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Il était une fois… l’histoire d’un bon coup écrit en plus d’une fois.

Il n’est généralement pas coutumier de se dire qu’une histoire commence par être intéressante quand elle débute par « Il était une fois… », et pourtant…

 

Il était une fois une histoire qui n’avait cure de son début, aussi classique qu’il soit possible de le faire. Rien au monde ne l’emmerdait plus que de se dire qu’on pouvait se faire classer très vite au rang des livres pour enfants juste avec quatre petits mots à la con.

Ça aurait pu être la fin de sa vie dès ses premiers pas. Mais, toute histoire qu’elle était, elle ne l’entendit pas de cette page. A part le hasard d’un calendrier vétuste de l’an dernier, il aurait fallu une pile de quelques tomes de l’encyclopédie universelle sur la gueule pour qu’il en soit autrement. Il fallait bien entendu pour cela, que la mort annoncée du début se laisse traîner dans une eau boueuse à souhait, laissant jaunir et vieillir au séchage pour renaître moins téléphonée. L’appel à une amie s’est pourtant produit.

 

Et donc, un beau jour de dimanche sous la couette, alors que deux culs bien rond se tournaient et se retournaient sur mes frasques encrées, le peu de ma petite vie entamée de quelques phrases jetées au stylo se déchira en deux. J’étais soudain devenu mon jumeau paraphrasé déprimé, une sombre idée juteuse de jambes en l’air défroquées, un carnaval de confettis en devenir essuyant des fessiers suintant les liquides séminaux… ceux d’une histoire qui commença à quatre mains pour finir en deux morceaux.

Les fins sont quelquefois tragiques, on peut même commencer sa courte vie par « Il était une fin… », mais dans l’ensemble les histoires s’amusent mieux dans le lit de leurs amants qu’au coin d’un presse papier à glander sur une table de nuit. Et on ne peut véridiquement pas causer d’histoire sans y glisser un soupçon de tragédie, quelques cliffhangers bien calés, et de quoi purement se faire dandiner le trémoussement en guise d’attente suivie. C’est pour ça que, rien ne m’avait prédestinée à m’évanouir entre des seins nus ou une paire de couilles se trimbalant dans de beaux draps maintenant moins clean. Une main attentive récupéra subrepticement mes deux volets de l’histoire sans fin d’une nuit.

J’était momentanément sauvée, comme une miraculée des ébats d’un jour, mon état d’urgence n’avait pas complètement été acquis à la cause des CRS (Corrigés Renfrognés Séparatistes), et ma Nuit Debout aurait pu me coûter un manque de sommeil réparateur. Mais je vous le demande, qui aurait voulu d’une fin sans début ? Je continuai donc mon déroulement…

 

Sur mes lignes attardées de la veille se mêlait des humeurs aux odeurs corporelles, quelques idées d’un scénario bancal et une pointe relevée d’humour à construire sous les accents d’un scotch « rafistoleur ». Ne pas rester froissée pour autant et continuer ma route de comptine pour adulte. Là, sur un bout de mon angle plié, se battaient quelques annotations pour ma suite, des griffonnages que seule j’avait capacité à décoder. Aucune attente vaine ne suffirait à espérer bêtement l’imbrication des mots mystères sans mon nègre de scribe, lui qui n’en démordait plus de s’emmancher avec sa femelle au lieu de s’occuper de sa meilleure amante, l’histoire de sa vie. L’inspiration ne vient pas toujours en se réapprovisionnant d’air à manquer, surtout si compter sur son expulsion ne règle nullement la problématique de la spirale infernale, la frénésie symphonique de l’accouplement mettait en péril mon épopée personnelle. Que faire d’un auteur avec un cerf de noix tombé dans les burnes ? Le ventilateur couvrait mes tentatives décourageantes d’attirer un battement d’attention sur ses frêles mouvements de clapotis. Ça et les coups de buttoirs envoyés à sa conquête du moment, reléguaient ma présence à une plume dans une botte de fions.

Mais l’incident se produisit. Par mégarde, mon étalon d’auteur tenta de s’introduire avec panache dans la commissure endiablée de sa belle, sans fondement d’intention partagée. La cavalcade prit une tournure atypique et, malgré la passion déchirante qu’elle vouait à l’originalité de son danseur de reins, la ruade ne se fit pas trop attendre. C’est qu’une jument libre ça peut se rebeller sans préavis. Raidie comme un pieu cherchant à percer la terre aride, sa donzelle chercha à se maintenir en équilibre, sa main fit valdinguer une bouteille sans bouchon sur la prise du ventilateur. Un claquement grésillant, suivi d’un petit flash la déstabilisa, elle se relâcha, le cow-boy s’engouffra dans sa monture sans l’ombre d’un lasso flottant dans l’air. La chute du souffleur modifia les courants brutalement, et une forte rafale me fit voler sans fin dans la chambre.

Quand le dernier râle en décibels de l’écrivaillon, bien au-dessus des cris contigus de sa sauvageonne,  émit l’hypothèse d’une fin probable de la chevauchée fantastique, tête en arrière il aperçu son fétiche inachevé en lévitation, les bords légèrement léchés par de petites flammes timides. Son sang, déjà bouillant et au bout de son parcours, ne fit qu’un demi-tour. Lâchant le croupion de son hôte écrasé par ses dix doigts incrustés, et saisissant au vol le feuillet de sa prochaine délivrance, il glissa sur le côté pour aller s’affaler près du lit.

 

Les miracles ne se produisent pas toujours. Les histoires ne savent pas attendre leur dénouement calmement. Les mettre en pause pour y revenir ensuite ne leur plait pas trop. Laisser des invitées décupler sa semence fertile sans esprit ne gomme pas les intentions fragiles d’inspirations mal emmenées. Il me faut vous l’avouer, être un texte au bord de la dépression paresseuse a pu me faire exister nerveusement comme une entité viable.

Le calme revenu au sein de son habitation, mon « écriveur » pouvait s’adonner à sa nouvelle égérie, ma suite dans ses idées. Certes, il convenait d’avoir encore un peu de couilles au cul pour forcer la porte de mes tréfonds, mais je savais pouvoir lui faire un tantinet confiance… assez pour avoir attendu.

Il parcouru mes deux feuilles noircies de ses mots, alluma une Pall Mall sans filtre, pris une grande bouffée, souffla un nuage blanchâtre par le nez, et retint sa respiration plusieurs secondes en fermant les yeux. Il se leva, parti quelques instants et refit surface avec un verre de Gin Tonic. J’ai beau lui faire du gringue à mon scripteur, lui faire des avances à la ligne, le tirer vers suspensions déchiffrables, lui sonner l’ego et lui soigner la libido, il est comme ça, faut qu’il s’aide. Mais je l’aime quand même comme il est, avec son talent des défauts, ses trompes l’œil dénivelés, ses faux penchants de déviant travaillé, et j’en passe.

Avec douceur il me caressa tout du long d’un filet de doigt, tapotant le dos de son stylo d’un autre. Une gorgée, puis deux, une taffe puis une autre gorgée. Ses yeux limpides commençaient à caresser mes tournures, et l’encolure de mes attributs concoctés ensembles. Ça germait doucement dans sa coquille à bouillon, au rythme des papilles qui transformaient le flux nerveux d’alcool en sang. Il se mit à me gratter d’excitation depuis la bille de son instrument. Mais je sentais bien qu’il hésitait beaucoup, rayait, revenait sur mes mots, raturait trop… et puis un bruit de pas dans les escaliers le tira de ma charge.

̶  Qu’est-ce tu fais mon lapin ?

̶  J’essaye d’avancer avec mon histoire là, mais j’ai vraiment pas la tête à ça…

̶  Ça va te bouffer ces trucs là, tu devrais te concentrer sur des trucs sérieux.

̶  Des trucs sérieux… comme quoi ?

Elle fit la moue en s’approchant coquinement derrière lui, lui passa les mains autour du cou, en fit descendre une lentement jusqu’à son entrejambe.

̶  T’as sans doute raison, en plus c’est de la merde mon histoire, j’ai l’inspiration d’une feuille de chou dans une conférence pour le cannibalisme.

̶  Ça mange des choux les cannibales ?

Mon sous-fifre de raconteur, se retourna vers sa mijaurée en lui plaquant les mains aux fesses un large sourire aux lèvres.

̶  Tu sais que je t’adore toi ?

Il m’attrapa comme un vulgaire torchon, m’écrasa de sa poigne et me jeta sans ménagement dans sa corbeille en osier.

Me faire ça à moi, cet espèce de géniteur faussaire, ce fumier d’écrivailleur à deux balles. Incapable de prendre soin de sa future descendance, préférant s’envoyer sa grosse pouffiasse au rabais dans tous les recoins de la baraque nuit et jour… oui je suis en colère, je n’aime pas me faire abandonner et préférer à une jouissance adultère de bas étage, je n’aime pas partager sans fin. Mais je n’aurai pas tout perdu. Quand il se releva, s’employant déjà à triturer sa gourde à pénis, il me fit tomber dessus sans le voir son mégot presque consumé en équilibre sur le cendrier.

Tandis que mon lâcheur de père montait à l’étage avec sa viande à fourrer, je pris bien soin de rassembler mes derniers poumons de fibre, et d’un petit claquement étouffé j’expulsai l’encre qui permit à l’air de mieux s’engouffrer dans mon histoire avortée, le feu pu respirer son aise, et prendre son envol sous la fenêtre, vers les rideaux…

©Necromongers

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Je me souviens des 500 résineux qui écopaient le trop plein.

 

Histoire auparavant publiée de façon inédite sur le blog de: Sale Temps Pour Les Ours (lien ci-dessous)

Je me souviens des 500 résineux qui écopaient le trop plein

 

[ceci est une histoire vraie vécue pour de vrai… C’est ainsi que le monde à pu s’écrouler tranquillement sous nos pieds…]

La lueur forcée du jour insiste déjà depuis plusieurs heures pour me tirer du lit. Il est [11h] quand elle y arrive enfin.

Café- 1ère clope- Coup de fil.

L’aubaine du jour se pointe comme un début d’Automne attiré par un chanvre malingre, qui pousse à la rosée dans l’antre humide de mon F1 surdimensionné. Greg passe me chercher pour une cueillette avec des potes à la campagne.

[12h] Il s’installe, sort un gros morceau de pollen, deux feuilles à rouler, éclate une blonde et un retour intérieur cartonné du paquet. On l’allume pour le finir sur la route.

Le soleil est vraiment réconfortant, il dessine le chemin comme une croisière Costa entre les arbres, Cypress Hill communie et résonne dans l’habitacle. Ce n’est ni loin de chez moi, ni trop près, juste à la bonne distance pour s’enfumer. On arrive chez Franck et Raphaël, les plus sérieux dealers provinciaux du coin.

Tape joue- Accolade- Bière- joint.

Blagues défoncées, humour décalé, apéro loading…

[13h] Bière- joint- vin- joint- whisky- joint.

[13h30] Bière- joint- Whisky- joint- Gin- joint.

Placards inspectés, nourriture prête à réchauffer, cuisson lancée.

[14h] Vin- joint- Gin- joint- Bailey- joint.

Repas- vin- joint- bière- joint.

 

Tout le monde affirme que c’est la meilleure saison et la meilleure journée pour se saisir des champs à vaches. C’est mieux quand les vaches sont absentes, plus pratique dirons-nous. Un pré trop pratiqué massacrerait l’indice même de notre présence. Cela n’en vaudrait pas la peine. L’objectif est simple, tout autour de la maison la fraîcheur saisonnière et le soleil abondant ont fait naître une multitude de micro tas en réunion, des petits chapeaux marron crème à la goutte brune… mais avant toute chose il faut s’alimenter.

Bière- joint- vin- gnôle- joint. Ça marche aussi à l’envers…

Et puis le moment du départ à la chasse est donné, il est [15h]. Il faut déplier ses jambes longuement. Quitter la position assise qui laissait la fumée stagner dans la pièce, comme la brume épaisse d’un matin celtique au pays des gaillardes limousines.

De lui-même le sol chavire. Les escargots n’ont qu’à bien se planquer. C’est autour des carapaces que nous allons cueillir.

Jusque-là, No One Is Innocent, Mucky Pup, Beasty Boys, toute la gansta ouest de la côte américaine et du Dub Aerial ont baigné nos saignantes coudées enfumées. Mais c’est sans compter l’amnésie digestive de nos intestins immobiles, qui créent une diversion soporifique céphalée dès la tendinite des guibolles en action. The Blackened de Metallica me harponne la gibecière, ma vision est un carré d’une justice For All Blacklisted… tant pis, les champs nous appellent.

 

Les premiers chemins de bitume s’aventurent parfaitement à nous perdre entre plusieurs entrées possibles. Le choix est naturellement sans animaux, et bien entendu sans ovidés, porteurs de maladies peu comestibles.

Tout visiter parait périlleux – joint – il parait nécessaire d’entamer une sorte de réflexion – joint – pour évaluer solidement une éventuelle direction envisageable – joint-

Peu importe la chance. Le pré décidera.

Raphaël me fait coucou de loin, son sac plastique à la main. Franck est stupidement prostré devant un trou d’eau grenouillant. Greg roule.

Il faut affûter ses yeux comme une lame pour l’abattoir. Les Schtroumpfs hallucinogènes ne sont pas les Gargamels multicolores habituels. Mais c’est un jour faste, se baisser suffit amplement à remplir sa besace. Pour être sûr il faut toujours goutter – croque – Greg s’approche.

Joint- croque- joint- roule- s’éloigne.

Quelquefois les psilo rigolent – croque – joint –

L’herbe est haute. La main s’engouffre avec soin au fond du tapis vert, remue et plie pour faire apparaître un œuf de dragon en chapeau pointu – croque – les clôtures disparaissent et l’étendue s’offre. Les pièges ont oublié leurs ficelles, l’horizon se mêle entre deux mondes indistincts. Les regards se croisent, fument, dégoupillent des canettes prospères qui gambadent assez facilement au goulot… et les maux s’en vont d’où ils viennent.

Joint- croque.

Et dans une étuve famélique on idolâtre…

Croque.

La poche semble pleine. Du moins, en suffisance organique plaisante.

Décision commune, après un litige sur la complexité directionnelle à emprunter, prise à l’uni inanité. Juste un fil d’Ariane secouant nos tangentes personnelles mêlées.

 

Un flou traversé par une multitude d’éléments restant encore tout à fait inconnus à ce jour, nous conduit fortuitement, sans sourcillement et sans enjambée pittoresque à un non lieu sur témoignage indirect… à déménager nos corps ailleurs… position débraillé sur canapé F1 surdimensionné.

[19h] Les heures passent comme des minutes exagérément inadéquates. Le temps fait un bon dans l’histoire.

Joint- croque (les fondamentaux).

Voyage cosmique en alouette terrestre.

[21h]  Le salon est imposé par mégarde aux intrus habituellement proposés à y résider. Tous les objets reconnaîtront leurs inquisiteurs potentiels, aucune plainte ne sera déposée.

La chandelle consumée renaîtra de ses cendres liquides.

Mais pour sûr, aujourd’hui c’est chié !

Pourtant nos yeux sentent encore le signal lumineux des besoins vitaux. Quatre corps affalés – joint – se remettent lentement – joint – d’une journée sans fausse note………….. Tilt……………..

L’espace qui consomme nos alertes est complètement aéré par la chaleur que dégagent nos enveloppes dans ce lieu si étroit, ça ne peut être que ça.

Les bonnes idées n’ont de bien que le moment où elles naissent. Sans que personne ne comprenne comment ou ne sache pourquoi, Franck se trouve devant la kitchenette à bricoler sur les plaques électriques. Fait bouillir de l’eau. Une activité inespéré et sans commune mesure avec l’état vaporeux qui nous habite… la bouilloire siffle – joint –

Les idées c’est comme les bons moments qui naissent, la 1ère vendange est toujours dégueulasse. C’est ainsi que pour toute verveine à mémère y’a une tisane à pépère… le chapeau à pointe brune flotte sur une sirène d’eau chaude… gloups force 4…

L’éternité fait une pause.

 

Les pauses c’est comme un instrument de torture sans limite, il y a un temps pour tout et une éternité pour le reste. On peut s’assoupir d’un presque rien, même si on est surveillé. On peut repasser le film de sa journée avant de succomber, tomber dans un tunnel éblouissant remplit de champs gélatineux, suffoquer autant de fois que la glotte se coince, avoir les pieds trempés par des litres de liquides stagnants… BON DIEU !

[5h] A grand coup de seaux que je ne trouve pas, et de bassines que j’imagine, j’écope notre radeau de fortune. Je cours, je piétine, je nage en surface, je m’agglutine en dérivation syncopée, il faut colmater la brèche.

Trois silhouettes immobiles végètent en silence sur l’apnée d’un monde happé. Le danger peut faire mourir chaque noyé d’un souvenir douloureux, mais le pire c’est toujours le mort qui flotte. Mes contenants rament à vider un contenu.

La nuit n’est qu’une autre journée qui continue sans nous, une scène sous les feux de la rampe sans spectateurs. Le niveau ne baisse pas. J’écluse à tout va. Le niveau ne baisse pas. La lumière grésille. Je transpire. Le niveau ne baisse pas. Je m’agite. Je me démène. Le niveau ne baisse pas. Je souque ferme. Le niveau ne baisse pas.

Tout est monté d’un coup. La ferme aux mille joints, l’apéro loading, la psilo-verveine, le niveau de l’eau… pendant que ma conscience effleure brièvement un instant l’idée que je vide de l’eau dans de l’eau… pour ça que le niveau baisse pas !

Un flash.

Ça grésille.

Dos au mur.

Je titube.

Me rattrape sur les mains… le sol est sec.

Le monde s’arrête quelquefois de tourner quand la barrique est pleine, le temps de retrouver son souffle et renvoyer l’eau dehors.

Il y a des journées vaines, riches en rebondissements, même si on se surprend à être resté vivant.

 

Ferme les yeux.

Tombe le canapé.

Meurt un autre jour.

 

Fin de la re-transe-mission.

©Necromongers

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La mort suicidée

ATTENTION! +18 REQUIS!

Nouvelle parue à la base sur Les Editions de La Matière Noire, dans le magasine des Shorts-Stories Etc… (magasine aujourd’hui disparu).

 

 

Il l’avait faite agenouiller devant lui, lui tournant le dos. L’atmosphère, zébrée d’instants fugaces et incertains, laissait son corps se parcourir de secousses nerveuses. De derrière son dos, il cernait beaucoup mieux tout cela. Elle tremblait comme une feuille, respirait comme un animal pris au piège et transpirait comme une joggeuse du dimanche à plein nez. Elle sentait l’effroi, parfumait la pièce d’une odeur qui perlait de son front et s’écoulait le long de son corps. Il prit l’arme enfoncée entre sa ceinture et son tee-shirt.

 
Du bout du canon, il caressa sa nuque huilée par la sueur sur toute sa largeur, deux fois. Puis, plus rien, l’abstinence. Jusqu’à ce clic crispant qui la fit sursauter, ce petit bruit sec qui annonçait le chargement. Il recommençait à parcourir de la pointe de son arme l’étendue soyeuse de sa chevelure en tous sens, en tout point, sans ordre de cheminement. Le canon caressait à outrance les particules ondoyantes de son écrin de cuir, et s’immisçait même régulièrement à l’intérieur de ses mèches délectables. Elle sentait parfois le métal froid de l’instrument glisser sur son crâne, emporté par le ruissellement de ses eaux.

 
Elle avait su dès le départ qu’il était malade et pervers avec son masque sur le visage, et ça lui plaisait. Elle avait misé gros en lui donnant son adresse, mais son désir était monté dès qu’il avait pris possession du bout de papier plié en quatre entre ses doigts, qu’elle avait effleurés. La vie ne l’avait pas épargnée, l’épargne ne l’avait pas rendue plus vivante. Elle mourait à petit feu depuis des lustres, alors s’aider lui paraissait évident, la solution séduisante.

 
Le canon sous le menton, il lui intima de force à pencher la tête en arrière, contre l’entre-jambe de son jean. Depuis sa position, ses yeux miroitaient le faciès encagoulé de son Torture Porn, comme un abîme des temps modernes.

 
Elle n’avait plus d’espoir mais le désir était encore là, au pas de la porte de son âme, comme une envie d’en finir avec la souffrance et le plaisir, intimement liés. « Les bas instincts au service de la jouissance éternelle », tels étaient les attraits et les promesses du site.

 
Il pressa davantage sous son menton pour écraser sa bouche contre le renflement proéminent de son pantalon. Ses lèvres englobèrent l’amas boursouflé avec une pression sincère et violente. Il chancela légèrement.

 
Elle avait mordu la vie à pleine dent une bonne partie de sa durée. Mais depuis l’annonce de sa maladie incurable et dégénérative, elle cherchait désespérément à vivre encore un peu, surtout les dernières folies de ses fantasmes. Au jour d’aujourd’hui, quelques trois semaines lui avaient étés promises. Mais dans celles-là, au moins une à mourir dans d’atroces souffrances impossibles à soulager de façon médicamenteuse pure. Médica-menteuse… elle avait décidé subitement, à la gifle de ce mot construit pour la détruire, d’y renoncer par principe. Hors de question de mourir en sachant qu’on doit accepter de le faire en souffrant, bien assez de la vie pour ça !

 
Son arme était descendue le long de son torse et forçait maintenant le tissu de son soutien-gorge. Elle sortit sa langue et lima la grosse bosse du tissu en jean. Le son du zip de la fermeture éclair lui donna un spasme qui fit introduire l’arme de son prétendant assassin au fond de sa poitrine.

 
Rien de préparé par ses soins. C’est seulement quand sa sonnette avait retenti, et que le judas lui inscrit « la mort suicidée » sur la rétine qu’elle eut encore le choix : vivre à jamais dans sa douceur ou mourir pour toujours dans la douleur. Une exaltante et profonde jouissance préliminaire l’avait parcourue quand elle libéra le loquet de la porte. Il l’ouvrit violemment, l’obligeant à reculer en perdant l’équilibre, pour se retrouver les fesses à terre et les mains en appui de chaque côté. Il lui faisait face de toute sa hauteur, une cagoule sur le visage.

 
Cette fois ce fut elle qui chancela légèrement, quand d’un coup sec la pression du canon sur le balconnet arracha son dessous de poitrine. Sa langue, en réponse, réussit à s’infiltrer dans l’ouverture béante du pantalon de son bourreau.

 
Auparavant, quand à peine entré il s’était rué sur elle, elle n’avait opposé aucune résistance. Se faisant débarrasser de ses habits d’un déchirement successif de fibres à l’envolée. Il l’avait ensuite aidée à se relever, la tenant par les mains et l’admirant en sous-vêtements. D’un grand coup de pied, sans se retourner, il ferma avec fracas la porte d’entrée.

 
(Si la nuit porte conseil, le jour déploie ses contrées de questionnements. Et jusqu’à présent, il ne lui était jamais arrivé de se questionner sur la nuit de ses jours. Au pire, les nuits de son séjour oui, mais le jour de ses nuits non. Vraiment, vivre à jamais, mourir pour toujours… le plaisir de ses nuits en plein jour… elle n’avait pas su choisir, non, elle n’avait pas su mourir autrement qu’en vivant encore un peu.)
Il se recula, se détachant de sa langue chercheuse. Elle redressa la tête, oubliant un instant ses recherches. Il lui faisait toujours dos. Elle lui faisait toujours face. Il avait toujours la braguette ouverte et l’arme à la main. Elle avait toujours la bouche entre ouverte et le désir qui montait.

 
C’est seulement quand il l’avait poussée dans le salon qu’elle avait remarqué sous son tee-shirt, enfoncé sous son pantalon, la crosse d’un revolver. Envahi par le doute, elle s’était une fois de plus reposée la question… mais une fois la machine en action plus de question à se poser. Et cela avait joué avec son plaisir, plus de retour en arrière, l’inéluctable pour démesure, le délectable pour seule censure.

 
Son ventre la secouait de l’intérieur et le désir montait en cadence. Comme quand elle était tombée par hasard sur « la mort suicidée », ce site qui ressemblait à un FAKE, d’une barbarie déconvenue et d’un monde prisonnier de lui-même… elle avait cliqué, donné un pseudo pour l’inscription (mission_acceptée), réglé un PAYPAL et un mail lui avait affiché un contact. Simple, rapide, efficace, dépourvu d’explication, mais tellement évident.

 
Sa vie n’avait pas l’ombre d’une importance maintenant qu’elle se finissait. Il lui attrapa les cheveux à pleine main, lui penchant la tête sur le côté, plaqua le canon du revolver sur sa tempe. Elle s’empressa d’attraper sa vulve. Il pressa la détente.

©Necromongers

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Jusqu’à plus soif

Nouvelle parue initialement dans le mag numérique les Short-Stories Etc… de (http://lamatierenoire.net/), mag aujourd’hui disparu…

 

Je n’ai pas retenu le nom. Non, je n’ai pas retenu le nom du gars. Je n’ai pas vraiment eu le temps faut dire. Et puis retenir le nom de quelqu’un qu’on n’a pas eu vraiment le temps de connaitre, ce serait une coïncidence amusante. Je ne le connais pas vraiment moi ce gars. Je n’ai eu qu’un bref aperçu de lui-même, un bref aperçu tout court…faut dire. Son visage je ne le connaissais pas avant, mais je ne l’ai pas vu assez longtemps pour m’en souvenir. C’est qu’il a fait vite le bougre. Je ne peux rien en dire d’ailleurs, je n’ai pas d’avis sur le personnage. Que voulez-vous que j’y fasse ? J’aurais pu avoir le temps de m’entretenir avec lui, un peu. Mais visiblement il était pressé. J’aurais pu apprendre à le connaitre, mais je crois qu’il n’avait pas envie, pas le temps, pas que ça à penser, bref, il a comment dire…précipité les choses. Et moi-même je n’étais pas dans le ton. Je n’ai pas eu la présence d’esprit de l’interrompre. C’était assez furtif il faut dire.
J’avais peine à reprendre haleine après avoir craché toutes mes tripes dans la ruelle à côté du pub. De toute évidence, j’avais quelque peu abusé de la boisson. Courbé en deux, mon corps en appui grâce à la main plaquée au mur qui le tenait en équilibre précaire. A vomir mes abus, comme un repenti qui prend conscience d’une partie de sa vie, qui s’arrête, prend appui et se libère des péchés qu’il a commis. Mon ventre me faisait mal, autant que ma gorge à rendre de la bile. Le film de la soirée passait en boucle dans ma tête, avec quelques vagues et brumeuses hésitations sur le fondement des choses, les réponses aux questions des possibles confrontations.
J’étais arrivé tôt à l’ouverture. A vrai dire, j’ai même attendu devant la porte qu’elle se décadenasse. Le premier client…j’étais le premier client à commander ma rétribution au système social, le premier à rembourser le trop plein d’une vie chargée d’impayés en plus-value.
Quand le deuxième client est arrivé pour renflouer les caisses, j’en étais déjà à mon 5ème don républicain. J’étais prêt à payer très cher, à rembourser ma dette au complet, dussé-je être obligé d’assister à la fermeture de la banque sociale des emprunteurs par intérêt pour y parvenir. Je n’ai pas pu m’empêcher de contribuer avec lui, à l’exaltation de l’émancipation patriotique qui nous exacerbait tous. Le renflouement de la dette. Et la dette est importante, croyez-moi ! Au fur et à mesure de l’arrivée des nombreux actionnaires, j’ai eu la vague impression d’avoir épongé une partie du problème, avec beaucoup d’enthousiasme. Si bien que je m’étais déjà fait beaucoup d’amis, en plus des connaissances donatrices que je pratiquais déjà.
La vie n’a vraiment de sens que quand on la confronte. Avec celle des autres, avec ce qui nous lie aux autres, avec une certaine sagesse syndicaliste…la dette sinon rien ! Tant et si bien que la dette s’est accumulée…surtout pour mon quota prépayé ! J’avais déjà pris des stocks options sur mes récupérations depuis plus longtemps que la simple ouverture de l’établissement. Que du CDD…mais à long terme ! Mais enfin, en bon citoyen, je n’avais pas les moyens de renflouer sans emprunter, donc, j’avais une ardoise.
Ce n’est pas parce que j’étais socialement reconnu comme un contribuable fiable de l’établissement que j’avais connaissance de tous ses créanciers. Mais ma soif de justice et de connaissance était telle que je ne pouvais m’empêcher de me mêler aux nombreux donateurs de la soirée. Avec une certaine délicatesse du verbiage, faisant valser en titubant, la plupart du temps, le contenu de ma rétribution sur les occupants du pub, j’avais acquis une certaine notoriété. Une notoriété que tout le monde considérait comme une évidence acquise, par un taux de présence remontant jusqu’à la simple ébauche du projet de l’établissement. Donc, plus question d’être un simple pilier, mais une véritable entité représentative de la débauche du système social. En fait, j’étais un des concepteurs du projet d’origine, et j’avais encore des parts. Des parts que je dépensais uniquement en ardoise, et que j’avais l’honnêteté de déclarer publiquement.
Ma présence dans les lieux n’était plus à justifier, à prouver par son excès…je m’en croyais le propriétaire spirituel. Un concept devenu quelque peu désuet de nos jours. Mais enfin, ma joie participative à l’ensemble de la procédure s’était pérennisée dans le temps. Mon apport spécifique, caractérisé par la libre évocation du don de soi par la contribution économique au projet, avait sans doute, au-delà de populariser l’endroit par ma simple présence, ajouté au constat évident des impayés de l’état au niveau du système social, une liberté autorisée de l’âme dans ses dénouements les plus restrictifs. C’est justement le problème, on ne sait jamais qui on rencontre vraiment dans ce genre de lieu. C’est un tout venant où les gens semblent heureux de participer à l’amélioration d’une justice civique, autant qu’à éponger une morale déconvenue, tout droit issue des excès débordants de la vie. Les gens viennent liquider leur espoir dans un spasme de partage, tronqué par les visions d’une théorie brumeuse, que l’alcool parsème de son illusion pratique. Et, croyez-moi, je sais de quoi je parle.
De table en table, de verre en verre, j’ai dû oublier pourquoi j’étais venu, et ma compagnie commençait à trouver l’écho d’un symptôme récurent chez l’être humain, la patience. Celle-ci engendrant du même coup un symptôme directement lié au premier, la politesse. Et en cela, il était aussi clair que les gens ne savaient plus, non plus, pourquoi j’étais là. De verre en verre, de table en table, d’un bout à l’autre du pub, je n’étais plus en capacité d’assurer une conversation normale, de marcher normalement, de boire sans renverser. Tout autant que ma bière sortait régulièrement de son contenant, je déversais des flots de paroles que, pour ainsi dire, je jetais littéralement au hasard des visages qui croisaient le mien. Commençant une phrase ici, la ponctuant plus loin, pour tenter de la terminer par là…phrases d’ailleurs, qui devenaient aussi approximative que ma capacité à garder la majeure partie du contenu de mon verre à l’intérieur de celui-ci.
Tout cela aurait pu continuer encore un temps si, par mégarde, ma cheville ne s’était prise dans le pied d’un tabouret. Un croche patte qui scella une partie de mes tergiversations mentales, par un effet d’une symétrie remarquable, visant à projeter dans un alignement parfait le contenu de mon verre fraichement remis à niveau, sur les clients accoudés le long du bar. Et dans un cri de rage décomplexé, à la finesse d’un verbe éclairé, je pu de nouveau étirer le contenu de ma phrase d’un bout à l’autre du bar, sur la figure de chacun de ses occupants : « Puuutainnnnnnnn de bordel de meeeeerddddddeuuu de tabouret à la connnnnnnn ! »
Ce petit incident malheureux de rien du tout provoqua néanmoins un émoi général. Avec une volonté presque unanime et sans la moindre concertation, dans un élan spontané de soutien, la petite dizaine d’idiots qui peuplaient mon environnement proche (à peu près de la superficie qu’avait pu atteindre les projections de mon verre dans l’élan) se rua sur moi pour me jeter dehors. Si vite que je n’ai pu me préparer à l’idée de m’y retrouver avec un verre vide…quelle merde !
Quelle histoire ridicule que de vouloir à tout prix endoctriner les gens avec mes théories sans fin ! Il n’y a sans doute que moi qui buvais mes paroles. Tous des abrutis congénitaux, à ne même pas savoir ce qui les avaient amenés dans ce bar. Moi j’y étais bien avant eux, et ma raison était simple, j’en étais le propriétaire spirituel…ce qui s’y disait et s’y passait me regardait, c’était le lien de mes pensées. Croyez-vous seulement qu’ils avaient tous conscience de ce qu’il s’y jouait ? Bah…qu’ils y crèvent !
Malgré la force avec laquelle ils m’avaient expédié à l’extérieur, et les rouler-bouler que j’avais fait, j’avais toujours mon verre bien en main, intact, mais vide. Avachi le long du trottoir, à moitié sur la route, j’étais là, à me demander pourquoi ce verre était vide. Qu’est-ce qui avait pu empêcher qu’il se remplisse, alors que ma tête était pleine. Dans un effort largement haché, découpé par une complexe désynchronisation de tous mes mouvements, je mis un certain temps à me remettre debout…toujours avec ce verre vide à la main. Où bien allais-je pouvoir étancher mes idées ? Il n’y avait pas une minute à perdre. Il fallait se mettre en chemin. Trouver la soif de vie qui épancherait mon savoir. Reprendre l’histoire là où elle s’était arrêtée, pour achever la difficile aventure des trésors cachés de l’âme. Il fallait remplir ce verre. N’importe quelle direction ferait l’affaire…tous les chemins mènent au Rhum. Je finirais bien par tomber sur une source lumineuse, à la devanture alléchante. Une lumière réfléchissante m’invitant au dialogue.
A cette heure de la nuit les rues se ressemblaient toutes. Il me fallait procéder avec logique et pratique pour ne pas trop tourner en rond. Pendant que d’une main je tenais les murs des bâtiments, qui risquaient à tout moment de s’effondrer, je tendais en avant l’autre, le Saint Graal en évidence tel une baguette de sourcier. Ne pas le casser, la source de vie devait rester pleine d’humilité. Enfin, pour l’instant la coupe était vide…ma quête en devenir. Les murs me suivaient, l’impression d’une force plus grande que moi qui m’empêchait de trouver la source lumineuse. A plusieurs reprises je butai sur des obstacles, m’obligeant à chaque fois à danser avec la vie, qui faillit s’échapper de mon étreinte et de ma poigne. Mais ma volonté de ne pas s’en tenir aux possibles échecs avait payé. Les ruelles inconfortables, mal éclairées, et parsemées d’embûches ne me faisaient pas peur. Ma foi dans l’éternelle consistance de cette coupe me montrait le chemin, j’en étais sûr.
A quelques mètres d’un angle de rue, là, devant moi, la luminosité blafarde et hasardeuse des faibles éclairages, laissait deviner un halo rougeâtre clignotant. J’en étais certain, ce n’étais pas le fruit du hasard, ni le mirage d’un désert provoqué par la soif…ça ne pouvait être que le rayonnement d’une source, le câble de l’alimentation qui me manquait, la batterie d’une seconde chance…un miracle…un débit de boisson ! Mes soupçons furent confirmés, quand à l’approche lente et pénible de cette apparition angulaire, je pu entendre le doux frissonnement d’un ensemble de murmures qui se délectaient d’un contenu. Oui, il y avait de la vie, donc…une source d’approvisionnement et de partage revitalisant.
Ce monde de bar dans lequel nous vivions commençait encore à ressembler à mes attentes…les réponses à mes questions pourraient peut-être trouver le chemin de mon âme. Mon corps en tremblait, mes membres ondulaient de plaisir, ma trachée salivait de nouveau à la simple évocation de l’écoulement du fluide divin dans mon corps. Ma nuit n’avait pas eu son compte, mon verre n’avait pas fini sa servitude, et le flot de mes pensées n’aurait pas à dormir sur mes idées, j’allais pouvoir les confronter. Cette chaleur physiologique, plus qu’humaine, m’enguirlanda l’esprit, et mon corps s’emballa. D’une marche pénible et aventureuse dans le brouillard de ma nuit, mes jambes se mirent à tituber d’affolement, sans plus prendre garde aux possibles obstacles. Comme une réponse évidente de mon esprit vers mon corps, inconsciemment, mon allure s’accéléra, alors même que j’avais déjà le plus grand mal à mettre un pied devant l’autre. Qu’importe, je n’étais plus qu’à quelques mètres.
Alors même que j’approchais une fois de plus de la consistance qui donnait vie à mes illuminations, un signe vint éblouir mes convictions. Un flash étourdissant, me sortant de la torpeur de ma nuit, éclaira une fraction de seconde la ruelle. Cette image blafarde qui parcourait ma rétine jusqu’à présent, et qui me guidait vers le lieu sacré de ma rédemption, m’a explosé à la vue, autant qu’elle m’a exposé à une déformation de mon champ de vision qui tâtonnait…dans ma course, je perdis mon rythme et mes pieds se sont pris dans quelque chose qui me poussa à céder à l’équilibre, la perte totale de celui-ci. Si bien que ma main, tenant jusqu’ici les murs pour me guider, ne suffit plus à me maintenir dans la chute. Par réflexe (oui…j’en avais encore) j’écrasais mon autre main, tenant le verre, sur le mur pour échapper au pire. Une explosion supplémentaire survint dans un fracas d’émiettement qui rayonna de milliers d’étoiles rouges…ma main et le visage en sang, étalé sur le flanc, la tête sur un sac poubelle tombé d’un container pour amortir ma chute. Alors que je tentais de me relever avec les dernières forces qui me restaient, j’entendis du coin de la rue : « Regarde ce que je viens de prendre, un sac de vin près d’un sac de merde…surréaliste comme photo ! ». Les fins débris de verres plantés dans ma main me firent atrocement grimacer quand je pris appuis pour me relever. Le sang qui coulait sur mon front et sur mon visage obstruait ma vue. Mon enfer était à quelque pas de la vie, et j’entendis encore : « Bon allez, c’est bien joli tout ça mais je vais fermer moi…TOUT LE MONDE DEHORS…ON FERME ! »
J’ai toujours eu la vision d’un avenir empêché, d’une vie entravée par le questionnement perpétuel des attentes à avoir. J’ai toujours misé sur la dévotion spirituelle, l’attachement sans limite aux idées qui tiraillent. Mais dans l’immédiat, mon verre était vide, dématérialisé en une myriade d’étoiles de verre, et ma quête voué à être reportée, sans nul doute. Cette soudaine agitation m’avait remué les tripes, et je commençais à sentir comme une remontée d’orgueil caractéristique me prendre de l’estomac jusqu’à la gorge. Ma main ensanglantée s’appuya sur le mur, et, dans un spasme douloureux mon corps entrepris de vider le contenu de ses vices sur la flaque de sang qui gisait à mes pieds. Un sac de vin près d’un sac de merde…il a rien compris à la vie celui-là ! Je suis en quête d’une vérité qu’il ne trouvera lui-même jamais, trop occupé à compter la rétribution du rêve qu’il vend sans mesurer son impact. Il ne sait sans doute pas que les réponses se cherchent là où les limites se côtoient. C’est pas grave, il y a des choses pour lesquelles j’ai de la volonté…et dès que possible, je retournerai expliquer à cet idiot que la vie ne ressemble pas à un instantané, qu’il va lui falloir plus qu’une photo pour la comprendre….tiens, je me demande même si sa clientèle est déclarée…

©Necromongers

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Tel est con qui croyait prendre…

Nouvelle parue auparavant dans les short-stories etc… de La matière Noire (http://lamatierenoire.net/), magasine maintenant disparu.

 

 

Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, s’était-il dit.
Pour autant qu’il en comprenne le sens, il ne le pensait pas. Et s’il se rassurait tout seul, il s’inquiétait tout de même.
Alors ! Pourquoi penser telle chose si d’un lieu comme un autre l’inquiétude le gagnait ? Qu’avait-il à perdre de s’inquiéter de penser qu’il ne devait justement pas ? Ou même à gagner tiens, tant qu’on y est ! Et pourquoi je vous prie ? Pourquoi se torturer d’un allant si frénétique à l’angoisse s’il n’y trouvait pas matière à l’être ?
C’était un idiot. Un idiot congénital de naissance… oui, un truc aussi bête que ça. Lui ne le savait pas. Les autres ne lui en parlaient pas. Tout était bien comme ça. Enfin c’était vite dit, vous comprenez bien qu’une question se posait de visu, pourquoi… mais pourquoi donc était-il si con ?
C’était un congénital m’avait-on dit. Moi, j’avais de suite compris : con génital… oui, ça collait après tout ! Génitalement con était la bonne vision de l’animal urbain qu’il était.
C’était un con d’urbaniste. Un con de génie qui n’y entendait en rien d’autre qu’au développement des habitats pour les masses populaires. Il avait ce pesant de gêne suffisant, pour colmater les espaces insuffisants à vivre d’une manière économiquement abusive. Et il ne se gênait pas pour entasser avec talent les convives en attente de logements.
C’était un salaud notoire. Sans aucune pitié quelconque. Un de ces surdoués de la connerie humaine, de la logistique du génie mental et architectural. Un idiot qui avait fait fortune sur ses acquis, ses connaissances accrues du reclassement des zones sans cible, si blé il y avait c’était tant mieux… bref, il était notoire qu’il bâtissait pour raison d’état sans état de raison.
Tout fraîchement diplômé d’ingénierie en connerie de masse, promenant sa carcasse joufflue dans un couloir entre les bureaux, c’est là que nous nous sommes croisés. Il venait soutenir un projet pour bâtir en nombre des immeubles à la va-vite, je venais à la va-vite déconstruire en nombre les immeubles qui pullulaient tels des favelas moderne. Il me nargua du regard avec sa valisette de PDG en croco, suant comme un corps délesté de climatisation interne, à moins que ce ne soit son état naturel de carnassier pressé sur le qui-vive.
J’attendais patiemment assis sur un fauteuil du couloir, il faisait les cents pas en égouttant ses pores. Il n’avait pas l’air tranquille pour un diplômé d’état, pour un « remanieur » d’espace proscrit qui apprend à dilater les zones franches de vies, comme on fait d’un F1 un F4 pain de mie. On étire l’espace en quelques étages, on saupoudre les cloisons de vide contreplaqué, et on embellit la façade pour mieux faire style joie des yeux joie des lieux… ça fait passer la levure à gonfler pour du concret.
Je crois bien que c’était un porc en plus d’être un con.
La porte de notre débat, de nos ébats de voix, de notre auge à batifoler, s’ouvrait à l’instant. Il enfila plus vite que moi le pas qui conduisait à l’intérieur du bureau, normal il n’attendait que ça depuis qu’il trépignait de ses eaux devant son bouge. Sa valise en croco cogna l’encadrement de la porte et s’ouvrit au moment où j’en passais la limite. Plusieurs dossiers de couleurs s’étalèrent à mes pieds, des plans, des manuscrits, des papiers tamponnés par des huiles grasses, toute une palette de paperasserie dont certaines se coincèrent sous mes chaussures. Son visage écarlate et boursouflé de bêtise hautaine me fusilla comme une baudruche. Il passa près d’exploser à mon sourire sarcastique qui appuyait mes pieds sur les feuilles à terre.
Le débat se déroulait comme prévu. Lui avec ses projets de vies en cage, de porcherie rangée, pour augmenter la surface de surpopulation boueuse, moi avec mes idées d’idéaliste pour étayer l’espace d’une zone de paix herbeuse. Il déployait, à grands coups d’envolées de documents, une quantité astronomique de chiffres et de quotas complaisants pour les éleveurs de porcs. Sa main moite graissait les papiers comme l’huile dans une poêle, et ses gros doigts boudinés tissaient habilement les feuillets d’une sécrétion animale d’encre urbaine. Il ne me restait plus qu’à vomir des phrases tapageuses végétariennes, qui cireraient les pompes démagogiques d’un omnivore perdu de vue au point mort de sa pensée carcérale… l’idéalisme était une foutue merde face aux chiffres de la mort et au fric !
Je me demandais toujours pourquoi on m’avait mandaté, choisi pour aller au front des incivilités humanoïdes. Comme un Klaatu sans son Gort, j’usais et m’épuisais souvent avec de beaux discours pour expliquer la vie à ceux qui tentaient de nous faire mourir, mais c’était aussi passer son temps avec des cons qui la vilipendait, et des fois avec des gros qui suaient. Peut-être parce que l’humanoïde c’était moi, à crier mon humeur massacrante et sincère, mes contre théories révolutionnaires, mon besoin de ne pas accepter le système de masse, mon antipathie naturelle pour les éleveurs de cons… bref, mon franc-parler devait surement jouer un peu pour ma mort et celle des autres, à peine plus que ma bouteille de rhum m’en susurrait les aveux.
C’est seulement quand l’épisode critique des ragots dialectiques eut atteint son seuil de comparaison, que le négociateur porcin nous acquitta de nos droits de présence porchère, nous montrant la sortie. Et c’est seulement dans le couloir que nous échangeâmes un véritable regard. Un regard qui en disait long sur l’état de pesanteur mentale de l’animal omnivore : une scierie à ciel ouvert avec vue sur l’amer…
Sur ce coup-là, je pensais bien avoir foiré. Mes belles paroles de beatnik sur le tard, rongé par la con-science collective et le droit à « l’humanité humaine » comme j’aimais appeler ça, allaient manger du parpaing cellulaire plutôt que du pissenlit par la racine… la mort du 21ème siècle. On avait beau nous servir des manges-plats écolos par dizaine de milliers de brouettes au niveau mondial ces derniers temps, ça n’enlevait pas un certain goût amer de friture passée au mazout… une espèce de gaz à effet de serre au schiste bio.
Tout le monde croyait en moi, je ne croyais plus en personne… ça s’annonçait compliqué.
Avant de rentrer soutenir mon échec aux associatifs du quartier, je décidai de m’arrêter vite fait au plus haut lieu de rendez-vous des consommateurs de viande humaine du coin, au colporteur des instants pas nés : « au bonimenteur » troquet d’équilibristes conservateurs des anarchistes dépendants. A peine entré je fis signe au patron de loin en m’approchant du bar.
« Qu’est-ce qui t’amène Franck ?
‒ File-moi un Greenpisse Claudius, au point où j’en suis c’est tout ce que je pourrai rendre.
‒ Sale journée ?
‒ Pire que ça Claudius, pire que ça…
‒ Raconte, dit-il en plaquant ses mains sur le bar et en me fixant.
‒ Je viens d’essuyer une plâtrée par un gros pédant d’urbaniste encageur d’humains. Le genre qui sue autant qu’il parle, les chiffres et la malbouffe à la bouche.
‒ Un gros en costard du dimanche et valisette en croco ?
‒ Mouis… fis-je en relevant la tête, tu l’as vu ? »
Claudius me fixa intensément de ses yeux clairs, décolla une main du bar et la faufila sous le comptoir. Il en sortit une hachette qu’il plaqua d’un bruit sourd devant moi.
« Il vient d’entrer y’a 5mn, il ne semblait pas bien, il est aux chiottes… pas de chieur d’encageur de nourriture en batterie chez nous Franck, vas-y, on te couvre ! »
Ses yeux avaient la couleur du sang autant que son cocktail avait le goût d’un végétarien élevé aux farines bio. On le savait tous et on se battait pour ça, l’écologie n’existait pas pour humaniser les gens ou les ouvrir aux chakras de la conscience collective, car le monde des humains était trop vastement empli de cons. « Au bonimenteur » était une couverture pour une plus vaste bataille sociale contre la faim dans la galaxie, une antenne terrienne pour éduquer la viande intelligente à mieux s’alimenter, pour mieux alimenter le reste de la galaxie : « la meilleure bio nourriture des exo planètes » un sacré slogan.
Ma rétine s’injecta d’un feu meurtrier au contact des yeux de Claudius, il me passait la faim. J’empoignai la hache et me dirigeai vers les toilettes… un gros connard d’urbaniste pour mal lotis laissé pour mort c’était toujours un souci de moins pour la faim dans la galaxie… une nourriture saine et un empêcheur de bâtir en masse en moins. Et puis j’allais pouvoir rassurer tous les gens du quartier qui croyaient en moi sur la déroute d’un mal logement capitaliste. Ça me rendait tout à coup assez heureux de colporter la bonne nouvelle… et de voir toute cette nourriture heureuse de son sort… c’est important que la nourriture ne soit pas stressée, elle est bien plus saine à savourer.
J’abattis ce porc comme un idiot congénital de naissance… oui, un truc aussi bête que ça.
©Necromongers

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L’homme des sables mouvants ( partie 3 et fin)

Ses paupières s’écarquillèrent, laissant ses rétines fixer le plafond. Il était tout à fait réveillé.

Qu’est-ce que cette taupe avait voulu dire avec ses histoires de feux ? Rapport avec la conne du boulot ? Le patron ? Sa vie socialement pauvre ? Son célibat qui durait ? Non mais quoi ? QUOI ?

Des nuits et des jours qu’il survivait à la déferlante des songes pour trouver des réponses ! Des vies et des questions pour continuer à s’en poser ! Des jours et des connasses pour supporter l’envie d’y surmonter ! Des taupes sans lunettes et des bédouins de mes deux pour quoi ? Que dalle ?

L’heure parlait pour le faire taire. 6h25. Il fallait enquiller. Tout le toutim. Tralala. Le grand puits sombre. Les autres connards qui ne changeaient rien à rien sous la terre. L’arrivée au boulot. La photocopieuse au loin… une singulière économie d’âme, un épanchement de synovie d’imprimeur en mal de publication chez Voici. Accompagné de sa salope officielle, The Bitch Legendary Of The Photo-conne-pieuse !

Il l’attendait au tournant. Elle s’approcha de lui comme une harpie dans l’impossibilité de se contrôler.

« ‒ Alors ? Réveillé aujourd’hui ? Remis de ses émotions ?

‒ J’ai dans l’idée que t’as un truc à me dire, mais je sais pas quoi ! Je devrais peut être demander au patron ?

‒ Hum… le patron t’as déjà tout dis je crois ?

‒ Toi, tu m’as l’air trop sûre de toi pour être tranquille dans ta tête !

‒ Je te demande pardon ? dit-elle enroulant ses yeux sur eux-mêmes.

‒ Sally… je suis sûr que tu es très fatiguée et que tu aimerais aller te coucher.

‒ Comment ? Mais qu’est-ce que tu insinues ? dit-elle en tirant sa jupe vers le bas.

‒ Je n’insinue rien. C’est juste que les vraies réponses qu’on cherche se trouvent souvent dans les endroits enfouis de notre subconscient… pas dans la pseudo jalousie du sentiment de n’appartenir à rien de mieux que la vie des autres.

‒ Hein ?! Je ne comprends rien à ton bla bla Môsieur Mongers !

‒ Tu viens d’expliquer pourquoi je passe mon temps à éviter la discussion avec toi… je n’insinue pas mieux.

‒ Je… tu…

‒ Oui je sais. Je suis con, atteint et je devrais aller me faire soigner, ou un truc du genre.

‒ …

‒ Bon, allez ! Bouge ! J’ai du taf à plier à cause de tes conneries. »

Sally détala la tête haute et dans son genre à elle, imbue par sa façon d’être, son tailleur à deux pipes pour son patron de toujours. Sans doute aurait-elle fait une jolie sirène dans ses rêves englués, mais il les préférait moins connes. 16h55. Il déposa au pied du bureau du Boss la montagne qu’il torchait depuis le matin. Juste avant de filer par l’ascenseur pour rejoindre quelques temps le monde des vivants.

 

{Flash forward de la nuit en attente}

      // Il courait. Il courait à perdre haleine. Traversant les branchages, piétinant la mousse, arrachant les feuilles, écrasant les fleurs et les insectes. La végétation le giflait et ses yeux clignotaient par réflexe, n’améliorant aucunement sa vision déjà bien camouflée par la densité que la forêt propageait devant lui. Et puis soudain… le vide !

      Il tombait. Il tombait à s’en décoller le cœur. Traversant les nuages, piétinant l’air, arrachant la sensation de chute, écrasant les molécules et les micros éléments en suspension. La vitesse le giflait et ses yeux clignotaient par réflexe, n’améliorant aucunement sa vision déjà bien embrumée par les strates floconneuses que le ciel jetait devant lui. Et puis soudain… le noir !//

Un généreux coup de coude le sortit de son épanchement assoupissant. Il releva la tête par-dessus l’épaule de son voisin. Encore 15 stations avant l’arrivée…

 

{Flash forward continued…}

      // … les nuages de poussière qui brisaient le vent avançaient comme un souffle d’explosion… une chaleur atroce plombait l’atmosphère dans un rugissement de sang et de boyaux… //

Un nouveau coup de coude plus violent le réveilla une seconde fois avec douleur. Il allait protester avec véhémence, quand son regard croisa sur le quai un homme enrubanné portant un vêtement sombre ressemblant à une grande toge, qui enfilait discrètement le pas par une porte de service à peine visible. Autour de lui, des gens tombaient en courant, se bousculant, hurlant, fuyant un concert de feux rougeoyants qui arrivaient par le tunnel où s’était arrêtée la voiture de la ligne, dans un fracas de broiement assourdissant. Son sang ne fit qu’un tour…

L’explosion ! Le bédouin ! La taupe ! La sortie !!!

Il ne lui restait plus qu’à avoir le temps…

Quelques longues secondes de bousculades furent nécessaires avant de pouvoir se faufiler hors du wagon, et se frayer un passage à contre-sens du mouvement général en direction de la porte salvatrice dont personne ne se souciait. Ce n’était pas tant la foule dense, écrasante et affolée qui lui donnait chaud, mais cette insupportable lumière venant des enfers de la terre qui s’intensifiait dangereusement.

Les portes invisibles sont souvent les prémices cachées de nos souvenirs à venir. La lecture des symboles et des codes que nous savons déchiffrer avec peine ronge bien souvent nos nuits d’haleines. Mais quelquefois, elles sont aussi salutaires. Il rampait de dos le long du mur en s’accrochant à ce qu’il pouvait pour éviter d’être emporté par la masse humaine désorientée. La chaleur commençait à rendre les parois brulantes, et les câbles du plafond coulaient rapidement sur le sol et les gens. Il atteignit la porte non sans mal, et d’un soupir de soulagement enclencha la poignée. Il ferma les yeux pour goûter l’instant que ses rêves lui avaient montré. Mais on ne rêve pas toujours de tout, ou on ne comprend pas tous les messages…

… une poigne enragée l’arracha à son trophée et l’emmena dans le dédale du groupe en furie. Il resta scotché, dans l’impossibilité de faire demi-tour, s’immolant presque du regard ensanglanté de sa sauveteuse improbable… Sally ! Elle le fixa de toute sa compassion, comme une âme pourrait se sentir éternellement heureuse d’en avoir sauvé une autre in-extrémis… derrière eux, le vent d’une mort certaine vomissait son approche, tout se compterait au millième…

« JE TE HAIS SALLY ! JE TE HAIS ! »

 

 

Fin

©Necromongers

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L’homme des sables mouvants (partie 2)

6h30. Coup de paume sur le réveil.

Lever. Petit déjeuner. Longue tirade de réflexion sur les projections de son subconscient. Douche. Départ au travail.

         Marche embrumée jusqu’au métro. Descente aux enfers par un puits sombre. Déambulation désincarnée au milieu des autres animaux de la basse, courent  en tous sens.

         10h30. Il devait aller donner à manger à la photocopieuse. Des houles de pages défilaient en arabesque dans un grain d’encre format A4. Comme un lointain murmure au ralenti, il se prit à reconnaitre en fond sa collègue d’hier. Même heure, même endroit, même discours.

« ‒ Tu n’as pas l’air plus ici aujourd’hui qu’hier ?

         Long silence ponctué par les ziiiiiiiiiiiiiiiiiii-clic ! des feuilles qui sortaient de la machine à fabriquer de la viande blanche en papier.

‒ HEY ! Je te cause ! Tu M’ENTENDS ?

Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii-clic ! Ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii-clic !……………………………………

‒ Faut te faire soigner ! T’es vraiment atteint toi ! »

         Il l’entendait encore geindre et glousser dans son dos, comme un canard qui battait des ailes dans un ciel orageux, en agitant du bec son cri de ralliement aux évènements.

         12h30. Pause déjeuner. Il se sentait fatigué, il fallait qu’il sache. Sandwich avalé. Position ergonomique pour la concentration d’une micro sieste révélatrice enclenchée. Un vrai coup de bâton le saisit instantanément…

// Le puits de lumière charriait toujours ses hordes d’animaux, qui disparaissaient entre les buildings sans fond. Le vent vomissait en rafale son air sec et piquant. Cette fois-ci son corps lui répondit, il put se redresser pour s’asseoir et sentir les effluves du gros temps. Il se retourna mais il n’était déjà plus au même endroit. Une lande luxuriante s’étalait sans fin dans le ciel, au-dessus de sa tête. Lui, assis sur une étendue nuageuse, contemplait la scène incongrue. L’effet d’avoir la tête à l’envers lui donna l’impression de légèrement flotter dans le vide. Entre ses deux mondes, passaient en silence des nuées de feuilles imprimées par centaines, qui finissaient de glisser derrière les nuages. Curieux, il en saisit une à la volée. Elle explosa en une myriade de gouttelettes noires qui vinrent tâcher les cieux d’en bas. Par imitation, toutes les autres disparurent en même temps, crachant leur venin tel une cartouche d’imprimante qui sulfaterait ses pieds sur ciel à capot ouvert. L’effet fut immédiat, le voile brumeux du ciel d’en bas se noya dans une marée de mazout RANXEROX BLACK, et il commença à s’engluer comme un oiseau pris au piège, s’enfonçant lentement dans un sable moulant baveux… //

 

         Une pile de documents fit fracas sur son bureau à l’atterrissage. Affalé sur son siège, les chaussures croisées sur son armoire à dossier, il ouvrit les mirettes sur son patron à la fois perplexe et agacé.

« ‒ Vous savez sans doute pourquoi je vous paye Monsieur Mongers ?

‒ Hein ? OUI… mais là c’est la pause déjeuner, je ne crois pas avoir à me justifier ! Vous voulez quelqu’un en forme et d’efficace pour bosser ? Laissez-moi gérer mon sommeil !

‒ La pause déjeuner est passée d’une bonne heure ! Je ne vous paye pas à traquer les rêves ! Vous me ferez tout ça pour demain 17h, sans faute !

‒ La pause déjeuner ? Passée d’une heure ? Quoi ? Demain ? Toute cette pile ? Non mais… désolé mais… je rêve là ? »

         La décomposition du visage du boss, derrière lequel sa collègue passait en silence et au ralenti, un sourire angélique provocateur ne laissant pas de doute sur ses activités zélées de preneuse de tête officielle, ne sustentait pas d’échappatoire à propos du paquet livré sur table. Ce serait sa secrète photo-conne-pieuse à encre indélébile. Tout ça le dépassait d’une longueur sans égale. Cette petite vie sans dénouement devait avoir une explication. C’est dans les rêves qu’il la trouverait, qu’il accèderait à des réponses, parce qu’ici… tout n’était rien qui soit vraiment d’une autre intention que la supercherie d’existence. Cette vie à ne rien gagner d’autre que de l’argent pour couler une entreprise pleine de gens sans lendemains.

         Il tria, rangea, classa, commença à dégrossir le tas devant lui, pour partir à l’heure, avaler son parcours multi jets dans la cave des con-dansés de la multinationale existentielle, rejoindre son ordinaire réplique du quotidien cadencé, et vite filer au lit pour rêver et vivre un peu.

         Il tomba comme une plume se laisse surprendre par les chemins dérobés de l’attraction. 

// Son corps et ses capacités étaient à nouveau là. Le désert, encore. Le soleil, toujours. La chaleur, ultime. La sueur, couleur de peau. Il tomba nez à nez avec un bédouin du savoir qui promenait sa taupe en laisse.

«  Je suis surement perdu, vous pourriez m’indiquer une sortie s’il vous plait ?

Le meilleur des indices est toujours celui qu’on cherche mais qui reste invisible à l’âme ! répondit la taupe.

Vous promenez votre bédouin ?

Ce n’est pas la bonne question.

Ah… euh… attendez, euh… je vais trouver un truc plus intéressant, un sujet passe-partout qui mène à des réponses clefs.

Ce n’est pas la bonne méthode.

Bon. Y’a un piège ?

Il y a toujours un piège.

BIG BROTHER ? Vous êtes Big Brother ?

Je suis ce que vous n’êtes pas.

Ah ouais… c’est un peu facile ça, non ?

Il y a toujours plus difficile que sa propre notion du facile.

BIG MOTHER ?… non, bon, c’était à tout hasard… j’ai déjà oublié ce que je cherchais à vrai dire.

La sortie.

Ouiiiii ! C’est ça ! Putain vous suivez vous ! On l’a fait pas à la taupe du bédouin hein ?

Je vous rappelle que vous n’avez pas toute la nuit.

Non. J’en conviens. Mais parler avec une taupe me fait du bien. Ça me change des photocopieuses et des connasses de bureau !

Vous grillez là… vous grillez.

Comment ça ? C’est une nouvelle expression ?

L’objectif est que vous passiez au vert pour sortir. A l’orange vous ne changez rien, au rouge vous vous mettez en danger.

Vous savez… les histoires de vie sont comme le vent, une bourrasque qui chamboule tout et qu’il faut sans cesse reconstruire… dans le désert où ailleurs il faut toujours survivre.

Voilà des paroles pleines de sens. Vous retrouverez votre chemin, j’en suis sûre ! »

 

      Sans plus mot dire, la taupe tira le bédouin et ils poursuivirent leur route. //

 

(à suivre…)

©Necromongers

 

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L’homme des sables mouvants (partie 1)

// Il marchait sans faillir, comme une ombre dégaine son reste de vie face au soleil. La chaleur suffocante donnait déjà à l’air une pincée de fumée irritante. L’eau dans sa gourde n’était plus fraîche depuis longtemps. Ses pas résonnaient lourdement sur le reste de son corps que le vent lui giflait par des saccades piquantes de sable. La douleur que lui envoyaient ses membres s’effaçait vite en se concentrant sur sa volonté d’avancer. S’il s’arrêtait il s’ankyloserait, s’endormirait et serait enseveli sous les dunes. De longues heures derrière lui s’étiraient, comme un voile pris au vent claque en tous sens sans trouver le repos.

Les sons ne lui parvenaient plus. Il ne percevait que le battement de son cœur en rythme avec la flagellation du désert. Et pendant qu’il survivait, ses souvenirs lui vinrent en mémoire, faisant une brève apparition à la surface du monde. L’esthétique platitude du sable sans fin laissa la nuit s’emparer de son ombre…//

 

 {Flash-back du jour venant}

         Un son strident lui parvenait petit à petit, pénétrant son sommeil comme une ironie révélatrice. Un œil, puis deux, s’ouvrirent avec appréhension. Rivés sur le radioréveil, l’aidèrent sans plus de questions à des réponses toutes faites. Il allait sonner. De part bien des interrogations on peut se demander pourquoi l’appareil humain sent les choses, et pour bien des cas on le vit sans plus aller au-delà… Se faire sortir d’un songe, liquéfiant la totalité de votre courte existence dans une histoire sans queue ni tête, relevait du surréalisme. Il fallait se forcer à en oublier le moins possible tout en se questionnant le moins du monde. Une aventure moderne venant des temps anciens, et pour le mieux possible ce qu’on en comprenait d’audible.

         Sa journée commençait par une terrible opportunité : vite passée pour vite retrouver le sommeil d’un rêve inachevé. Les ombres ne se dessinaient pas chaque jour pour une seule nuit. Sans nul doute, celle-ci serait longue. A cheval sur le désespoir de ses nuits désertes, chaque jour criait son fleuve d’ombre à nouer. C’est ainsi qu’il se dépêcha d’y vivre son allant, expédiant à pourfendre de son vivant ce qu’il désirait subir de son inconscient, tout en se disant que la vie n’avait pas son pareil pour enliser le sommeil latent du jour.

         Un peu plus tard, en plein dans la vie du besoin, il se fit héler par une collègue aux nerfs de la photocopieuse :

« ‒ C’est t’y qu’tu dors devant la machine les yeux dans rien ?

‒ Hein ?!… euh… nan, j’ai tapé le nombre suffisant, y’en a pour deux minutes.

‒ J’ai cru entrevoir chez toi aujourd’hui un comportement laissant douter de ton niveau de conversation haletant à l’habituel… t’es préoccupé ?

‒ On va dire que je suis pressé d’en finir pour commencer.

‒ ?!!?

‒ Oui… voilà, j’ai un niveau assez bas en conversation, et j’ai pas envie de donner d’explications ! On n’est quand même pas toujours obligé ?

‒ … oui, effectivement. Mais on a le droit de s’inquiéter de voir quelqu’un dans un comportement inhabituel, non ?

‒ Dois-je y voir une catharsis exponentielle de la qualité de mes rapports avec mes collègues qui remonte à la surface ?

‒ Le droit d’être con ne te réussit pas toujours dirait-on ! »

         Cette curieuse conversation sonnait comme un Trébuchet menaçait à lui seul de son imminente et écrasante singularité, le retour d’un bâton annoncé.

         En rentrant chez lui, face à ses obligations, il vit la nuit se frayer le chemin qu’il attendait. Et dans un sursaut d’étreinte avec ses illusions conscientes il se surprit à se dépêcher de s’endormir.

         // La nuit gelait le sable qui se cristallisait en transpirant comme un diamant éternel. Il n’y avait pas de calme avant la tempête par ici, tout commençait là où tout pouvait finir. Souffrir, aimer, vivre ou mourir revenait à croire aux mêmes choses dans des situations tout à fait semblables. Son corps inerte, roué de fatigue, laissait le givre craqueler doucement sa peau tendue. Le froid ne l’empêchait pas de s’assoupir en silence, épuisé d’entreprendre une parade insignifiante. La lune brillait de tout son astre clairvoyant d’une nuit étoilée surgissant de nulle part. Le long des dunes étincelantes, des rouleaux de pluies de mer s’abattaient sans fin aux confins des multiples horizons. Un canard sauvage frappait ses ailes au-dessus de la corniche d’un building ensablé. Il sentait son corps se raidir. Au loin, une sirène de bateau hurlait en rappel, comme une sonate de pompier un premier mercredi du mois. //

 

{Flash-back du jour suivant}

         Il se réveilla en sursaut et en sueur, écrasant vigoureusement le réveil du plat de la main. Dehors la pluie battait son plein. Il regarda l’heure. 4h54. En pleine nuit. Son rêve l’avait sorti de sa vie. Pas question de s’arrêter là. Il devait y retourner. Pour savoir. Pour voir. Pour vivre son ailleurs parallèle qui lui parlait de son ici d’aujourd’hui. La prochaine sonnerie ne retentirait que dans 1h36. Il s’empressa de s’allonger et de se laisser s’éteindre à nouveau pour allumer ses visions nocturnes………………………………… le stress l’agitait……………….. le sommeil ne venait pas……………………….aussi facilement que prévu. Il tenta de se concentrer sur le sable scintillant… les dunes à perte de vue… le chaud, le froid, la fatigue, la marche, la quête d’un chemin perdu, les traces d’un sentier invisible……………………….. 5h47………………………………..

// Les sables ramollissaient à vue d’œil. Des ouvertures béantes apparaissaient sous les pierres sèches qui coulaient en s’effritant. En arrière-plan, des animaux tombaient du ciel par un grand puits de lumière qui perçait  les nuages orageux. Les houles de chaleur couraient toujours en arabesque sur le front des horizons changeants. Il regardait d’un œil hagard le sol s’effondrer autour de lui, découvrant des tours endormies prisonnières jusqu’alors du désert. Il ne pouvait remuer que les yeux. Son corps immobile n’insufflait plus suffisamment de vie en lui pour bouger, prisonnier lui aussi, au sommet d’un immeuble découvert. Le vent se mit à siffler très bruyamment en continu…//

 

biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiP !

 (à suivre…)

©Necromongers

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La petite folie dans la prairie

warning… petit paragraphe déconseillé au – 18 ans…

 

Auparavant, paru là-dedans…↓

http://t.co/WC3NcyjJMu

 

 

Le jour était d’une clarté sophistiquée. Quand mes yeux se sont ouverts pour répondre à l’appel de la lumière qui m’éclaboussait déjà les paupières, ce fût d’abord une irradiante et éblouissante ondée de blanchâtre luminosité qui envahit ma rétine. Mes yeux n’arrivaient pas à s’habituer à cette active luminescence. Cela me prit un temps fou avant d’arriver à passer d’un flou à une image visuellement plus perceptible. Mais quand mes yeux purent enfin mettre une image nette sur la scène qui m’entourait…je faillis perdre à nouveau connaissance !

J’étais dans un champ, une prairie d’une immense étendue, sans doute sur des kilomètres. Devant moi, à quelques centimètres, se trouvait un bras sans corps dont les os étaient apparents. Un large lambeau de chair déchirée traînait à moitié détaché de son membre sur l’étendue d’herbe violacée qui arrivait jusqu’à mon visage. L’humidité du matin avait déposé des gouttes de rosée sur les couleurs vives de la chair en putréfaction, mon nez était assez près pour en sentir les effluves. Un certain dégoût me fit relever la tête. Pris par une odeur qui me lança un remous d’estomac significatif j’eus des hauts le cœur. Je me redressais pour m’extirper de cette vision et cette odeur cauchemardesque. Seulement, mon répit fût de courte durée.

Le champ entier était recouvert de corps et de membres çà et là. La couleur de l’herbe, avec le lever du jour et les reflets du soleil sur la rosée matinale avait transformé la prairie en une palette s’étirant du mauve violacé au rouge carmin par endroit, concédant quelques parties encore vertes. Je ne comprenais pas. Ni ce qu’il m’arrivait, ni ce qui avait pu se passer ici, ni ce que je faisais là.

Côté pratique oui, je savais qu’on était le matin…une trique d’enfer ne me permettait pas d’en douter une seconde. C’était même une impression bizarre de sentir ce membre dur au milieu de ce carnage sans nom. Et là encore, m’expliquer pourquoi le naturel n’avait pas été chassé au galop par pareille vision…m’était  impossible. Les veines de mon sexe me faisaient mal au point de sentir le jean de mon pantalon bien vivant, au contraire de ce qui m’entourait. Une certaine excitation ne cessait de monter en moi et pourtant, mon cauchemar visuel était bien là.

J’entrepris de me sauver de cette réalité. Je ne comprenais pas, il fallait donc que je quitte les lieux pour réfléchir. Mais à quoi ? Je ne savais déjà pas ce que j’y faisais ! Peu importe…mon corps était soulevé par toute cet horreur famélique qui se répandait sur l’horizon à perte de vue…et par cette odeur qui me soulevait aussi le cœur. Je cherchais un endroit où des bouts d’individus déchiquetés ne poursuivraient pas mes circonvolutions outrancières de l’âme. Oui…je bandais toujours comme un fou ! Mais quelle folie s’emparait de mon sexe, de mon esprit malade et de mon corps intact ?

Je me mis à courir sans regarder, à pleines enjambées, au milieu des tronçons d’inconnus. Butant sur des bras que j’envoyais plus loin, roulant sur des jambes qui finissaient contre d’autres membres inertes. Titubant de douleur presque à chacun de mes pas…ce que je ne compris pas au début…mais je m’aperçus vite qu’une de mes propres jambes souffrait d’un énorme trou béant. Mon mollet gauche était largement troué, au point de voir au travers l’herbe rougeâtre de la prairie cadavérique, entre les fils sanguinolents de mes artères qui pendaient. Concentré momentanément sur ma blessure en courant, j’en oubliai quelques secondes ma crampe phénoménale au niveau de l’entre-jambe, avant de butter sur quelque chose qui me fit perdre l’équilibre. Je m’étalai comme un poids mort, ma tête venant s’enfoncer dans le poitrail ouvert d’un homme gisant.

C’est en relevant ma tête coincée, dans un « flop » suintant et dégoulinant de viscères, que mon regard se porta sur un autre corps quelques mètres plus loin. A moitié adossée contre un arbre, dans une pose esthétiquement parfaite, baignée par un faible halo de lumière qui perçait d’entre les nuages, comme une invitation divine au milieu d’une boucherie suspendue dans le temps, une femme à moitié nue m’offrait sa beauté morbide par ses formes généreuses légèrement dénudées. D’un revers de manche, sans quitter des yeux cette beauté fatale, j’essuyai mon visage des bouts de poumons gluants qui le parsemaient. J’étais debout et je m’avançai lentement vers cet ange mort-né tombé du ciel comme un mirage pour damné. D’ailleurs, le damné que j’étais ne démordait pas d’une énergie latente qui sommeillait tel un diable au fond de mon pantalon. Mon sexe me faisait de plus en plus mal…et je ne m’expliquais toujours pas pourquoi cette seule sensation prenait de plus en plus de place dans mon cerveau. Le sol et l’espace autour de moi était jonché d’une macabre tuerie déroutante, mais des spasmes orgasmiques me secouaient le corps comme une orgie dérangeante dont la dépendance était plus forte que ma raison.

 

Cette radieuse émanation plastique, illuminée par une véritable beauté angélique me défiait par sa présence…et par son absence de vie. Elle était là, inerte, à déchirer mon bas ventre de son aura. Je ne saurais non plus expliquer pourquoi, le regard posé sur ses lèvres pulpeuses, je commençais à déboutonner ma braguette. Mon cœur battait de plus en plus fort, ma respiration devenait presque un râle…je sortis mon sexe. J’attrapai la tête de la fille qui était penchée, et la tournait face à mon membre. Un craquement d’os collé à l’arbre se fit entendre et une légère ligne de sang coula le long de son cou. Je venais de lui arracher une partie du crâne qui vraisemblablement avait été broyé par un choc contre le tronc. Elle avait le cœur perforé par un groscalibre, ce qui avait dû la projeter contre l’arbre. Je me posais des questions qui ne m’intéressaient pas…ce qui m’intéressait, c’était aller au bout de ma pulsion…après tout qui m’en voudrait ? Des cadavres ne peuvent pas témoigner ! Je fermai les yeux. Cette histoire était terrible, je n’y comprenais rien mais je ressentais des choses. Je commençai à me masturber au niveau de son visage.

Ses lèvres étaient fantastiques, et la pression de mon pénis, par va et vient successif au rythme que ma main imprimait sur mon sexe, jouait délicatement avec leur douce sensation de velours. A plusieurs reprises, je forçais leurs commissures pour m’introduire un peu plus loin dans sa bouche…ressortir…m’introduire…ressortir…pendant que mon pouls s’accélérait. Je sentais comme une humidité, une sécrétion salivaire terriblement bonne le long de mon sexe, et j’imaginais le son d’une succion délicieuse et partagée par un entrain mutuel. Une morte ! En ouvrant les yeux sur la sortie de mon sexe je le vis en sang. Mais déjà des tremblements ébranlaient mon corps, le sang me montait à ma tête et mon pénis se gonflait de douleur, je me sentais comme aspiré par la bouche de cette femme et je ne pût me contenir plus longtemps.

Dans une abominable et fabuleuse sensation de vide, comme une petite mort cérébrale, j’explosai dans une giclée de sperme qui vint éclabousser son joli minois blanchâtre. La vision des filaments de ma semence étalée sur son visage, du coin des lèvres jusque sur ses premières mèches rousses, me fit penser que la mort n’avait pas d’importance. Pendant quelques secondes, celles qui avaient suivi ma retombée d’excitation, je me sentis plus libre, reposé, serein…le temps de reprendre une grande inspiration de satisfaction, je fus coupé dans mon élan par une déchirante impression au niveau du ventre. Une lame horriblement large me transperçait de part en part, et venait lécher le nez englué de liquide séminal de ma partenaire docile.

 

« ‒  Putain ! Il ira pas plus loin ce gros con ! J’te l’ai planté comme une citrouille bien mûre !

‒  Ouais, saleté de zombie ! On a déjà pas eu assez de mal à tous les zigouiller, faut en plus qu’y baisent entre eux ! Avec une salope de morte en plus !

‒ Dis…elle à pas l’air si moche que ça pour une morte…pis maintenant elle a un fond de teint reluisant ! Ça la rend presque vivante tiens! ahahah ! »

 

Mon tueur posa son ranger boueux sur mon dos pour y prendre appui, et retira lentement sa machette en la faisant glisser dans mon intérieur. La lame ressortie dégoulinante d’un sang fraîchement ponctionné, et mon corps vint embrasser celui de la fille contre l’arbre, ma tête contre la sienne. Il sortit de l’intérieur de sa veste militaire un 357 Magnum, recula de quelques mètres, visa nos deux têtes et appuya sur la détente. Une partie commune de notre âme vola en éclats de mille morceaux indistincts de cervelles en bouillie et d’éclaboussures en giclées sanglantes mêlées de sperme. Nos cerveaux ne faisant plus qu’un sur le tronc, dans une indéfinissable tâche aux couleurs d’un amour périodique tenté malgré tout.

 

« ‒ Faut bien un flingue comme ça pour défourailler du zombie…hé ! J’ai fait un coup double ! Ahah !

‒ Allez, traînons pas ici, je viens d’entendre sur le talkie qu’ils avaient réussi à en parquer un autre groupe dans un champ pas loin ! Des familles entières à ce qui parait ! Va falloir bien viser…les gosses ça court plus vite ! Ahah !

‒ Ouais…et dire que j’ai même pas de permis de port d’arme, mais je sais sacrément bien viser ! Bon…t’as raison, filons là-bas, pour une fois qu’on s’amuse ! »

©Necromongers

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Une histoire d’horreur

Perdre à jamais les illusions d’une idée commencée, courir avec fortes convictions vers les sondes entamées… se jeter avec les mots sur un cadavre forcené, nourrir son corps à jamais…

L’erreur n’était plus humaine, depuis longtemps déjà le fumier chargé des corps entassés avait fait s’exprimer leurs dépouilles. Un jus fielleux dégoulinait des montagnes de morts amassés tel un charnier à ciel ouvert. Un nid de fagots sauce naguère. Une éternité que nous marchions sans respirer, que nous avancions sans penser, que nous boitions à chercher. D’hôpitaux abandonnés en centre commerciaux ravagés, de morgues capitonnées en cimetières décimés, rien de vivant à se mettre sous la dent.

Mais il était là, tel un sauveur, debout de toute sa hauteur sur la cime des cadavres macérant leur putréfaction. Debout et bien vivant, une arme à la main. Nous étions des centaines à nous rassembler autour de ce mont d’humains, surplombé par l’un d’eux, encore haletant. Nous avions faim, tellement faim…

La sueur coulait sur son front, de grosses gouttes luisantes et fraiches, une fontaine de jouvence à portée de membre. Lentement, sans grande précision mais avec détermination, nous entamions l’ascension de la colline de la mort, pour un dernier repas vivant. Certains s’y désarticulaient, n’ayant plus de muscles tenant leurs bras, et retombaient en glissant, provoquant  une cascade de corps se démembrant les uns les autres. Certains étaient la cible des balles provenant de l’arme de l’humain, tirées quelquefois presque à bout portant. Des membres volaient, des têtes explosaient, nos corps s’éparpillaient. Certains glissaient simplement par manque de prise, ou même, à cause du liquide visqueux qui s’échappait en bouillie provoqué par l’écrasement simultané de la horde de zombies que nous étions, à oser profaner la montagne du dernier messie des vivants.

Tous unis pour la mort de la vie, nous escaladions sans faillir la montagne funeste, pour atteindre le dernier de leurs restes. Les pertes n’avaient pas d’importance, nous étions trop nombreux pour capituler. L’ascension se poursuivait avec fracas, comme une fourmilière avide de sang, une marabounta folle de vie. Les derniers instants de l’homme semblaient irrévocables, même avec l’ardeur qu’il mettait à nous éliminer, nous étions toujours trop nombreux…

Nous avions faim, tellement faim…

Il était proche de la fin, tellement proche…

Après avoir usé toutes ses cartouches la pluie de coups de pieds fut de rigueur. Peur d’être mordu, de devenir à son tour un mort boitant, il trimait farouchement pour nous faire dévaler de son trône… mais les rois ne sont là que pour un temps, vivant comme nous autres, au crochet de la vie. La cession des pouvoirs, la succession des devoirs, ceux parachevés par l’ironie qui fait la vie, la mort qui nous sublime. Nous, le peuple des morts, nous nourrissant de la vie, allions désincarner le dernier des rois vivants.

Nous étions maintenant des milliers à nous être passé le message d’un vivant à désacraliser. L’invasion prenait la démesure de son sens, la mesure de son verdict.

Les rampants qu’il arrivait à repousser du pied, et qui venaient faire dévaler ceux montant derrière, tentaient de s’accrocher à tout ce qui dépassait. Le mal n’était bientôt plus qu’une question de minutes. Difficile d’être à la fois devant et derrière, sans compter l’équilibre précaire qu’il fallait gérer sur une masse de morts suants un liquide saumâtre et glissant. Mais les morts-vivants ne cessaient de monter, tomber, remonter encore et encore… comme une chaine sans faim.

L’humain se battait et se débattait comme un lion, pour tenter de sauver ce qui lui restait de vie. Vociférant quelquefois à l’agonie des hurlements qui s’étiolaient dans l’oubli… il était seul à se battre contre la mort, sur sa colline d’âmes démembrées, oubliées par le temps, décomposées par leurs eaux intérieures, les liquéfiant peu à peu. Son énergie n’était pas inépuisable, ses réflexes non plus. Et même la crosse de son arme commençait à riper sur les crânes qu’il tentait d’éclater, huilée par les déjections cérébrales. Son temps était compté tandis que le leur serait conté… il le savait. Quelle ironie d’être le dernier, le dernier des vivants presque mort, le dernier des vivants bientôt mort, le dernier des morts qui était encore vivant.

Les monstres nécrophages s’amassaient de plus en plus au sommet de son ventre, au sonnet de son antre… il avait abandonné l’idée de se défendre et de lutter, abandonné l’idée qu’il y arriverait, seul, comme un dément.

Perdre à jamais les illusions d’une idée commencée, courir avec fortes convictions vers les sources enflammées… se jeter avec les mots sur un cadavre forcené, nourrir son sort à jamais…

La vie, comme une histoire d’horreur, la mort comme une histoire d’honneur…

©Necromongers

 

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