtes invités à signaler tout abus concernant ce contact. Si vous receviez un autre message à connotation négative le concernant, merci d’en référer à notre administration punitive, sans équivoque et pleine d’un sens aussi exacerbé que sa bêtise grotesque et décalée de l’avenir.
Le service d’ERROR 404 est tout à votre disposition, pour le meilleur et pour le dire.

©Necromongers

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Je bois des mouches

Sur l’horizon liquide

Au milieu des glaçons

Entre les bulles de mousse

D’un revers de verre,

Quand les pattes s’emmêlent

Les ailes divaguent

L’altitude perd sa hauteur

Kamikaze de l’apéro,

Je bois des mouches.

 

Ça trempe au fond

Ça noie sa courte vie

Repêchage au doigt

Tourbillonne à terre,

Détrempée d’adultère

Ma boisson infectée

La grimace me tord

Je n’aime pas gâcher,

Je bois des mouches.

 

Bataille dans les airs

Ça virevolte en piqué

Passe les rubans à colle

La tapette fend l’O2,

On rate mais on boit

Ça gratte à la gorge

On n’est sûr de rien

Elles ont fait quoi dedans,

Je bois des mouches.

 

La campagne est sordide

Des insectes partout

La mouche reine d’intérieur

Pose ses miches à gavasse,

A la tienne pour la vôtre !

Toi aussi fait du bzzzz

Mais protège ton godet

Si tu ne veux pouvoir dire,

Je bois des mouches.

 

©Necromongers

(image tirée de « La mouche noire », 1958)

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Il était une fois… de Tarantino à Nécro.

Préambule : Qu’il soit décrié, glorifié, traité d’imposteur ou déifié, Quentin Jérôme Tarantino n’a jamais cherché autre chose qu’à transformer l’amour qu’il a du cinéma en un hommage perpétuel et référentiel aux genres. Il n’a rien inventé, mais en 9 films 1/2 (mon côté Kill Bill sensuel) il a transcendé son héritage en fantasmes visuels.

 

Le cinéma n’a rien d’autre que lui-même pour exister, sauf quand certaines personnes tentent de le sacraliser.

Quentin Tarantino n’a pas une quantité astronomique de longs métrages à son actif, à peine 9 à ce jour (Kill Bill comptant pour un film puisque son projet initial était un unique et seul film)… en trente ans ça paraît peu, mais comme chaque film est décortiqué et prend son temps pour se bonifier, c’est suffisant.

Depuis son enfance et surtout plusieurs années à travailler et, quasiment, vivre dans un magasin de location de vidéos pendant 5 ans, il a vu, emmagasiné et finalement écrit des scénarios. Des collaborations fructueuses (Roger Avary, Robert Rodriguez) et quelquefois des scenarios volés et modifiés (Oliver Stone), ne l’auront pas empêché de faire l’acteur, le producteur, et quelquefois le réalisateur de segments d’autres films et/ou séries.

Un style reconnaissable, basé sur des arcs narratifs multiples à un moment commun, de la violence shakespearisée, un scénario (quelquefois) à rebours dans le déroulé, des programmations musicales de ouf, et des acteurs illuminés par leurs rôles.

Monsieur Tarantino est un fourre-tout du cinéma. Un esthète de l’allitération cinéphile, un perpétuel garant du 7ème art, un fidèle converti à la mémoire du cinéma de genre, d’exploitation et quelquefois B ou Z.

 

Ce ne sont pas mes bêtes et courtes années d’école de cinéma et d’audio-visuel qui m’ont donné l’envie de vous dire du bien du personnage de Quentin, car de sa vie je ne connaîs rien. Cependant, alors que je finissais de foirer ma scolarité d’assisté, j’ai vécu la naissance de RESERVOIR DOGS à sa sortie (mais en vidéo). Ce fut pour moi une claque cinématographique. Si bien que je me suis évertué par la suite à suivre la filmographie de chacun des acteurs, tant ils m’avaient éblouis. C’est notamment comme ça que je suis devenu un fan inconsidéré de Harvey Keitel, et un peu de Michael Madsen. Cette conversation surréaliste au bar à propos de Like A Virgin de Madonna, et la scène de torture dans le hangar désaffecté ont fait voler mon approche du cinéma à 20 ans, et cette condescendance au sang sans vergogne, ivresse d’un ébat jamais résolu. Et dès son premier film, la musique idéale utilisée sur des scènes faites pour elle (ou l’inverse), comme un rêve de cinéaste.

Quelque temps après j’ai vu True Romance, de Tony Scott, qui était basé sur le même mode opératoire, et tout aussi péremptoire mais en version plus soft. Nous savons tout de même de qui était le scénario.

 

PULP FICTION à fait l’effet que vous connaissez tous, tant sur la toile que jusqu’à Cannes et ensuite dans les chaumières. Résultat, à seulement son deuxième film, la consécration ultime et une statuette. Sans doute des tas d’autres films de l’époque le méritaient aussi, mais celui de Tarantino ne démérite pas ce prix. Là encore, sa fibre composite cinéphile est posée. C’est un peu l’apogée de son style, burlesque par l’aspect, complexe par sa narration, stylé par son grain, désireux de faire des références mémorielles aux genres, exalté dans ses dérives personnifiées, tragiquement désinhibé, dans une violence situationnelle autant que dans une lenteur de circonstance, et puis toujours et bientôt un persistant devoir de faire renaître des acteurs sur la brèche (John Travolta). On pourrait crier au chef d’œuvre, je n’y vois en fait que l’agencement de ce qui se fait de mieux en terme d’hommage au cinéma, et c’est là toute la qualité qui ne quittera jamais son réalisateur.

 

Je n’ai vu quasiment aucun film de Tarantino au cinéma (à part récemment Once Upon a time… in Hollywood et Django Unchained), et malgré tout je considère presque ça comme un hommage à sa courte carrière vidéophage. Je crois qu’il avait compris l’importance du poids (à l’époque) de la vidéo exploitation, et particulièrement de la blaxploitation. De là est né JACKIE BROWN.

On retiendra de ce film l’animosité féline de Pam Grier (qu’il a fait renaître de ses cendres), un Robert Foster monumental et un Robert de Niro trippé comme jamais. Un scénario de polar funky (sur une base similaire de sketchs à la Pulp Fiction), mêlant une fois de plus des individualités antagonistes et des situations burlesques. Et une BO à faire chanter sa belle-mère en footing.

 

Je ne suis pas passé à côté du KILLING ZOE de Roger Avary, qui est un Tarantino à la française produit par le maître himself, et qui reste une curiosité dans la filmographie de Jean-Luc Anglade et Julie Delpy.

En 1996 (soit 1 an avant Jackie Brown), Quentin (pardon pour la familiarité, c’est pour diversifier) bouleverse une partie de mon affiliation et me fait lorgner du côté de Robert Rodriguez (pour le restant de mes jours) aux côtés de Georges Clooney et Harvey Keitel dans UNE NUIT EN ENFER. Cette fois pour ses talents d’acteur, autour de cette farce de série Z (comme zombie) et du grand guignolesque sanglant, pour laquelle je suis presque à genoux (surtout devant Salma Hayek). Je l’avais cependant découvert auparavant par hasard avec El Mariachi, avant la version Desperado. Et j’avais noté l’accointance certaine qu’il pouvait s’offrir avec le sieur T.

 

KILL BILL. Je n’en ferais pas une épopée de diatribe à l’étale, car j’ai moyennement adhéré à ce film en deux parties. Je ne sais pas trop pourquoi, j’ai zoné pour arriver à les voir, et au final j’ai trouvé l’ensemble marqué stylistiquement par des empreintes évidentes du cinéma d’action Kung Fu et des espaces façon western spaghetti, mais je crois au final très brouillon selon mes souvenirs.

Cependant, ce film recèle de formidables hommages aux genres concernés, avec des scènes entières, façonnées pour l’histoire de la mémoire (comme la briève remise en scène pour David Caradine). Et quelque part, si on doit rendre hommage au cinéma de Tarantino, c’est surtout et essentiellement sur sa volonté de lui-même rendre hommage au souvenir indélébile qu’il en garde, et que nous devrions garder.

 

Malgré ma volonté de rester chronologique, j’ai vu INGLORIOUS BASTERDS avant Boulevard de la mort, mais ça ne s’est pas bien passé. Je l’ai vu en VO non sous-titré. De fait j’ai laissé tomber l’histoire et j’ai passé 2 ans sans regarder de Tarantino. Mais je me suis rattrapé plus tard et je ne le regrette pas.

Là encore, outre la reconstitution des années 40, ses concepts scénaristiques sont présents. Flashback, violence sans péché, et imagerie nazi à la sauce Tarantino, ça manquait au cinoche tout de même !

Mais dans ma mémoire, au final ça ne reste pas un de mes films phares du bonhomme. Je note en revanche, qu’à partir de ce métrage, la violence devient plus thématique que gratuite, et sans disparaître (bien au contraire) deviendra plus ciblée de film en film.

 

BOULEVARD DE LA MORT (death proof), sera ma seconde claque du réalisateur après Reservoir Dogs. Il est fort possible qu’il soit mon film préféré de Tarantino.

Cet attachement au grain des caméras 35 ou 70 mm, cette façon de filmer les conversations (avec une ouverture version Reservoir Dogs au féminin), cette promenade mécanique vue de l’intérieur des véhicules, ce besoin de ralentir le cinéma au niveau du temps réel, et bien sûr, cet hommage aux films de poursuite des années 70 et ses couleurs chaudes. Et puis Kurt Russell «  Stuntman Mike » (à prononcer à l’américaine, ça tape je trouve), gueule éternelle du anti-héros parfait, un must.

 

Je ne me souviens plus très bien de l’ordre dans lequel je n’ai pas respecté la chronologie de sortie de ses films, mais je crois bien avoir vu DJANGO UNCHAINED en salle.

Depuis le temps que la logique de son cinéma tournait autour, empruntant à foison les codes du western spaghetti, on attendait quelque chose d’original de A Band Apart ( sa société de production). Chose faite avec le thème centrale de la ségrégation, empruntant un personnage existant déjà dans l’univers du western spaghetti et de la blaxploitation. Et puis le personnage campé par Samuel L.Jackson, le majordome noir à la cause des ségrégationnistes est formidablement interprété, son acteur le plus utilisé, comme acteur et comme voix off, 6 participations en tout (sans compter True Romance).

De fait, plutôt que d’avoir un western traditionnel, on tourne autour d’un thème pour utiliser ses codes et son univers. Il faudra attendre le suivant (les 8 salopards), pour en avoir un vrai.

 

Je pense avoir visionné LES HUITS SALOPARDS (The Hateful Eight) au moins 2 ans après sa sortie, pourquoi ? Je ne sais pas, j’ai raté le coche, je n’ai pas pu y aller. Et puis, pour être honnête, je ne cherche pas absolument à voir, j’attends que l’occasion se présente, je laisse le destin mettre le truc sur ma route. En somme, des fois ça va vite, des fois ça prend des lustres.

En le visionnant je me suis dit qu’il arrivait à son but ultime, tous ses films précédents avaient l’humeur, le ton et l’ambiance de son Graal personnel. Et puis arriver à mobiliser Ennio Morricone pour la musique d’un western en 2015, c’était une parfaite symbiose avec l’amour qu’il tentait de ressusciter dans le cinéma moderne, des entrailles de ce que l’histoire du 7ème art a construit.

Après toutes ces années à tourner autour du pot, que pouvait-il nous offrir de mieux ?

Justement…

 

ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD.

Finalement, quoi de plus logique que faire un film sur le milieu du cinéma pour parachever tous les autres. Et tant qu’à faire, suivre un acteur dans le Hollywood de Polansky et Manson en 69, qui tourne des westerns… la boucle est bouclée.

Depuis Inglorious Basterds, Tarantino a basculé dans un autre cinéma, celui de la violence thématique et non gratuite (je l’ai dit plus haut, même si celui-là comporte une scène puissance 10 dans le genre), mais aussi dans un cinéma de reconstitution, car il film des époques. Et son Hollywood de l’année 69 est assez bluffant de réalisme.

Même quand un vieux film de guerre passe dans ces vieilles boites cathodiques en plastique, qu’il a lui-même tourné pour l’y faire passer, il y a la lumière de l’époque sur les cheveux, le hâle patiné sur le front de DiCaprio, et le grain sensible du noir et blanc.

L’histoire de la secte hippie de Manson plane régulièrement, mais le scénario alterne entre fiction et réalité, je laisserai donc à chacun de découvrir par lui-même les tenants et les aboutissants.

 

J’ai l’air de parler de son dernier film comme, justement, du dernier. Évidemment, selon ses propres dires il en fera au moins 10 (et plus s’il revient sur sa décision) sans compter son projet de série (encore) western. Mais je trouve que son Once Upon a Time signe élégamment une boucle dans son propre parcours.

Quentin Tarantino n’est pas le meilleur réalisateur du monde, mais il a su rendre au cinéma ce qui lui appartient, le plaisir et l’amour de l’émotion (et peut-être le fétichisme des pieds féminins), et moi, il m’a radicalement ouvert les yeux, c’est comme ça.

 

PS : Comme vous avez pu le lire je n’ai pas fait de référence à Tueur Né de Oliver Stone, car si le script utilisé est à la base un scénario de Tarantino il a été totalement modifié et réécrit, pour au final s’éloigner de l’esprit originel. Il est donc régulièrement cité dans son parcours mais n’en a pas l’essence.

 

RePS : Et sinon j’oublie sûrement des tas de trucs mais je ne suis pas journaliste, c’est un article de cœur pour le fun.

 

©Necromongers

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L’étranger au regard de sable

La chevelure bouillonnante, le teint frais, le regard élancé, et quelques brèves de comptoir plus loin… sa vue n’était plus qu’un champ de coton imbibé de liquide. La vie s’égraine sans heurt quand l’effort n’est pas légion. Quoi de plus neuf que le repos forcé, quand on vieillit prématurément.

Pas d’amertume en ce jour, rien n’était d’une importance capitale. Les morts savaient obstinément ce que les vivants saccageaient, la puissance du lendemain sans anticipation brisait le miracle de la subordination.

On aurait pu laisser mourir du monde, ce qui restait relatif devenait une hydre. Dans ses yeux, on aurait dit du sable venu de loin. Un coton de Panurge, un imbécile au lait frais, une épopée sans limite.

Plusieurs personnes lui on dit d’arrêter, de se taire en silence, de cesser la mise à mort de l’indifférence. Mais c’était plus fort qu’au-delà de nous, d’imaginer seulement qu’une histoire puisse ne pas arriver. Alors, son sourire fut prit pour une arme dangereuse, et on commença à le montrer du doigt.

Son calme léthargique, son allure penaude, sa carrure fantomatique et ses pupilles hypnotiques suffirent à déclencher la furie des haineux. Il restait là, à ne rien faire, il était donc capable de quelque chose d’inconnu.

Ce fut un matin pluvieux, tôt, à l’heure des ballons de blanc printaniers, que le drame coula à flot.

Les journées jusque là pétries de sa présence, honorèrent son absence d’une assourdissante névrose calomnieuse. L’homme au regard de sable n’était plus là.

Une enquête fut ouverte et des témoins auditionnés.

 

Agent : Sa description ?

Témoin : Allure penaude, carrure fantomatique, cheveux bouillonnants, pupilles hypnotiques, teint frais, regard élancé…

A: Pardon ?!

T : Et bien tout ça quoi !

A : Vous appelez ça une description ? Je ne comprends rien !

T : Je ne sais pas quoi vous dire d’autre, c’est comme ça qu’il était connu.

A : Je ne peux pas marquer ça sur le rapport, on ne sait pas à quoi il ressemble.

T : Vraiment ? Vous n’avez pas d’images poétiques qui vous viennent ? Mais vous voyez les gens comment vous ?

A : Age, taille, poids, couleur des yeux, des cheveux, ce genre de truc.

T : Je ne comprends pas.

A : Vous ne comprenez pas quoi ?

T : Je ne comprends pas qu’on puisse encore en être à décrire les gens de façon identique, avec aussi peu de variantes pour pouvoir les retrouver .

A : Les retrouver ? Mais votre gars est introuvable avec des informations aussi vagues, floues et dénuées de caractéristiques précises !

T : La poésie retrouve tout le monde. La poésie ne formate personne. La poésie est une arme de précision massive.

 

Nous n’en saurons pas plus. Les éléments de l’enquête n’ont pas été dévoilés.

Ce qu’on sait en revanche, c’est que depuis son absence chacun prend le temps de se scruter avant d’entamer le dialogue. Lui qui était là auparavant pour fédérer les haines, avec son sable dans les yeux, sa condescendance passive, sa différence inconnue… ils en avaient peur, ce qui leur permettait de vivre ensemble sans craindre l’autre, puisqu’il était le démon de tout le monde.

Ils apprirent donc à se supporter en silence, comme quand on ne sait pas si cela est nécessaire d’aimer ou pas. L’amour a toujours eu bon dos pour vivre ensemble.

Depuis, le bruit des ballons de blanc qui tintent, tôt, dans la brume des esprits conspirateurs, se dégustent sans un seul regard de sable.

 

On apprit plus tard qu’un témoin avait donné une description très technique du disparu à la police, qui fut notée officiellement dans le rapport. Jamais personne ne le retrouva.

©Necromongers

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Les Humeurs de Necromongers « nos mémoires s’étalent dans l’oubli »

Je ne sais pas s’il y a encore des choses valables à dire.
Des gens souffrent. D’autres se moquent. D’autres s’en foutent.
On peut tous crever comme ça, dans l’indifférence générale augmentée. Dans cette alliance de la modernité et de l’austérité moyenâgeuse.
Peut-être que ça n’a pas beaucoup changé, que ça n’a pas beaucoup évolué. Peut-être que les peurs ont toujours eu raison de la majorité, pour qu’enfin le peuple se plie et baisse sa garde d’épuisement.
Jamais nos sociétés n’ont été aussi informées. Jamais nos vies n’ont été aussi faciles à manipuler, faciles et promptes à générer des fusils sur la tempe le sourire aux lèvres.
On nous demande d’être patriote, de croire en l’homme, de faire confiance, de s’abandonner aux nouveaux dieux de l’économie.
Il y a un monde entre mes 20 ans et mes 4
5 ans que je ne saurais vraiment expliquer. Je ne sais pas si mes choix ont été les bons, je ne sais pas si ce que j’ai fait était nécessaire, je ne sais pas si le temps résout les équations.
Ce que je sais en revanche, c’est que le retour en arrière est impossible. Pour moi, pour vous, pour notre immense peine à réfléchir, pour toute la communauté qui a détruit l’environnement avec aisance et continu
e sans s’écorcher la conscience, pour la politique utilitaire du capital… qui ne s’arrêtera jamais sans qu’on la détruise avec violence.
Le monde
a toujours été violent, mais aujourd’hui il est nihiliste volontairement.

*

Il est des jours où les coïncidences font réfléchir.
Alors que je m’apprêtais à prendre un virage à angle droit dans un petit village, j’ai été stoppé net à l’angle, au niveau du monument aux morts. Enfin stoppé net, non, je me suis retrouvé au cul d’une Ayo qu’une trottinette aurait pu doubler sans élan.
Vous l’aurez deviné, l’autoplaymobil de chez Toyota était conduite par une vieille personne, dont l’autorité bienveillante du respect qu’il m’est demandé d’avoir est proche de la logique d’une réflexion entamée par la sécurité meurtrière de notre pays.
Par chance, je tournais de nouveau environ 20 mètres après dans une nouvelle direction, laquelle m’a paru aussi longue et lointaine qu’une semaine entre 2 épisodes de GOT.
Je n’imagine pas le tracas et l’angoisse parsemé
s d’incertitude qu’a pu véhiculer ce tombeau ouvert aux autres conducteurs sur les mètres suivants, pile dans l’alignement de l’église.
Chose incongrue, ma mission élégante du jour était d’aller vider le tri de mes poubelles dans les containers répartis à cet effet. Vous savez, le tri, ce même objectif lugubre et indéfinissable que les Français ont autant de mal à faire pour leurs déchets que pour les informations trouvées sur le web. Car il lui faut du prémâché à notre esthète de la civilisation moderne, plus le niveau de confort est acquis moins le niveau de réflexion est motivé.
Peu importe.
1h après, en repassant par ce même village, j’ai croisé sur la portion à 30 km/h une quinzaine de motards de la gendarmerie encadrant deux véhicules du même ministère des armées, dont un banalisé avec un chauffeur portant un gilet pare-balle.
J’avais envie de leur dire, ne sachant aucunement la portée ni l’objectif de leur mission, qu’à 60 minutes près ils auraient bien pu tous mourir dans d’atroces vieilles souffrances boursouflés par l’âge au niveau du monument fleuri aux non vivants.
Les choses capitales ne se rencontrent pas toujours au bon moment.

©Necromongers

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