Tous les articles par ianussios

Poème exagéré (5)

On fait des alouettes au pied du plancher

Volant à l’envers sans sourciller,

Des actions Carambar pour mieux rigoler

Mêlant encore son tordant à mastiquer.

 

Le soleil n’arrête jamais de briller

Même quand il pleut des vaches qui rient,

L’herbe fait semblant de pousser

Pour les tondeuses en fin de droit qui prient.

 

Les chats dorment même la nuit

Si bien que le jour ne sait plus quoi illuminer,

Les mulots aimeraient sortir manger

Sans finir carpette au pied du lit.

 

Le vent n’a rien inventé d’original

Mélangeant nos mèches sur son piédestal,

A peine quelques bourrasques d’Epinal

Des yeux qui pleurent un peu bancals.

 

Laissons nos goulags personnels s’enliser

On peut aussi les tartiner lentement,

Gaffe à ne pas choisir une biscotte ébréchée

La mélasse qui casse c’est légèrement chiant.

 

On se regardera en chien de faïence

Prêt à se recoller la mémoire,

En brocante, vide grenier ou dans une foire

Nos vies en puzzle sans aucune patience.

 

©Necromongers

Le dernier mgversion2>datura N°88 avec moi en Guest.

Le dernier numéro de la revue française mauvaise graine, éditée en langues française et anglaise. Créée en Grande-Bretagne en 1996, rebaptisée mgversion2>datura et à laquelle plus de trois cents auteurs et artistes ont participé en plus de vingt ans d’existence. Invité spécial de ce numéro: Necromongers.

Ont aussi contribué à ce numéro: Edward Ahern, Gary Beck, Chereze Booysen, Roisin Browne, Basile Rouchin, Bruce Dodson, Stephen Philip Druce, Khalid EL Mokhabeti, Jack Grady, C. Z. Heyward, Christopher Knodel, Patrice Maltaverne, Randel McCraw-Helms, James B. Nicola, J. J. Steinfeld, John Tavares & Lynn White.

 

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_ DÉSIMAGINER _

Et puis merde quoi à la fin

Quelle importance après tout ?

On voudrait des canons de la poésie

Des volutes de la beauté des mots.

 

Montrez-nous le chemin des bois jolis

L’exercice manque au siècle.

Tout refaire comme avant

N’en déplaise, ne sonne plus comme maintenant.

 

N’imaginez rien, pour quoi à la fin ?

A trouver des arnaques à l’astuce,

Des théories qui ne servent personne,

Des breloques qui embellissent le faux.

 

Changeons d’avenir, restons stable.

Modulons le passé, éteignons la vie.

Perturbons le présent, ne faisons rien.

Recomposons le temps, exerçons-nous à mieux.

 

A mille lieux de défaire, il faut des « faire ».

A mille lieux d’encourager, il faut en cours « rager ».

A mille lieux de prédire, il faut de près « dire ».

A mille lieux d’imaginer, il faut des images « innées ».

©Necromongers

Histoire Écourtée 16: (La course)

Le souffle était court. Un battement sur deux ne savait plus que le sang ressourçait son oxygène. Les arbres dansaient comme un rêve narcotique. Ce n’était pas la pluie qui glissait sur son corps et trempait sa chemise. Quelquefois, des branches venaient gifler son visage. Ses jambes couraient toutes seules, avec une volonté affolée. La douleur trouverait d’autres instants plus propices pour se manifester. Derrière lui, l’expiration de l’air s’étendait sur des centaines de mètres. Devant lui, aucun but précis, si ce n’est de garder les yeux ouverts.

Son pied accrocha une racine bien ancrée, faisant trébucher son regard sur le sol. L’air eu peine à poursuivre son chemin avec toute cette terre qui lui barrait la bouche. Pendant quelques secondes, l’oxygène ne savait plus que les battements existaient. Le retour à l’envoyeur. Quelque chose lui tira les cheveux en arrière. Il prit une grande respiration encombrée, s’étouffa un peu et recracha de l’humus. Reprendre ses esprits, le temps de sentir un froid glacial sur sa tempe.

Quand le coup retentit, une flopée d’oiseaux s’envola en nombre, faisant résonner le bois d’une vie jusque-là silencieuse. Leur souffle était court. Un battement sur deux ne savait plus que le sang ressourçait leur oxygène…

©Necromongers

Dans les champs d’horizons…

Qui peut savoir

Qui ne saura jamais

Qui rêverait de savoir

Qui ne voudra jamais savoir

Qui rêverait d’avoir le choix…

 

Nous sommes bousculés

Happés, remués, contorsionnés

Nous sommes une illusion

Nappés d’angoisse jouissive…

 

Monumentalement en dérive

Catapultés par le besoin

Mécaniquement compulsifs

Les cadavres d’un jardin fleuri…

 

Les champs de brouillards

Inoculant les bulles d’air

Tournent en s’égouttant

Virevoltent, chantent et explosent

Eclaboussant la lumière de brume.

 

Nous sommes des nuages prospères

Une fumée nocive pleine de couleurs

Des hélicoptères de pétales ondulés

Déchirés par le vent de nos vies

Inconscients, percutés par notre fatalité.

 

Irons-nous jusqu’au bout

Irons-nous plus loin

Irons-nous enfin mieux

Irons-nous quelque part…

 

Le soleil me manque déjà

Quand il fait vivre le jour

Au milieu des branches d’un bois

A travers les hautes herbes.

 

La lune continue à épouser la nuit

Nous sommes une écurie d’étoiles

Formés pour mourir en plein jour

Les feux d’artifices ne se rencontrent pas.

 

©Necromongers

Etats d’âmes (13) (14) (15)

Etat d’âme 13:

 

« Quand j’entends parler de « l’argent de la drogue » ou de la corruption ça me fait rire. L’argent n’est rien, ça reste de l’argent. Un bonbon ou de la coke quelle différence pour l’argent?
Un billet n’a rien fait, ce qu’on en fait en revanche, devient ce que l’argent fait faire, des choses qui font qu’il ne sera jamais le bienvenu dans notre système… mais allez leur dire. Ils s’en foutent. Ils déterminent à l’avance le pourquoi du besoin de quoi pour qui, et qui doit, qui devra, qui ne peut pas, qui ne pourra jamais.
La drogue, la corruption, le soi-disant « argent sale » ne l’est que parce que l’argent existe. Ça ne rend pas la drogue propre, non, mais ça tend à rendre l’argent sale pour tout. Evidemment certains me sortiront les fameuses embrassades du couillon qui prône l’argent qui fait du bien, celui qui fait le bonheur par-ci et par-là. Mais rien que ça c’est accepter que l’esclavage se limite à la considération que l’on a des moyens de l’aide que l’on peut apporter… et l’argent fait de nous des pauvres ou des riches.
En conclusion, il n’y a pas d’argent sale, parce qu’il n’y a pas d’argent propre. L’argent est un système de caste. Une religion universelle. C’est d’ailleurs ce qui permet au monde entier de se développer, bien et mal compris.
Qu’il aille se faire foutre, lui et ses dogmes à la con. »

 

Etat d’âme 14 :

 

« Le vent s’essouffle comme nos envies, d’un blizzard à la bise, une petite cerise qui crie depuis sa mare.
L’étang se noie comme nos ennemis, d’un Gloups au Blurp, une minuscule bulle d’eau s’échappe.
Les saisons se barrent comme nos années, entre pluie et beau temps, une parcelle de seconde après l’autre.
Les amis passent comme la couleur au soleil, d’un vif au pâle, un tantinet trop rapidement.
Les projets s’évadent comme la peur, d’un Arg à l’Oups, d’une ironie presque sans effervescence.
J’ai envie de dire, que les projets d’amis fassent un étang de vent selon les saisons, et on redistribuera l’ordre pour ceux qui en veulent un autre.
Mais sinon, il nous reste à vivre.
Alors ne faisons pas semblant… bordel de merde! »

 

Etat d’âme 15:

« Tout ça n’a pas beaucoup d’importance.
Les murs sont tous les mêmes quand on doit les gravir. Les gens ne savent même plus franchir la moindre parcelle d’humeur qui leur est propre. On se parjure le long des trottoirs en croisant des insectes langoureux, qui sautillent leur joie de n’être rien au milieu d’une nature féroce.
Tout ça n’est pas bien grave.
Les opinions s’échangent comme les branches mortes, le vent fait pleuvoir les avis sans conséquence. Et puis un jour, le sang ne coule plus, ça casse, et l’odeur de sève sèche n’attire plus aucune vie. Mais on ne se lasse pas des trottoirs si chers à arpenter, sans désir, sans sang, sans vie, juste une enveloppe vide, comme un insecte hors de sa chrysalide.
Tout ça n’est rien de rien.
Le libre arbitre est singulièrement étouffé. Petit à petit, comme une écorce qu’on arrache lentement. On s’épluche, on se découvre, on se met à nu, à la merci de notre pire ennemi: la passivité. Et les trottoirs continuent de défiler, pleins de pattes bondissantes, d’âmes éperdues persuadées de vivre leurs choix… mais vous l’aurez compris…
Tout ça est sans intérêt. »

©Necromongers

 

Et puis tous les jours sont obscènes…

Et puis les jours nous mentent

Ils font des tours pour rien,

Pire que l’invention de la tente

Qui se déplie en un tour de main.

 

Tous les idiots sont à l’intérieur de nous

A se lancer des défis,

Ça se fait des bises aux joues

Ça pleure, ça crie, ça rit.

 

On se regarde avec de drôles d’yeux

Comme des dimanches qui tombent un férié,

Comme un jour de vote quand il pleut

Et qu’on n’a procuré personne pour mentir avec fierté.

 

C’est le syndrome du qui mieux mieux

Sans se retourner pour faire factice,

On oublie même qu’on sera vieux

Les jeunes nous foutront dans les hospices.

 

De venir aveugle et consommer

Se cuire un œuf sur le dos du monde,

Eviter de se sentir concerné

La vérité pourrait devenir une fronde.

 

Dehors les gens pleurent et se saignent

Ils n’ont rien trouvé de mieux pour que cela se voit,

Pendant que les cartes des crédits violent sans contact les enseignes

Les derniers valides s’enrichissent là où les autres se noient.

 

Et puis on regarde plus loin quand on n’y voit rien de près

Les flous s’oublient presque partout,

L’ambition c’est la guerre du lait UHT

Nos amis pour la vie finissent moisis chez Justin Bridou.

 

Aux armes et cætera… mon cul sur un abîme

Allons enfants… mes couilles sur la table,

Et l’isoloir jouera son rôle habituel d’estime

Sans les mains à l’urinoir les yeux dans l’étable.

 

Pardonnez-moi quelques mots gros

Comme la vie est quelquefois indélicate,

Les guillemets entre parenthèses sont des salauds

Exploitants à fort taux la délivrance de nos actes.

 

Et puis les gens nous mentent

Ils font l’amour pour rien,

Pire que des vérités démentes

Qui se multiplient en deux tours, demain.

©Necromongers

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Etats d’âmes (10) (11) (12)

Etat d’âme 10:

« La vertu idyllique des likes emmène nos songes dans un ailleurs qui nous fait regarder les écrans sans discontinuer.
« Miroir dis-moi qui est le plus beau? » Mais le miroir ne répondit pas. Il sema un trouble aussi nécessaire que ravageur, en laissant le reflet prendre son temps pour transparaître de vide.
Le nombre d’amis ne nous dit rien sur leur valeur à appliquer un format déjà décidé par les réseaux. On peut être asocial star, anti-système VIP, rien, rien de prédit si la marche à suivre se souviendra du cours d’eau qu’elle doit emprunter.
Il ne reste que l’avis des autres qui donnent leur vie aux autres.
On peut s’aimer, s’aider, se croire, se faire confiance, se protéger, s’ovationner… le cœur n’en reste pas moins vide, et les gluantes rapacités orgasmiques de l’onanisme peuvent demeurer en berne.
Foutue époque.
Pauvres loques. »

 

Etat d’âme 11:

« Le torrent des ciels est comme les vents qu’il consomme, une auréole sur les glaciers silencieux.
Aux autres il n’y a que la potentielle émotion, des ennemis de l’impossible dans l’alentour des songes malléables. Des synonymes à l’emporte-pièce, une symbiose d’élégance, un genre de fiel biologique.
Jamais nous n’aurons conscience des évasions qui suintent, des oraisons qui dégoulinent, des excréments qui s’expatrient par intolérance de leurs conduits névrotiques. Et pourtant, la vie continue de se déverser sans vergogne.
Merde, et re-merde pour tout ça.
Chiotte, et chiotte encore pour le reste, silencieux, généreux de vide.
Les oiseaux peuvent crever, la nature agonir, le vent sera toujours de plus en plus chaud, et l’avenir de moins en moins beau. Mais le silence, lui, sera toujours gagnant.
Etre beau ne sert à rien sans l’assurance qu’il en reste pour quelque chose. »

 

Etat d’âme 12:

 

« Effacé comme une huître pendant un devoir de mathématique, il sécha la première question pour passer à la dernière. Il faut dire que le vent n’était pas de la partie, hurlant ses plaintes jusque derrière les vitres simples. Elles vibraient légèrement quand les rafales séchaient l’hypoténuse de la racine carrée sous le mastic.
De toute façon cette matière l’emmerdait. Rien que de remplir une case le faisait chier. Répondre à un questionnaire lui pompait l’air. Imaginer des pronostiques chiffrés l’écœurait. Compter, multiplier, diviser, additionner et soustraire le faisait vomir jusqu’à la somme.
S’il fallait un jour travailler, nul doute qu’il envisagerait une profession où l’argent n’avait pas le dernier mot… cela s’appelait Pole Emploi, sauf pour les fins de mois. »

©Necromongers

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Avec deux mains on ne va pas plus loin

Une heure chaque jour pour un jour chaque heure,

Une éternité pour y réfléchir.

Deux doigts pour rien en plusieurs fois pour une poignée de demains,

Quelques embrassades pour se questionner.

Trois choses seulement pour des émois sans raison,

Subir le temps et attendre son verdict.

Quatre à quatre sans se retourner pour comprendre,

Longer le fleuve pour reprendre son souffle.

Cinq fois le tour du pâté de maison pour vérifier,

Comme un seul homme apeuré.

Six coups tirés en l’air pour vider le chargeur,

Sommations sans précédent pour apprendre à se noyer.

Sept vies consumées en n’ayant l’air de rien,

Pour briser l’anathème d’une éternité au rabais.

Huit calmants pour endiguer la fatigue accumulée,

S’endormir éveillé et se contempler en flottant.

Neuf chats plus tard à se caresser le désir idolâtre,

La moisson du poil soyeux aux avant-postes.

Dix sur dix à la rédemption de soi-même pour la communauté invisible,

Finir en brochette sans Totem d’immunité, et rendre la monnaie.

 

©Necromongers

(photo by Necromongers)

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